Pharmacies au Maroc : Un Décret Explosif au Cœur de la Tempête
Le secteur pharmaceutique marocain est en ébullition. Alors qu’un bras de fer tendu oppose déjà les professionnels de la santé et les autorités, un nouveau projet de décret, le 2.26.266, vient d’être dévoilé par le Ministère de la Santé et de la Protection sociale. Ce texte, qui se veut une adaptation du cadre réglementaire des officines aux mutations institutionnelles récentes, notamment la création de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS), est perçu par beaucoup comme une étincelle dans une poudrière. Une réforme d’envergure qui intervient à un moment hautement sensible, promettant de redéfinir les contours d’une profession essentielle. Par Amine Belghazi.
La Genèse d’une Réforme : Adapter le Cadre aux Nouvelles Réalités
Le projet de décret 2.26.266 n’est pas une initiative isolée. Il s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation et de rationalisation du système de santé marocain. Au cœur de cette démarche, la mise en place de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS) représente un changement institutionnel majeur. Cette agence est appelée à jouer un rôle pivot dans la régulation, le contrôle et la promotion de la qualité des médicaments et des produits de santé dans le Royaume. Il est donc logique que le cadre législatif et réglementaire des officines, maillon essentiel de la chaîne de distribution et de dispensation, soit revu pour s’aligner sur les nouvelles prérogatives et le fonctionnement de l’AMMPS.
Les Objectifs Affichés : Modernisation et Cohérence
Selon le ministère, ce projet de décret vise à :
- Clarifier les rôles et responsabilités des différentes parties prenantes dans le circuit du médicament.
- Renforcer la sécurité et la traçabilité des produits pharmaceutiques.
- Améliorer l’accès des citoyens à des médicaments de qualité et à des services pharmaceutiques adaptés.
- Harmoniser la réglementation nationale avec les standards internationaux en matière de pharmacie d’officine.
Ces objectifs, louables en apparence, cachent cependant des implications profondes pour les pharmaciens, qui craignent que cette « adaptation » ne se traduise par une remise en question de leur modèle économique et de leur autonomie professionnelle.
Le Bras de Fer : Une Profession sur la Brèche
Des Tensions Préexistantes
Le secteur des pharmacies au Maroc n’est pas étranger aux périodes de turbulences. Depuis plusieurs mois, voire années, les pharmaciens expriment leur mécontentement face à plusieurs problématiques :
- Les marges bénéficiaires : Jugées insuffisantes, elles sont au cœur des revendications, impactant la viabilité économique de nombreuses officines, en particulier les plus petites.
- La distribution des médicaments :
Des questions persistent concernant les circuits de distribution, la concurrence déloyale et la vente illégale de médicaments.
- Le rôle du pharmacien :
La profession aspire à une reconnaissance accrue de son rôle de professionnel de santé de première ligne, au-delà de la simple dispensation.
Ce contexte de fragilité et d’incertitude rend l’introduction d’un nouveau décret particulièrement délicate, car il est susceptible d’exacerber les frustrations existantes si les préoccupations des pharmaciens ne sont pas pleinement prises en compte.
Les Craintes des Professionnels
Bien que le contenu exact du décret ne soit pas encore entièrement public et soumis à consultation, des fuites et des discussions préliminaires ont déjà suscité l’inquiétude. Les pharmaciens craignent notamment :
- Une possible libéralisation accrue du secteur, menaçant les officines indépendantes.
- Des contraintes réglementaires supplémentaires sans contreparties économiques adéquates.
- Une dilution de leur rôle au profit d’autres acteurs du système de santé.
Le timing de cette réforme, alors que la profession se bat pour sa survie et sa reconnaissance, est jugé particulièrement malheureux par les syndicats de pharmaciens, qui appellent à un dialogue franc et constructif.
Perspectives et Enjeux : Naviguer en Eaux Troubles
La Nécessité d’un Dialogue Inclusif
Pour éviter une crise majeure, il est impératif que le ministère de la Santé et de la Protection sociale engage un véritable dialogue avec l’ensemble des représentants de la profession pharmaceutique. L’objectif ne doit pas être d’imposer une réforme, mais de la co-construire pour qu’elle réponde aux besoins du système de santé tout en garantissant la pérennité et la valorisation du métier de pharmacien. Les enjeux sont de taille : il s’agit de la santé publique, de l’accès aux soins et de la stabilité d’un secteur économique vital.
Un Équilibre Fragile à Préserver
Le défi pour les autorités est de trouver un équilibre entre la nécessité d’adapter la réglementation à l’ère de l’AMMPS et la préservation de la spécificité et de la valeur ajoutée des officines. Une réforme réussie serait celle qui, au lieu de diviser, fédérerait les acteurs autour d’une vision commune pour un système de santé marocain plus robuste et plus équitable. Le bras de fer actuel pourrait ainsi se transformer en une opportunité de renouveau, à condition que toutes les parties soient prêtes à écouter et à négocier de bonne foi.
Pour plus de détails, visitez notre site.
Source: Lien externe









Laisser un commentaire