Révélations Explosives : Les Archives Kissinger Éclairent les Coulisses Tendues de la Marche Verte
Cinquante ans après un événement qui a redessiné la carte du Royaume, de nouvelles archives américaines, fraîchement déclassifiées, lèvent le voile sur l’intense ballet diplomatique qui a précédé la Marche Verte. Un document du Policy Center for the New South (PCNS) révèle comment Henry Kissinger, alors secrétaire d’État américain, naviguait entre la crainte d’un embrasement régional, les avertissements pressants de l’Espagne et de l’Algérie, et sa volonté inébranlable de préserver une alliance stratégique avec le Maroc. Ces révélations offrent une plongée inédite au cœur d’une crise potentiellement explosive, où Washington cherchait l’équilibre délicat entre désescalade et fidélité à un partenaire clé.
Ph : AFP Hiba Chaker | 23 Février 2026 À 18:15
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Un Moment Fondateur sous Haute Tension Diplomatique
Décrite par Abdallah Saaf dans son dernier policy paper pour le PCNS comme un «moment fondateur» et une «dynamique structurante», la Marche Verte de 1975 est bien plus qu’une simple page d’histoire. Les images des 350 000 marcheurs avançant avec ferveur vers les frontières du Sahara ont forgé un récit national puissant. Mais derrière cette mobilisation populaire, se jouait une partie d’échecs géopolitique dont l’ampleur est aujourd’hui mieux comprise grâce aux documents déclassifiés.
Washington Face au Spectre du Conflit Régional
L’irruption d’Henry Kissinger sur la scène diplomatique marocaine souligne la gravité de la situation perçue par Washington. Les services de renseignement américains analysaient la Marche Verte sous un prisme sécuritaire, envisageant une action marocaine «sur trois fronts» : l’Espagne, l’Algérie et le Front Séparatiste. Les demandes d’armement marocaines, qualifiées de «de plus en plus pressantes» (chars M6, avions F5, missiles, canons 155), alimentaient les craintes d’une escalade militaire.
Les Démentis de Hassan II et les Avertissements d’Alger
Face à ces soupçons, Feu S.M. le Roi Hassan II s’employait à rassurer, affirmant que «ce qu’il préparait n’avait rien de militaire». Pourtant, les avertissements se multipliaient. Kissinger lui-même relayait les propos du président algérien Houari Boumédiène, dont la teneur était sans équivoque : «Le Maroc n’a aucun intérêt à entrer en conflit (…) mais les Algériens n’ont pas peur… Nous sommes des révolutionnaires (…) Je n’ai pas de Trône à perdre.» Un message clair de détermination à l’épreuve de force.
La Position Espagnole : Entre Incertitude et Menace
L’Espagne, plongée dans l’incertitude de la fin du franquisme, exprimait également une vive inquiétude. Le ministre Pedro Cortina Mauri aurait ainsi averti : «Nos forces armées ont reçu l’ordre de repousser toute tentative d’invasion (…) Je vous demande de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour éviter les conséquences tragiques.» La tension était palpable, et le risque d’une confrontation directe avec l’Espagne, alors puissance administrante du Sahara, était bien réel.
Les Prévisions Alarmantes de la CIA
Le document le plus révélateur, daté du 3 octobre 1975 et attribué au directeur de la CIA, William Colby, peignait un tableau sombre. Il y est écrit que «Le Roi Hassan II (…) a décidé d’aller vers le Sahara au cours des trois prochaines semaines», tout en estimant que le Souverain «sous-estime sérieusement la capacité de riposte des Espagnols». La note évoquait même, en cas d’intervention algérienne, un déséquilibre flagrant des forces aériennes, avec «quelque 200 avions de combat algériens» face aux «40 appareils marocains». Ces extraits confirment la perception américaine d’une région au bord de l’embrasement.
La Stratégie de Washington : Éviter le Chaos sans Isoler Rabat
Malgré l’urgence des mises en garde, le policy paper d’Abdallah Saaf met en lumière une stratégie américaine nuancée. Kissinger, tout en conseillant «très fermement» à Hassan II de «reculer et de renoncer à la Marche Verte», n’a jamais vu Washington s’opposer sérieusement à l’initiative. Le refus marocain de céder était «déterminé», et les États-Unis, soucieux de «prévenir une confrontation militaire», ne sont pas allés au-delà des avertissements.
Un Partenariat Stratégique Inviolable
La raison de cette retenue est explicitée par Kissinger lui-même : empêcher la Marche aurait «détruit» la relation avec le Maroc, «comme un embargo». Le Royaume était perçu comme un partenaire stratégique dont l’alliance ne pouvait être compromise. Washington a donc opté pour une double approche : tenter d’éviter l’escalade régionale tout en préservant son lien vital avec Rabat, refusant de traiter le Maroc comme un acteur marginal.
La Marche Verte : Une Vision Stratégique à Long Terme
Au-delà des manœuvres diplomatiques, Abdallah Saaf réévalue la nature politique de la Marche Verte. Il conteste les mémos de la CIA qui, jugés «expéditifs et sommaires», la présentaient comme une simple diversion face aux difficultés économiques ou un moyen de consolider le pouvoir du Souverain. Ces analyses, qui prévenaient qu’en cas d’échec ou de guerre, «l’issue en est imprévisible», n’auraient pas saisi la profondeur de l’initiative.
Confidentialité, Surprise et Impact Durable
Le brief de Saaf affirme au contraire que «La Marche Verte se donne pour l’essentiel comme un mouvement pragmatique de portée stratégique». Il souligne deux principes clés de Feu le Roi Hassan II : une «confidentialité» extrême, avec un «nombre de personnes au courant des plus réduit», et «l’élément de surprise». L’impact de l’événement fut durable, devenant «une matière centrale du récit national» et un «thème structurant» qui a «reconfiguré le champ et les acteurs politiques», renforçant le lien entre la monarchie et la population.
Les Leçons Géopolitiques d’un Conflit Prolongé
Le texte n’élude pas la complexité de l’après-Marche Verte, marqué par une guerre de 1976 au cessez-le-feu de 1991, avec une baisse de virulence en 1986 lors de la construction du «Mur». Il rappelle également que le Maroc a mené «une guerre de front vis-à-vis de quatre pays (Cuba, Libye, Algérie, Espagne)». Enfin, Abdallah Saaf rapporte une leçon stratégique attribuée à Hassan II : les alliances occidentales peuvent parfois se révéler «peu sûres» et «aléatoires».
Conclusion : Un Héritage Géopolitique Toujours Actuel
En définitive, la relecture de ces archives de Kissinger révèle un double mouvement fascinant : d’un côté, une administration américaine redoutant une explosion régionale, et de l’autre, une initiative marocaine audacieuse, perçue comme un acte stratégique majeur, dont l’écho continue, un demi-siècle plus tard, de structurer le récit national et la géopolitique de la région.
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