Asie : retour au charbon
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Asie : retour au charbon face au choc pétrolier

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L’Asie, entre urgence énergétique et virage climatique

Alors que la guerre au Moyen-Orient propulse les prix du pétrole et du gaz vers des sommets inédits, l’Asie, locomotive mondiale de la consommation d’hydrocarbures, se voit contrainte de réactiver massivement ses centrales à charbon. Un réflexe de survie énergétique qui, à première vue, semble sonner le glas des ambitions climatiques. Pourtant, au-delà de cette régression apparente, plusieurs analystes suggèrent un paradoxe captivant : cette crise pourrait, contre toute attente, accélérer la transition verte du continent. En effet, elle met en lumière la vulnérabilité intrinsèque des combustibles dits « de transition » et pousse les décideurs à miser résolument sur la stabilité et l’autonomie offertes par les énergies renouvelables.

La fragilité asiatique face aux turbulences géopolitiques

Le continent asiatique se trouve en première ligne face aux secousses géopolitiques. Plus de 80% du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié (GNL) qui transitent par le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce mondial, sont acheminés vers cette région. L’escalade du conflit au Moyen-Orient a malheureusement entraîné un blocage partiel de cette voie maritime stratégique, exposant brutalement une zone déjà fortement dépendante des importations d’hydrocarbures.

Cette précarité a été exacerbée par une annonce choc du Qatar, acteur majeur sur la scène mondiale du GNL. L’émirat a déclaré une réduction de 17% de sa capacité d’exportation, conséquence directe des attaques iraniennes. Il a également prévenu qu’il pourrait être dans l’incapacité d’honorer certains contrats à long terme, évoquant même la possibilité d’invoquer une clause de force majeure pour une durée pouvant atteindre cinq ans. Pour les nations asiatiques, souvent dépourvues d’infrastructures de stockage souterrain de gaz, le coup est d’autant plus rude.

Le charbon : une réponse immédiate aux impératifs de survie

Face à ce constat alarmant, les gouvernements asiatiques n’ont d’autre choix immédiat que de se tourner vers la ressource la plus accessible et la plus fiable à court terme : le charbon. Ce combustible, dont les prix connaissent également une hausse mais dont l’approvisionnement est sécurisé par des filières régionales ou locales, devient la solution ultime pour prévenir les coupures d’électricité généralisées et freiner l’augmentation des coûts énergétiques.

Un retour en force généralisé du charbon

Ce regain d’intérêt pour le charbon ne signifie pas un remplacement direct du gaz dans les centrales existantes. Il se traduit plutôt par une intensification de la production des centrales à charbon déjà en activité et par la remise en service d’installations qui avaient été précédemment désactivées. Le mouvement est généralisé, touchant aussi bien les économies développées que les pays émergents du continent.

  • La Corée du Sud a ainsi abrogé le plafonnement de la production électrique issue du charbon.
  • La Thaïlande s’apprête à relancer deux centrales à charbon mises à l’arrêt l’an dernier.
  • Aux Philippines, la ministre de l’Énergie, Sharon Garin, a annoncé une réorientation du mix énergétique, privilégiant « une part accrue de charbon, moins cher, du gaz naturel produit localement et des énergies renouvelables ».

  • En Inde, déjà un géant de la consommation de charbon pour son électricité, ce combustible est désormais utilisé pour suppléer le gaz dans les cuisines.
  • Le Pakistan, le Bangladesh et le Vietnam, tous fortement tributaires des importations de GNL, suivent cette même tendance de recours accru au charbon.

Le revers de la médaille : coûts environnementaux et sanitaires

Ce retour en grâce du charbon n’est pas sans conséquences. « Il va entraîner des coûts considérables pour l’environnement et la santé publique », avertit Dinita Setyawati, analyste énergie pour l’Asie au sein du groupe de réflexion Ember. Le charbon reste, en effet, l’une des principales sources d’émissions de gaz à effet de serre et l’un des combustibles les plus nocifs pour la qualité de l’air.

Le mythe du gaz de transition mis à mal

Paradoxalement, c’est précisément cette crise qui pourrait, à long terme, servir de catalyseur à la transition énergétique du continent. La vulnérabilité soudaine des pays asiatiques est largement imputable à leur forte dépendance au GNL, longtemps présenté comme un « combustible de transition » vertueux. Moins polluant que le charbon, il était censé préparer le terrain pour l’intégration des énergies renouvelables.

Le choc actuel ébranle profondément ce récit. « Le discours présentant le gaz comme combustible de transition stable est fortement remis en question », affirme Putra Adhiguna, directeur du groupe de réflexion Energy Shift Institute. Car si les coûts d’investissement initiaux des centrales au GNL peuvent sembler inférieurs à ceux des énergies renouvelables – qui exigent une modernisation significative des réseaux –, ces dernières se révèlent bien moins onéreuses sur le long terme et, surtout, offrent un avantage décisif : une stabilité d’approvisionnement inébranlable.

Les renouvelables : un bouclier face à la volatilité des prix

Amy Kong, analyste chez Zero Carbon Analytics, illustre parfaitement ce point en prenant l’exemple du Vietnam. « Des pays comme le Vietnam, qui ont rapidement augmenté leur part de production solaire, disposent d’un bouclier plus solide contre la hausse des prix des importations d’énergie », souligne-t-elle. Cette crise met en lumière une vérité simple et cruciale : les énergies renouvelables, puisant dans des ressources locales et s’affranchissant des chaînes d’approvisionnement mondiales soumises aux caprices géopolitiques, garantissent une sécurité énergétique que les hydrocarbures importés ne peuvent offrir.

Vers une accélération inévitable de la transition énergétique ?

Plusieurs facteurs pourraient converger pour faire de cette crise un véritable tournant stratégique. Premièrement, le secteur bancaire se montre de plus en plus frileux à financer de nouveaux projets liés au charbon, sous l’effet conjugué des engagements climatiques et des risques de réputation. Deuxièmement, la volatilité extrême des marchés des hydrocarbures rend les investissements dans le GNL plus risqués et moins attractifs qu’auparavant.

La souveraineté énergétique : le nouvel impératif

« On le voit déjà un peu dans les pays d’Asie du Sud-Est », observe Putra Adhiguna. « On a eu plein de débats sur le fait que nous n’avons pas les moyens de financer (les énergies renouvelables), mais je pense que la question de la sécurité d’approvisionnement va balayer tout ça. » Autrement dit, l’argument économique, souvent mis en avant pour justifier la prudence face au coût des renouvelables, est en passe d’être supplanté par un argument stratégique fondamental : la sécurité énergétique. Pour des nations asiatiques qui viennent de prendre conscience de leur dépendance critique vis-à-vis de détroits lointains et de contrats précaires, investir massivement dans le solaire, l’éolien ou l’hydroélectricité devient une question de souveraineté nationale.

Ce recours temporaire au charbon, aussi préoccupant soit-il à court terme pour l’environnement, pourrait donc n’être qu’une phase douloureuse mais transitoire. En exposant brutalement les failles d’un modèle énergétique fondé sur des importations massives d’hydrocarbures, la crise actuelle pousse les décideurs asiatiques à reconsidérer en profondeur leurs priorités, ouvrant la voie à une accélération sans précédent de leur transition vers un avenir énergétique plus autonome, résilient et durable.


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