L’ombre du Protectorat : Un siècle d’influence française
Le 30 mars 1912, dans la ville impériale de Fès, le sultan Moulay Abdelhafid, successeur de Moulay Abdelaziz, apposait sa signature sur le «Traité pour l’organisation du protectorat français dans l’empire chérifien». Cet événement, souvent évoqué lors des célébrations de l’indépendance marocaine, marque le point culminant d’une décennie de manœuvres diplomatiques et militaires orchestrées par la France pour asseoir son hégémonie sur le royaume, écartant au passage les ambitions d’autres puissances européennes.
Des prémices coloniales à la mainmise progressive
L’histoire de l’ingérence française au Maroc prend racine bien avant 1912. Déjà solidement établie en Algérie depuis 1830, la France avait mené deux interventions militaires à Oujda en 1844 (bataille d’Isly) et en 1859. Ces incursions successives furent les préludes à une immersion croissante dans les affaires intérieures du Maroc. Dès 1901, Paris obtenait un accord des autorités chérifiennes, leur permettant d’offrir une «aide» administrative dans les régions orientales du pays, encore jugées insoumises. Une assistance qui, dans les faits, masquait une avancée stratégique du colonisateur.
La diplomatie des «Ententes cordiales» : Isoler les rivaux
, carrefour stratégique et riche en ressources, attisait les convoitises de plusieurs nations européennes. Pour s’assurer le champ libre, la France, sous la présidence d’Émile Loubet, engagea une série d’accords bilatéraux. En 1902, un premier pacte fut signé avec l’Italie, délimitant leurs zones d’influence respectives au Maroc et en Libye. Deux ans plus tard, en 1904, les célèbres «Ententes cordiales» furent conclues avec le Royaume-Uni. Londres y reconnaissait les ambitions françaises sur le Maroc, en échange de l’abandon par la France de ses propres prétentions en Égypte. L’Allemagne restait alors le dernier obstacle majeur, une rivalité qui ne serait résolue qu’en 1911, après un premier incident diplomatique en 1905.
La Conférence d’Algésiras, tenue en Espagne du 16 janvier au 7 avril 1906, réunit douze pays européens, un représentant du sultan (Mohammed el Mokri) et le président américain Theodore Roosevelt. Sous l’égide des États-Unis, cette assemblée internationale entérinait les droits de l’Espagne, de l’Allemagne et de la France sur les affaires marocaines, officialisant ainsi une forme de partage d’influence.
L’abdication de Moulay Abdelaziz et la crise d’Agadir
Deux ans après Algésiras, une nouvelle intervention militaire française à Oujda, le 29 mars 1907, intensifia la présence coloniale et exacerba le mécontentement populaire. Face à la révolte grandissante, le sultan Moulay Abdelaziz fut contraint d’abdiquer en 1908 au profit de son frère, Moulay Abdelhafid. Ce dernier, dont l’allégeance était conditionnée par la promesse de repousser la menace étrangère, se retrouva rapidement pris au piège des réalités géopolitiques.
Trois ans plus tard, la crise d’Agadir, déclenchée par l’envoi d’une canonnière allemande le 1er juillet 1911, força la France et l’Allemagne à un compromis. Berlin accepta de renoncer à ses intérêts au Maroc en échange de territoires au Congo et au Cameroun. Le chemin était désormais libre pour la France.
Le Traité de Fès : Un accord aux conséquences sismiques
Quatre ans après son intronisation, Moulay Abdelhafid, dont l’arrivée à Casablanca en novembre 1911 avait été perçue comme un espoir, fut contraint de signer le funeste Traité de Fès le 30 mars 1912. Cet accord, articulé autour de neuf dispositions, prétendait vouloir établir un régime stable, garantissant l’ordre et la sécurité, pour permettre l’introduction de réformes administratives, judiciaires, scolaires, économiques, financières et militaires. L’article 2 du traité était sans équivoque : «SM le sultan admet dès maintenant que le Gouvernement français procède, après avoir prévenu le Maghzen, aux occupations militaires du territoire marocain qu’il jugerait nécessaires au maintien de l’ordre et de la sécurité des transactions commerciales et à ce qu’il exerce toute action de police sur terre et dans les eaux marocaines.»
La révolte populaire et l’avènement de Lyautey
Malgré le désir du sultan de maintenir la discrétion autour de ce traité, l’information se propagea comme une traînée de poudre. La colère gronda d’abord parmi les soldats marocains à Fès, puis embrasa la capitale spirituelle. Dès le 17 avril, la population descendit dans les rues, dénonçant la «cession de Dar El Islam aux chrétiens». Ces «journées sanglantes de Fès» furent brutalement réprimées par le colonisateur, qui déplora la mort de 63 Français, mais parvint à rétablir l’ordre grâce à des renforts massifs.
Dès août 1912, les forces du protectorat s’attelèrent à la «pacification» des tribus rebelles, tandis que le rôle du sultan était réduit à celui de simple figure symbolique. Le général Hubert Lyautey, nommé résident général en avril 1912, devint le véritable maître du Maroc, inaugurant une ère de contrôle absolu.
Le partage du Maroc : Une nouvelle carte coloniale
En novembre 1912, la France et l’Espagne officialisèrent le partage du territoire marocain. Le royaume fut divisé en trois zones distinctes : une zone centrale sous administration française, une zone nord incluant le Rif et une zone extrême sud (Sidi Ifni, Tarfaya et le Sahara) sous contrôle espagnol. Tanger, quant à elle, se vit accorder un statut international. Les opérations de pacification et d’occupation se poursuivirent, marquant le début d’une longue période coloniale pour le Maroc.
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