Tempête sur les Ports Marocains : Les Surestaries, un Gouffre Financier pour les Importateurs
Depuis plusieurs jours, une succession de conditions météorologiques extrêmes s’abat sur les côtes marocaines, semant le chaos dans l’activité portuaire. Les opérations d’accostage et de manutention sont ralenties, voire paralysées, entraînant une cascade de conséquences économiques pour les entreprises importatrices. Au cœur de cette tempête logistique : les surestaries, ces pénalités de retard qui gonflent les factures et mettent à rude épreuve la trésorerie des opérateurs.
Des Surestaries Exorbitantes : Le Prix de l’Attente
Le phénomène des surestaries, ces indemnités dues au propriétaire du navire lorsque le déchargement des marchandises dépasse les délais contractuels, prend une ampleur inédite. Hicham Mellakh, président de la commission Logistique et Foncier à la CGEM, tire la sonnette d’alarme auprès de Médias24, révélant des chiffres qui donnent le vertige : « Les frais peuvent atteindre 30.000 dollars par jour et par bateau. »
La nature du transport dicte l’ampleur de la facture. Pour le vrac, qu’il s’agisse de céréales ou de produits pétroliers, l’attente se monnaie cher. « Pour les vracs solides, comme le blé et les céréales, ils se situent généralement entre 15.000 et 20.000 dollars par jour, tandis que pour les produits pétroliers, ils peuvent atteindre environ 30.000 dollars par jour. Or, certains navires sont bloqués depuis plus de vingt jours, ce qui aboutit à des montants très élevés », détaille M. Mellakh. Les conteneurs ne sont pas épargnés, avec des frais avoisinant les 200 dollars par unité et par jour. Des retards qui, s’ils devaient s’étirer sur un mois, promettent une envolée mécanique des coûts.
L’Imprévu Non Couvert : Un Vide Juridique et Assurantiel
Face à cette situation exceptionnelle, les mécanismes de couverture habituels se révèlent souvent impuissants. Les clauses de force majeure dans les contrats d’affrètement ou d’importation peinent à englober de telles perturbations d’une ampleur rare. « En matière d’assurance, à ma connaissance, ces situations ne sont pas couvertes. Nous n’avons presque jamais connu des perturbations de cette ampleur, et il s’agit d’un cas extrême », confie Hicham Mellakh. Il souligne l’urgence d’une réflexion collective pour « limiter autant que possible les surestaries » et trouver des solutions concrètes avec l’ensemble des acteurs de la chaîne logistique.
La Taxe de 10% : Une Pénalité Fiscalisée
Au-delà des surestaries elles-mêmes, une autre problématique alourdit la charge des importateurs : la taxe de 10% appliquée à ces frais. La CGEM milite depuis longtemps pour sa suppression, arguant qu’il s’agit d’une pénalité et non d’un service. « Comme les surestaries sont payées à l’étranger, cette taxe est appliquée, mais pour nous elle n’a pas lieu d’être, puisqu’il ne s’agit pas d’un service rendu. Cela représente donc un coût supplémentaire induit pour les opérateurs, et nous estimons qu’il faudrait supprimer cette taxe de manière définitive », insiste M. Mellakh, appelant à une révision de cette imposition jugée inique.
Impacts sur le Marché : Retards Commerciaux et Marges Sous Pression
Pas de Pénurie, Mais des Rayons Dégarnis Avant le Ramadan
Malgré l’ampleur des blocages, Hicham Mellakh se veut rassurant quant au risque de pénurie généralisée. Le Maroc, grâce à ses stocks stratégiques en produits de première nécessité (carburants, céréales, etc.), devrait pouvoir absorber le choc. Cependant, l’impact sur le calendrier commercial est indéniable, particulièrement à l’approche du mois sacré du Ramadan, période cruciale pour de nombreux commerçants.
« De nombreux commerçants réalisent une part importante de leurs ventes à travers des promotions organisées pendant le Ramadan, notamment pour des biens comme les téléviseurs, les réfrigérateurs ou d’autres équipements. Si les marchandises n’arrivent pas à temps pour cette période, ces promotions ne peuvent pas avoir lieu dans les conditions prévues, et les produits risquent de rester en stock plus longtemps, ce qui crée des difficultés pour les commerçants », explique M. Mellakh. À ces contraintes s’ajoutent les surcoûts des surestaries, rendant la situation d’autant plus précaire.
Des Secteurs Vulnérables et la Nécessité de Procédures Exceptionnelles
Si tous les secteurs sont touchés, certains le sont plus que d’autres. L’agroalimentaire, notamment pour les produits à date limite de consommation courte, est particulièrement sensible. Face à ces circonstances « qui sortent de l’ordinaire », Hicham Mellakh plaide pour la mise en place de « procédures adaptées, qui sortent du cadre habituel ». Une agilité administrative et logistique est indispensable pour naviguer dans ces eaux agitées.
Quant à la capacité des entreprises à absorber ces surcoûts, la réponse est nuancée. Elle dépend fortement de la nature des biens importés et, surtout, du niveau des marges. « Dans certains secteurs, notamment l’agroalimentaire, les marges sont très faibles, de sorte que les entreprises peuvent rapidement passer dans le rouge dès que des surcoûts apparaissent », conclut Hicham Mellakh, soulignant la fragilité de certains maillons de la chaîne d’approvisionnement face à ces imprévus onéreux.
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