Quand l’héritage délie les langues et déchire les cœurs
À peine le linceul refermé sur le défunt, que déjà, l’ombre de la succession plane sur les familles. Au Maroc, comme ailleurs, la disparition d’un être cher, loin de souder les liens dans le deuil, peut paradoxalement devenir le catalyseur de conflits d’une rare intensité. Ces « guerres d’héritage », souvent perçues comme de simples disputes pécuniaires, sont en réalité le miroir de blessures bien plus profondes, de non-dits accumulés et de deuils inachevés. C’est ce que décrypte avec une acuité remarquable le Dr Hachem Tyal, psychiatre et psychanalyste émérite à Casablanca, fort de ses années d’écoute clinique.
Le Maroc, entre tradition et modernité face à l’héritage
Le système successoral marocain est un entrelacs complexe de principes. Il s’appuie principalement sur le droit coranique, dont les règles sont codifiées au sein du Code de la famille, la Moudawana. Historiquement, ces dispositions ont régi la transmission des biens, avec des parts prédéfinies qui, notamment, accordent généralement aux hommes une part double de celle des femmes. Cependant, la société marocaine évolue. Une nouvelle génération, plus ouverte sur les notions d’égalité et d’équité, remet en question certaines de ces traditions, y voyant une source d’injustice plutôt qu’un héritage sacré. Ces revendications, bien que parfois silencieuses, ajoutent une couche de complexité aux dynamiques familiales post-décès.
L’argent, un prétexte aux drames psychologiques
Pour le Dr Tyal, réduire les querelles d’héritage à une simple avidité matérielle serait une erreur d’analyse. « Ce n’est pas l’argent qui est en jeu, ou du moins pas seulement », affirme-t-il. « L’héritage agit comme un révélateur puissant, une scène où se rejouent les drames familiaux non résolus, les frustrations anciennes et les attentes déçues. »
Les deuils impossibles et les silences d’une vie
Le psychiatre souligne que la mort d’un parent est souvent l’occasion de faire éclater au grand jour ce qui a été tu pendant des décennies. Les rancœurs entre frères et sœurs, les sentiments d’injustice vécus durant l’enfance, les préférences parentales supposées ou réelles, tout cela remonte à la surface avec une force décuplée. L’héritage devient alors un champ de bataille symbolique où chacun tente de réparer des torts passés, de réclamer une reconnaissance qui n’a jamais été donnée, ou de combler un vide affectif. Le deuil, processus déjà intrinsèquement douloureux, se trouve ainsi compliqué, voire rendu impossible, par ces affrontements.
« La parole que le mort n’a jamais eu le courage de prononcer de son vivant, celle qui aurait pu apaiser, reconnaître, ou même simplement expliquer, est désormais attendue par les vivants à travers le partage des biens », explique le Dr Tyal. L’absence de cette parole, de ce testament émotionnel, transforme les objets et les sommes d’argent en symboles chargés de significations non dites, exacerbant les tensions.
Vers une compréhension plus profonde
Comprendre que les conflits successoraux sont avant tout des crises existentielles et relationnelles est le premier pas vers une résolution. Au-delà des avocats et des notaires, c’est parfois l’intervention d’un tiers neutre, capable d’aider à dénouer les écheveaux émotionnels, qui s’avère indispensable. Car en fin de compte, ce que les héritiers cherchent à travers ces batailles, c’est souvent moins une part de fortune qu’une part d’amour, de justice et de reconnaissance perdue ou jamais reçue.
Par Dr Hachem Tyal
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