Vue aérienne d'un chantier de construction au Maroc, symbolisant le boom des infrastructures.
Économie

Maroc : Le Coût Caché de l’Ambition – Quand le Boom des Infrastructures Révèle les Failles de la Concurrence (3/3)

Partager
Partager
Pinterest Hidden

Maroc : Le Coût Caché de l’Ambition – Quand le Boom des Infrastructures Révèle les Failles de la Concurrence (3/3)

Le Maroc

, engagé dans une course contre la montre pour métamorphoser ses villes et ses infrastructures à l’horizon 2030, s’apprête à injecter un montant vertigineux de 1 000 milliards de dirhams en investissements publics. Routes, stades, chemins de fer, projets hydrauliques et énergétiques, complexes hôteliers… le royaume se dote d’équipements de pointe. Mais à quel prix ? Et surtout, pour quels bénéfices réels à long terme pour l’économie nationale ? Les récents avis du Conseil de la Concurrence, couplés aux bilans financiers des géants du BTP, lèvent le voile sur une réalité économique moins reluisante, révélant une mécanique de concentration qui renchérit considérablement le coût de cette transformation. Une double marge exceptionnelle semble ainsi ponctionner la valeur, au détriment d’une dynamique économique plus vertueuse.

Le Paradoxe du Ciment : Une Rente au Cœur de la Surcapacité

Le premier maillon de cette chaîne inflationniste se situe dans l’industrie du ciment, un secteur qui défie les théories classiques de l’offre et de la demande. Selon l’Avis A/3/25 du Conseil de la Concurrence, le marché national est verrouillé par un oligopole implacable où trois acteurs contrôlent entre 80% et 90% des ventes, avec un acteur central qui concentre plus de 50% du marché.

Des marges insolentes malgré l’inactivité

Cette structure quasi-monopolistique permet aux cimentiers intégrés d’afficher des niveaux de profitabilité impressionnants. La marge brute moyenne s’établit autour de 32,5%, avec des pointes approchant les 40% pour le leader. Un tel niveau de rentabilité est d’autant plus singulier que le secteur fonctionne en sous-capacité chronique, le taux d’utilisation des usines plafonnant à seulement 57,1% sur les années d’observation du Conseil de la Concurrence. Dans un marché fluide, une telle oisiveté industrielle devrait logiquement provoquer une baisse des prix pour saturer les installations et amortir les charges fixes. Pourtant, le marché marocain obéit à une « coordination tacite », selon le régulateur, dictée par la géographie industrielle.

Le spectre du cartel et les entraves à la concurrence

Les mots de l’avis ont-ils été édulcorés pour ne pas l’obliger à ouvrir des enquêtes au titre des articles 6 et 7 de la loi sur la concurrence, et plus particulièrement, une enquête pour la constitution d’un cartel ? En effet, les cimenteries sont implantées dans des bassins structurés où la proximité physique crée des zones d’influence protégées. Le coût du transport rend toute concurrence lointaine inefficace au-delà de 200 km pour le ciment, une contrainte que le clinker, produit moins pondéreux, ne subit pas de la même manière.

Paradoxalement, le Conseil relève que le développement de centres de broyage indépendants au Maroc reste limité. Ce modèle est structurellement dépendant de l’amont, contrôlé par les cimentiers intégrés, leurs concurrents directs sur le marché du ciment fini. Le régulateur décrit ainsi le risque permanent de verrouillage de l’accès à l’intrant. Pire, les cimentiers intégrés orientent une part très majoritaire de leurs ventes de clinker à des tiers vers l’exportation, ce qui réduit la disponibilité locale et oblige les broyeurs à fonctionner en flux tendu, d’autant plus qu’ils disposent de capacités de stockage limitées. Ajoutez à cela un conflit d’intérêt manifeste : les cimentiers intégrés sont présents dans la commission de normalisation du clinker importé. Une gouvernance qui limite la flexibilité d’importation et accroît la centralité des producteurs locaux intégrés qui protègent, de facto, leur aval, tandis que leur amont est garanti par leur accession à des carrières pour des périodes de 40 à 50 ans.

Une prime de concentration coûteuse pour le pays

Lorsque l’on confronte la rentabilité des acteurs nationaux intégrés aux standards mondiaux, l’écart est frappant. Leurs marges brutes dépassent largement celles de la Chine, par exemple, qui se situent entre 7% et 14% seulement. Elles excèdent même celles de leurs maisons mères comme Holcim ou Heidelberg, qui ont réalisé en 2024 des EBITD ou EBITDA récurrents de 19% et 21%. Selon une de nos sources, ces marges proviennent d’un prix de ciment gonflé à hauteur de 20% par rapport aux intrants, et de la rentabilisation des investissements consentis. Le Maroc apparaît donc comme une zone de profit sécurisée où la surcapacité n’altère jamais la distribution des dividendes, ce qui constitue une première ponction sur le budget de l’investissement public et privé. L’État occupe d’ailleurs une position ambiguë puisqu’il collecte plus de 7 milliards de DH de taxes annuelles sur le ciment tout en étant le premier acheteur final de ce matériau à travers ses grands chantiers.

L’Acier et l’Asymétrie de la Valeur Ajoutée : Un Réseau de Distribution Opaque

Le secteur du rond à béton présente une physionomie différente mais participe tout autant au renchérissement des projets nationaux. Si les marges nettes des producteurs sont plus modestes, oscillant entre 2,5% et 3,4%, le Conseil de la Concurrence met en lumière une inefficience logistique majeure au niveau de la distribution et une concentration en amont et en aval.

La concentration masquée de la distribution

La distribution du rond à béton au Maroc est ainsi dominée par le canal des revendeurs, qui capte entre 83% et 87% des ventes. Mais derrière cette apparente fragmentation du détail se cache une forte concentration au niveau du segment de gros, alignée sur celle de la production. Trois opérateurs, Sonasid, Riva Industries et Univers Acier, contrôlent ensemble entre 80% et 90% du segment des distributeurs. L’intégration verticale joue un rôle clé, décrit le régulateur, notamment avec l’adossement de Riva Industries au groupe Meski Invest, doté d’un réseau national historique et aujourd’hui premier producteur national. Le paysage oppose ainsi quelques distributeurs d’envergure nationale, disposant de capacités logistiques et financières importantes, à des PME régionales. Ces acteurs jouent un rôle de financeurs et d’organisateurs de l’offre, mais le modèle est jugé peu efficient par le régulateur, en raison du recul de l’efficience globale et de la captation de marges excessives au détriment du consommateur final.


Pour plus de détails, visitez notre site.

Source: Lien externe

Partager

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *