Franco et les Juifs marocains
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Franco et les Juifs marocains : Le cynisme politique au service d’une survie dictatoriale

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Les Juifs Marocains : Une Pièce Maîtresse dans l’Échiquier Politique de Franco

L’histoire, souvent complexe et nuancée, révèle parfois des vérités dérangeantes. Un récent roman espagnol, «La bonne réputation» d’Ignacio Martínez de Pisón, vient jeter une lumière crue sur un chapitre méconnu : la situation des Juifs marocains à l’aube de l’indépendance du Maroc et la manière dont le régime franquiste a habilement instrumentalisé cette communauté pour ses propres fins politiques.

Un Passé Sombre Éclairé par la Littérature

L’Espagne contemporaine s’efforce de panser les plaies de son passé, notamment en ce qui concerne sa relation tumultueuse avec les Juifs sépharades. Le roman de Martínez de Pisón, en suivant le destin d’un couple mixte – Samuel, un juif, et Mercedes, une catholique – à Melilla dans les années 1950, nous plonge au cœur de cette période charnière. L’intrigue se déroule alors que le protectorat espagnol sur le Maroc touche à sa fin, prélude au grand exode des Juifs marocains vers la terre d’Israël.

Étonnamment, malgré un antisémitisme notoire, héritage de son alliance avec Hitler, et son refus obstiné de reconnaître l’État hébreu, le général Franco a paradoxalement donné sa bénédiction au départ de milliers de Marocains de confession juive. Ces départs massifs s’organisaient depuis le port de Melilla, marquant le début d’un exode qui allait vider le Maroc de quelque 25 000 de ses citoyens juifs, selon les estimations de l’auteur. Il est également rappelé que, dès 1936, le dictateur avait déjà tiré parti des ressources d’une banque juive de Tétouan pour financer sa conquête du nord du Maroc.

La Stratégie Post-Guerre : Une Réhabilitation Calculée

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et de la dissolution du protectorat espagnol au Maroc, le régime de Franco se retrouvait dans un isolement international croissant. Face à cette marginalisation, le Caudillo cherchait désespérément à redorer son blason sur la scène politique mondiale. C’est dans ce contexte que l’aide apportée à l’exode des Juifs du Maroc s’est transformée en un précieux gage de bonne foi.

Le « Gage de Bonne Foi » envers les Alliés

En facilitant le départ des Juifs, Franco offrait une preuve tangible de sa prétendue bienveillance envers les organisateurs de l’opération, principalement la France et la Grande-Bretagne. Cet empressement à collaborer avec Paris et Londres visait à faire oublier les sombres directives passées, notamment l’ordre du 13 mai 1941, enjoignant ses subordonnés à ficher les 6 000 Juifs résidant alors en Espagne. Une circulaire glaçante, parfaitement en ligne avec le pacte signé en mars 1939 entre Hitler et Franco, comme le révélait

El País en juin 2010 : «Les israélites nationaux et étrangers résidents dans cette province (…) sont tenus d’indiquer leurs affiliations personnelle, politico-sociale, ressources financières, situation actuelle et degré de dangerosité.»

Le Double Jeu du Dictateur : Un Maître de l’Ambivalence

L’histoire montre que Franco était un stratège habile, capable de jouer sur plusieurs tableaux. Il ne plaçait jamais tous ses œufs dans le même panier. Shlomo Ben Ami, ancien ministre israélien des Affaires étrangères et natif de Tanger (1943), a d’ailleurs souligné cette ambivalence en déclarant que le dictateur «fit pour les juifs ce que les principaux leaders des démocraties ne purent ou ne voulurent faire pour eux».

D’un côté, Franco dressait des listes pour satisfaire l’Allemagne nazie ; de l’autre, il œuvrait au sauvetage de Juifs, se ménageant ainsi une porte de sortie si la Seconde Guerre mondiale tournait à l’avantage des Alliés. Cette politique de la chaise vide, cette capacité à naviguer entre les idéologies, lui permit de se maintenir au pouvoir jusqu’à sa mort. Elle lui ouvrit également les portes du tourisme de masse européen dans les années 1960 et lui permit d’accorder, en septembre 1953, quatre bases militaires aux Américains, malgré le rejet initial de sa candidature à l’OTAN. L’Espagne ne rejoindra l’alliance atlantique qu’en 1982, bien après la disparition du Caudillo.


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