L’Écho d’une Plume Universelle
Dans les annales de la littérature mondiale, un nom brille d’un éclat particulier : celui de Najib Mahfoud. Ce romancier égyptien, figure emblématique des lettres arabes, fut le premier et unique auteur du monde arabe à être couronné du prestigieux prix Nobel de littérature. Son parcours, jalonné de succès et d’une reconnaissance internationale, fut également marqué par une tentative d’assassinat en 1995, perpétrée par des extrémistes islamistes l’accusant d’apostasie. De cette épreuve, Mahfoud émergea, paradoxalement, plus résolu encore dans ses convictions et son œuvre, affirmant son intégrité face à l’obscurantisme.
Naguib Mahfouz, ou Najib Mahfoud, s’est imposé comme une voix majeure, dont les romans et nouvelles ont transcendé les frontières linguistiques et culturelles. Son style, ancré dans une réalité palpable, et sa maîtrise de la nouvelle, ont non seulement captivé des millions de lecteurs mais aussi inspiré une génération entière d’écrivains, tandis que ses récits prenaient vie sur grand et petit écran.
Des Rues du Caire aux Lumières de la Philosophie
Né Naguib Mahfouz Ibn Abdel Aziz Ibrahim Ahmed El-Basha le 11 décembre 1911, au cœur du vibrant quartier cairote d’Al-Gamaliya, l’écrivain a d’abord embrassé la philosophie, diplômé de l’Université Fouad Ier (aujourd’hui Université du Caire). Avant de dédier sa vie à la plume en 1971, il a occupé des fonctions clés dans le paysage culturel égyptien, notamment en tant que directeur général puis président de la Fondation d’aide au cinéma, et même directeur de la censure des œuvres artistiques, une ironie du destin au vu des épreuves qu’il allait traverser.
C’est à la fin des années 1930 que Najib Mahfoud fit ses premiers pas remarqués dans le monde littéraire. Son premier roman, «’Abath al-aqdâr» (publié en 1939 et traduit en français sous le titre «La Malédiction de Râ» en 1998), posa les jalons d’une œuvre profondément enracinée dans la vie quotidienne. Ses récits, qu’ils soient romans ou nouvelles, puisaient leur sève dans le tumulte et la richesse de la société égyptienne, et plus particulièrement dans l’âme du Caire, ville de son enfance et de son inspiration.
«Les Fils de la Médina» : Un Chef-d’œuvre Controversé
Au zénith de sa carrière dans les années 1950, Mahfoud publia «Awlâd hâratinâ» (traduit en français par «Les Fils de la médina» en 1991), un roman qui allait déclencher une tempête. Initialement sérialisé dans le journal Al-Ahram, l’œuvre fut rapidement la cible d’une virulente controverse de la part des érudits d’Al-Azhar, menant à son interdiction et à la suspension de sa publication. Une censure qui, paradoxalement, ne fit qu’amplifier son aura, lui ouvrant les portes d’une reconnaissance internationale grandissante.
C’est ce même roman, devenu un symbole de la liberté d’expression, et l’ensemble de son œuvre magistrale, qui lui valurent le prix Nobel de littérature en 1988. La Fondation Nobel salua alors une «grande réussite» et une «créativité» hors pair, soulignant que «Ses écrits contribuèrent au développement du roman comme genre et langage littéraires, dans les milieux culturels du monde arabe. Mais sa production fut beaucoup plus large et plus riche, à tel point que son travail nous parla à nous tous. Najib Mahfoud donna une impulsion majeure à la nouvelle également, en tant que savoir-faire littéraire basé sur la vie quotidienne.»
L’Attentat et la Résilience d’un Esprit Libre
Pourtant, cette gloire universelle faillit lui être fatale. En 1995, Najib Mahfoud fut la cible d’un attentat brutal, poignardé au cou par deux extrémistes islamistes. Miraculeusement, il survécut grâce à l’intervention rapide des secours. Le motif ? Son roman controversé «Les Fils de la médina», pour lequel il fut excommunié par ses agresseurs. Lors de son procès, le principal accusé révéla n’avoir jamais lu l’œuvre, déclarant froidement que «l’ordre [lui] ayant été donné était d’éliminer son auteur», et affirmant sans remords être prêt à récidiver à sa sortie de prison.
Face à cette violence aveugle, Najib Mahfoud répondit avec la sagesse et la dignité qui le caractérisaient. Il jugea «inconcevable de juger quelqu’un d’infidélité sans discussion ni débat», et «intolérable de voir des personnes inaptes à émettre des fatwas et dépourvues de moyens de compréhension de leur propre religion décider une telle sentence, par contumace de surcroît». Avec une clarté inébranlable, il réaffirma : «Je le redis : cet ouvrage est une contribution littéraire qu’il faut considérer ainsi et pas autrement. De plus, c’est un récit qui se termine sur la foi en l’existence du divin.»
Un Héritage Littéraire Immortel
L’année même de sa consécration par le Nobel, Najib Mahfoud offrit au monde son dernier roman, «Quchtumar». Son ultime recueil de nouvelles, «Rêves de convalescence», fut publié en 2004, deux ans avant qu’il ne tire sa révérence. Au-delà du Nobel, son œuvre fut saluée par une pléthore de distinctions, parmi lesquelles le prix national de littérature en 1957, la médaille du mérite de première classe en 1962, et le prestigieux collier du Grand Nil en 1988.
Najib Mahfoud s’est éteint le 30 août 2006, à l’âge vénérable de 95 ans, à Agouza, Gizeh, laissant derrière lui un héritage littéraire colossal qui résonne bien au-delà des frontières de l’Égypte et du monde arabe, touchant l’humanité entière. Ses écrits, traduits en de multiples langues, ont nourri le septième art, donnant naissance à d’innombrables films, téléfilms et séries télévisées. Comme le soulignait Hammad Abdel Tawab dans son ouvrage «Le cinéma dans la littérature de Naguib Mahfouz» : «Lorsque le cinéma égyptien des années 1960 s’appuyait de plus en plus sur la littérature, il se basa sur les œuvres de célèbres auteurs, à l’image de Najib Mahfoud, Ihssan Abdel Koudouss, Yusuf Sibai, Tawfiq al-Hakim et Youssef Idriss (…)».
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