Un pétrolier naviguant dans le détroit d'Ormuz, symbole des tensions géopolitiques affectant le commerce mondial d'hydrocarbures.
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Moyen-Orient : Le Choc Pétrolier et Gazier D’un Mois de Conflit

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Le Golfe, Cœur Battant de l’Énergie Mondiale, en Pleine Tourmente

Un mois seulement après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, l’échiquier énergétique mondial est en pleine mutation. La région, véritable épicentre de la production et du transport d’hydrocarbures, voit sa capacité d’exportation drastiquement réduite, engendrant ce que Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, qualifie de « la plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de toute l’histoire ».

Les chiffres sont alarmants : un quart du commerce maritime mondial de pétrole et un cinquième du gaz naturel liquéfié (GNL) transitaient par le détroit d’Ormuz en 2025 (Note du journaliste : cette date semble être une projection ou une erreur de l’article original, nous la conservons telle quelle mais il est probable qu’elle se réfère à des données récentes ou actuelles). Aujourd’hui, ce sont pas moins de 11 millions de barils de brut et de produits pétroliers, ainsi qu’environ 300 millions de mètres cubes de GNL, qui manquent quotidiennement à l’appel sur les marchés mondiaux, soit plus de 10 % de la consommation planétaire. Et cette hémorragie pourrait s’intensifier à mesure que les monarchies du Golfe, prises au piège, continuent de restreindre leur production.

Le Détroit d’Ormuz : Un Verrou Stratégique Ébranlé

Le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce énergétique, est devenu un point de tension majeur. Traditionnellement, la quasi-totalité de la production pétrolière et gazière du Golfe transite par ce goulet maritime. Cependant, depuis le 28 février, date du début des hostilités, seule une poignée de pétroliers a réussi à le franchir. Le trafic des méthaniers, ces géants des mers transportant le GNL dans d’immenses cuves réfrigérées, est quant à lui totalement paralysé.

Face à cette situation critique, les alternatives sont rares. Deux oléoducs, situés en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, offrent des voies de contournement vers la mer Rouge et le golfe d’Oman, permettant de réacheminer une fraction de l’or noir. Mais ces palliatifs sont loin de compenser l’ampleur du blocage. Les données du cabinet d’analyse Kpler révèlent une chute vertigineuse de 99 % des exportations d’hydrocarbures depuis le golfe Arabo-Persique en mars, par rapport à février, si l’on exclut les cargaisons iraniennes.

La Production en Chute Libre : Une Pression Croissante sur les Stocks

L’incapacité à exporter contraint les pays producteurs à réduire drastiquement leur activité. Les sites de stockage terrestres approchent de la saturation, forçant des décisions difficiles. Entre le début et la fin du mois de mars, la production a diminué d’environ 25 % en Arabie saoudite, de plus de 60 % au Koweït et même de près de 80 % en Irak, passant de plus de 4 millions de barils par jour en février à seulement 800 000 à 900 000 barils par jour.

Pour ces nations, l’objectif est désormais de retarder au maximum le moment où les stocks seront entièrement remplis. Autrement dit, de produire peu, mais en continu, afin d’éviter un arrêt aux conséquences très dommageables. Certains puits, une fois fermés, deviennent difficiles à redémarrer, voire sont inutilisables.

Des Destins Énergétiques Inégaux au Sein du Golfe

L’Arabie Saoudite : Une Résilience Relative

Principale puissance pétrolière de la région, représentant traditionnellement 40 % de toute la production du Golfe, l’Arabie saoudite est parvenue à limiter les dégâts. Un oléoduc terrestre débouchant sur la mer Rouge a permis des expéditions record en mars, avec des volumes atteignant jusqu’à 7 millions de barils par jour, selon Bloomberg. La pétromonarchie peut également compter sur ses vastes capacités de stockage, les plus importantes de la région, suffisantes pour tenir soixante-cinq jours si les exportations sont en partie redirigées via le pipeline, d’après une étude de J.P. Morgan.

L’Irak : Un Secteur Pétrolier en Souffrance

L’industrie pétrolière irakienne est sévèrement ébranlée par le conflit. Les capacités de stockage ont atteint des niveaux critiques et les grandes majors étrangères opérant dans le pays ont été priées de réduire leurs opérations. La production issue des principaux gisements du pays a chuté d’environ 80 % depuis l’ouverture des hostilités, et d’autres coupes pourraient encore être annoncées dans les prochains jours, selon l’agence Reuters.

L’Iran : Le Maître du Détroit?

C’est l’un des signes les plus concrets du contrôle que s’est arrogé l’Iran sur le détroit d’Ormuz : tandis que l’offre des pays voisins s’est évaporée, l’activité pétrolière de la République islamique s’est maintenue presque à l’identique depuis le début de la guerre. Le pays a continué d’expédier près de 1,8 million de barils par jour de l’île de Kharg, son principal terminal d’exportation, principalement vers la Chine. Un volume moins élevé qu’en février, où l’Iran multipliait les chargements en prévision du conflit, mais en ligne avec les moyennes des mois précédents. Téhéran n’hésite pas à menacer d’une attaque de drone ou de missile tout navire « hostile » cherchant à emprunter le détroit, ses propres pétroliers traversant le passage sans encombre.

Le Gaz Naturel Liquéfié (GNL) : Un Arrêt Brutal et Coûteux

Si quelques tankers pétroliers passent encore par le détroit, les livraisons de GNL sont, elles, complètement à l’arrêt depuis le premier jour de la guerre. La perte d’un méthanier est très « coûteuse », rappelle Ronald Pinto, analyste chez Kpler, incitant ces navires à « prendre moins de risques ».

Le Qatar, deuxième producteur mondial de GNL, a suspendu sa production dès le 3 mars, suite à une attaque de drone iranienne sur le complexe de Ras Laffan, qui héberge la plus grande usine de liquéfaction au monde (capacité de 77 millions de tonnes par an, soit environ 105 milliards de mètres cubes). Cette installation est désormais immobilisée, et sans doute pour un long moment, alors que de nouvelles attaques, le 18 mars, ont infligé des dégâts importants à ses infrastructures.

Les Émirats arabes unis ont également ralenti à l’extrême le fonctionnement de leur unique usine de production de GNL, d’une capacité de 5,8 millions de tonnes par an (environ 8 milliards de mètres cubes). Située sur la petite île de Das, au large d’Abou Dhabi, celle-ci n’aurait pas encore été totalement arrêtée afin de permettre un redémarrage rapide dès la réouverture du détroit.

Le Retour à la Normale : Une Perspective Chaotique

S’il a suffi de quelques jours pour que la production et les exportations s’effondrent, le retour à la normale s’annonce bien plus complexe. Les défis logistiques, la saturation des stocks et la complexité du redémarrage des infrastructures promettent une période de volatilité et d’incertitude prolongée pour le marché mondial des hydrocarbures, avec des répercussions inévitables sur l’économie globale.


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