Le Maroc face à la tempête moyen-orientale : l’analyse économique d’Adnane Benchekroune
Alors que les braises géopolitiques s’enflamment au Moyen-Orient, le Maroc, bien que géographiquement éloigné du foyer de tension, n’est pas à l’abri des ondes de choc économiques. L’escalade entre les États-Unis et l’Iran projette une ombre d’incertitude sur les marchés mondiaux, et le Royaume chérifien se prépare à des répercussions indirectes mais potentiellement profondes. Pour éclairer cette complexe équation, nous avons sollicité l’expertise d’
Adnane Benchekroune
, économiste émérite et figure de l’Istiqlal, qui nous livre son analyse lucide sur les défis et les atouts du Maroc face à cette conjoncture internationale volatile.
1. L’onde de choc énergétique : inflation et déficit commercial sous pression
L’économiste Adnane Benchekroune est catégorique : la première ligne de vulnérabilité pour le Maroc réside dans sa dépendance énergétique. En tant qu’importateur net de pétrole, le Royaume est directement exposé à toute hausse durable des cours du brut, une réalité déjà palpable sur les marchés mondiaux où une « prime de risque géopolitique » s’est solidement installée.
« Sur le plan macroéconomique, la conséquence la plus immédiate est l’alourdissement de la facture énergétique, qui pèse mécaniquement sur le déficit commercial », explique Benchekroune. Une hausse prolongée des prix du baril, non compensée par une augmentation significative des exportations ou des transferts de la diaspora, pourrait ainsi dégrader la balance courante du pays. Au-delà de ce déséquilibre externe, l’inflation importée représente une menace insidieuse. L’énergie, intrant essentiel à tous les niveaux de l’économie, renchérit les coûts de transport, de production et de distribution. Un effet diffus mais certain sur les prix à la consommation est à anticiper, même si l’inflation semblait jusqu’alors sous contrôle. Les secteurs les plus exposés ? Le transport, la logistique, et certaines industries gourmandes en énergie comme le ciment, les matériaux de construction, la chimie ou l’agro-industrie. L’agriculture et l’agroalimentaire pourraient également ressentir des contrecoups indirects via l’augmentation des coûts de distribution et de conservation.
Cependant, l’économiste nuance : « Le Maroc dispose de facteurs d’amortissement solides : diversification progressive du mix énergétique, montée en puissance des énergies renouvelables, politiques publiques plus ciblées qu’auparavant et crédibilité macroéconomique globalement préservée. » La véritable épreuve ne serait donc pas un choc brutal, mais plutôt la capacité du Royaume à naviguer une instabilité prolongée, transformant des effets conjoncturels en défis structurels.
2. La Bourse de Casablanca : entre aversion au risque et fondamentaux solides
La récente fébrilité de la Bourse de Casablanca, qui a enregistré des pertes notables, interroge sur la santé des entreprises marocaines. Adnane Benchekroune invite à la prudence dans l’interprétation de ce mouvement.
« La réaction négative récente de la Bourse de Casablanca doit être lue avec prudence et nuance. Elle s’inscrit avant tout dans un mouvement global d’aversion au risque, déclenché par l’escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran, plutôt que dans une remise en cause immédiate des fondamentaux des entreprises cotées », analyse-t-il. À l’instar de nombreux marchés émergents, la place casablancaise est particulièrement sensible aux soubresauts géopolitiques internationaux, même lorsque l’exposition directe de l’économie nationale reste limitée. Cette baisse reflète un ajustement des anticipations des investisseurs, qui intègrent désormais des scénarios plus incertains concernant la croissance mondiale, les coûts énergétiques et les conditions financières. Ces comportements, souvent défensifs à court terme, se traduisent par une réduction des positions sur les valeurs cycliques et une recherche accrue de liquidité. Loin d’être un signal d’alarme sur la solvabilité ou la rentabilité structurelle des entreprises marocaines, dont les résultats demeurent globalement robustes, il s’agit plutôt d’une réallocation tactique des capitaux. L’économiste anticipe une reconfiguration progressive des flux d’investissement, avec un intérêt accru pour les valeurs dites défensives – télécommunications, distribution, secteurs régulés – perçues comme plus stables. Les banques, par leur poids et leur liquidité, occupent une position intermédiaire, sensibles à un éventuel ralentissement économique et à la dégradation du crédit si la crise perdure. Quant aux valeurs exportatrices, bien que leurs recettes en devises puissent les rendre attractives, cet avantage pourrait être partiellement érodé par l’augmentation des coûts de transport et la perturbation des chaînes logistiques.
3. Les chaînes logistiques : un maillon essentiel sous surveillance
Au-delà des fluctuations boursières, les tensions au Moyen-Orient menacent également la fluidité des échanges mondiaux, un enjeu crucial pour une économie ouverte comme celle du Maroc. Adnane Benchekroune met en lumière les risques pesant sur les chaînes logistiques.
« Parallèlement, les perturbations potentielles des routes maritimes et aériennes pourraient renchérir les coûts de transport et peser sur la compétitivité de certains secteurs exportateurs », alerte l’économiste. Le détroit d’Ormuz, point de passage vital pour le pétrole et le gaz, est au cœur de ces préoccupations. Toute entrave majeure à la navigation dans cette zone aurait des répercussions mondiales, impactant directement les coûts de fret et les délais de livraison. Pour le Maroc, dont l’économie repose en partie sur l’exportation de produits manufacturés et agricoles, la fluidité des chaînes d’approvisionnement est primordiale. Des retards ou des surcoûts pourraient affecter la compétitivité de ses produits sur les marchés internationaux, notamment européens et américains. Cependant, la résilience du Maroc se manifeste aussi dans ses infrastructures logistiques modernes, notamment le port de Tanger Med, qui offre une connectivité stratégique et une certaine flexibilité face aux aléas. La diversification des partenaires commerciaux et des routes d’approvisionnement, bien qu’imparfaite, constitue également un atout. L’enjeu est de taille : maintenir la compétitivité et la fiabilité des exportations marocaines dans un environnement où la sécurité des routes commerciales est de plus en plus précaire.
En somme, le Maroc se trouve à la croisée des chemins, entre une exposition inévitable aux turbulences mondiales et une capacité d’adaptation avérée. La vigilance et la proactivité des politiques économiques seront déterminantes pour traverser cette période d’incertitude avec le moins de heurts possible.
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