Gécamines : Kinshasa remodèle son géant minier à l’heure américaine
Le paysage minier de la République Démocratique du Congo (RDC) est en pleine mutation. Au cœur de cette transformation, la Gécamines, pilier de l’économie nationale, vient d’opérer un remaniement stratégique de sa direction. Cette décision intervient à un moment crucial, alors que Kinshasa intensifie ses pourparlers avec l’administration Trump, cherchant à rééquilibrer les forces en présence dans un secteur traditionnellement dominé par les acteurs chinois.
Un nouveau cap pour le fleuron minier congolais
Le 23 février, le président Félix Tshisekedi a orchestré une série de changements à la tête de plusieurs entreprises publiques. Parmi les plus notables, la Gécamines, détentrice de participations stratégiques dans d’innombrables projets de cuivre et de cobalt à travers le pays, voit son leadership renouvelé. Deogratias Ngele Masudi, figure bien connue des arcanes de la société, accède à la présidence du conseil d’administration (PCA). À ses côtés, Baraka Kabemba prend les rênes en tant que directeur général.
Ces nominations marquent un tournant, succédant à Guy Robert Lukama et Placide Nkala Basaduila, en poste depuis le début de l’année 2023. Lukama, quant à lui, n’est pas écarté du jeu, puisqu’il est désormais PCA de la Société aurifère du Kivu et du Maniema (Sakima), tandis que Basaduila rejoint le conseil d’administration de la Société minière de Kilo-Moto (Sokimo).
Des profils stratégiques pour une nouvelle ère
Deogratias Ngele Masudi n’est pas un inconnu à la Gécamines, ayant exercé les fonctions de secrétaire général jusqu’en 2021, sous la présidence d’Albert Yuma. Son parcours politique, notamment en tant que ministre de la Justice sous Joseph Kabila, et ses liens familiaux récents avec la famille présidentielle – son fils, Patrick Ngele, ayant épousé Christina Tshisekedi en 2025 – le positionnent comme un acteur clé et de confiance.
Baraka Kabemba, pour sa part, apporte une expertise précieuse issue du secteur privé. Ancien associé d’EY en RDC, il dirigeait les activités de conseil du cabinet en Afrique centrale. Un choix qui n’est pas anodin, la Gécamines ayant déjà fait appel aux services d’EY par le passé. Ce recrutement souligne une volonté d’injecter une gestion plus orientée vers la performance et la transparence, dans un contexte où la gouvernance de la Gécamines a souvent été critiquée. Il est à noter qu’EY a récemment restructuré ses opérations en Afrique subsaharienne francophone, laissant la place à des réseaux indépendants.
L’ombre de Washington et le dossier Chemaf
Ce remaniement intervient dans un contexte géopolitique et économique tendu. Le gouvernement congolais s’efforce activement d’attirer des investissements américains dans son secteur minier, une démarche visant à réduire la prépondérance des groupes chinois. Des discussions intenses entre Kinshasa et Washington ont pris de l’ampleur depuis décembre dernier, avec l’objectif de concrétiser cette diversification stratégique.
Ironie du sort, Deogratias Ngele Masudi et Baraka Kabemba faisaient déjà partie, depuis mai 2025, d’une cellule de coordination stratégique chargée du suivi de ces négociations délicates.
Un dossier épineux s’est immiscé au cœur de ces échanges : le rachat de Chemaf, producteur de cuivre et de cobalt lourdement endetté et mis en vente depuis 2023. L’offre de reprise par le groupe américain Virtus Minerals, bien que soutenue par Kinshasa, a provoqué des frictions internes à la Gécamines. L’ancien PCA, Guy Robert Lukama, s’était montré réticent à cette transaction. Or, son aval était indispensable, la Gécamines étant propriétaire de Mutoshi, l’une des deux mines exploitées par Chemaf.
En janvier, Virtus Minerals, une société sans expérience minière notable mais bénéficiant de l’appui du fonds d’investissement américain Orion Resource Partners, de la compagnie indienne Lloyds Metals et, surtout, de l’administration Trump, a finalement signé un accord d’achat pour 95% du capital de Chemaf.
Analyse : Un alignement stratégique pour l’avenir minier congolais
Plusieurs sources concordent : la position de Guy Robert Lukama sur l’acquisition de Chemaf par Virtus Minerals aurait été un facteur déterminant dans son remplacement. Malgré des divergences au sein de l’appareil d’État congolais concernant Virtus Minerals, une faction pousse pour une avancée rapide avec la société américaine.
Ce remaniement est-il le catalyseur nécessaire pour débloquer le dossier Virtus et forger un consensus ? Ce qui est indéniable, c’est que le président Tshisekedi, en nommant Baraka Kabemba, mise sur un profil du secteur privé, doté d’une expertise en gestion financière, répondant ainsi aux critiques récurrentes sur la gouvernance de la Gécamines. Parallèlement, la promotion de Deogratias Ngele Masudi à la tête du conseil d’administration assure une continuité et une connaissance approfondie des dossiers, tout en renforçant la proximité avec le pouvoir exécutif.
Ces mouvements stratégiques soulignent la détermination de la RDC à redéfinir son partenariat minier, cherchant à attirer de nouveaux acteurs et à moderniser sa gestion, le tout sous l’œil attentif de Washington.
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