GMT+1 au Maroc : Un siècle d’horloges bousculées, la controverse persiste
vit au rythme du GMT+1, une heure d’avance sur son fuseau horaire naturel, une décision pérennisée en 2018 qui, loin de faire l’unanimité, continue d’alimenter un vif débat national. Cette pratique, souvent perçue comme une innovation moderne, plonge pourtant ses racines dans une histoire complexe et centenaire, jalonnée de guerres, de crises énergétiques et de tentatives d’alignement international.
Un Héritage Centenaire : Les Racines de l’Heure d’Été au Maroc
Les Premiers Pas : 1918, une Réponse aux Conflits Mondiaux
L’idée d’avancer les horloges, connue familièrement sous le nom de «Sa3a Jdida» (la nouvelle heure), n’est pas une nouveauté. Elle a fait son apparition au Maroc dès 1918. À l’époque, le Dahir royal du 26 octobre 1913 avait pourtant clairement établi que «l’heure légale sur le territoire du Protectorat français au Maroc sera l’heure moyenne du méridien de Greenwich». Cependant, face aux impératifs de la Première Guerre mondiale, notamment la nécessité d’économiser l’énergie, un nouveau dahir fut promulgué, avançant l’heure de 60 minutes dans la nuit du 15 au 16 mai 1918. Ce fut le prélude à une longue série d’ajustements saisonniers.
Les Fluctuations d’Après-Guerre : Entre Nécessité et Incertitude
La pratique de l’heure d’été refit surface avec la Seconde Guerre mondiale. Le Bulletin Officiel de septembre 1939 annonçait un nouvel avancement d’une heure, effectif dès le 12 septembre, «et jusqu’à nouvel ordre». Une décision réitérée en février 1940. Ces mesures étaient principalement motivées par la volonté de réduire la consommation d’énergie dans un contexte de pénuries. Une période particulièrement intrigante fut celle de 1945 : après l’annonce d’un retour au GMT en septembre, la décision fut annulée le même jour, laissant le pays en GMT+1 pendant près d’une année complète, jusqu’en septembre 1946. En 1950, un décret expliqua explicitement l’avancement de l’heure par «le faible niveau des précipitations printanières» et son impact sur la production hydroélectrique, soulignant la dimension économique de ces choix.
La Modernisation du Cadre Légal et la Pérennisation du GMT+1
Le Décret de 1967 : Une Base Légale Durable
Sous le règne de Sa Majesté le Roi Hassan II, le cadre légal régissant le temps au Maroc fut modernisé. Le dahir de 1913, héritage du Protectorat, fut abrogé et remplacé par un décret royal publié le 2 juin 1967. Ce nouveau texte réaffirmait le GMT comme «l’heure légale sur le territoire du Royaume», tout en ouvrant la porte à la flexibilité. Il stipulait clairement que l’heure légale «peut être avancée chaque année de soixante minutes», avec la possibilité d’un retour aux mêmes conditions. Pour l’année 1967, l’avancement fut fixé au 3 juin à 12h00.
La Réapparition et la Pérennisation : Le GMT+1, un Choix Contesté
Après une période d’application irrégulière, l’heure d’été fut réintroduite de manière saisonnière en 2008, sous l’égide du Premier ministre de l’époque, Abbas El Fassi. Les horloges étaient alors avancées fin mai et reculées fin septembre. Ce système de va-et-vient perdura jusqu’à une décision majeure en 2018. Le 26 octobre de cette année-là, un décret gouvernemental rendait le GMT+1 permanent, justifiant cette mesure par des arguments d’économie d’énergie, d’accroissement de la productivité et d’harmonisation avec les fuseaux horaires des partenaires européens, notamment la France et l’Espagne.
Le Débat Actuel : Entre Impératifs Économiques et Quotidien des Citoyens
Cependant, cette permanence du GMT+1 est loin de faire l’unanimité. Une «Campagne Nationale pour le Retour à l’Heure Standard» a vu le jour, mobilisant plus de 330 000 signatures via une pétition en ligne. Les critiques fusent, pointant du doigt les perturbations du rythme biologique, les difficultés d’adaptation pour les écoliers et les travailleurs, ainsi que l’impact sur les habitudes de vie, notamment durant le mois de Ramadan où les journées de jeûne s’allongent artificiellement. Si le gouvernement maintient sa position en invoquant des bénéfices économiques, la population exprime un sentiment de décalage, réclamant un retour à l’heure naturelle (GMT) pour un meilleur équilibre.
Conclusion : Une Question de Temps, un Enjeu de Société
L’histoire du GMT+1 au Maroc est un miroir des évolutions socio-économiques et des influences géopolitiques du pays. D’une mesure de guerre à une politique d’optimisation économique, le changement d’heure a traversé les décennies, mais la décision de le rendre permanent en 2018 a ravivé une flamme contestataire. Le débat entre efficacité économique et bien-être citoyen reste plus que jamais d’actualité, soulignant la complexité d’une question de temps qui est, au fond, un profond enjeu de société.
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