Le Maroc face au fléau du gaspillage alimentaire : 113 kg jetés par habitant, le CESE tire la sonnette d’alarme
Le Royaume est confronté à une problématique alarmante : le gaspillage alimentaire atteint des sommets préoccupants. Dans un avis percutant publié ce mercredi, intitulé « Perte et gaspillage des denrées alimentaires au Maroc : ampleur du phénomène et leviers d’une intervention efficace », le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) a levé le voile sur des chiffres qui interpellent. En 2022, les ménages marocains ont ainsi jeté près de 4,2 millions de tonnes de nourriture, ce qui représente une moyenne sidérante de 113 kg par personne et par an. Face à cette dérive aux multiples répercussions – économiques, sociales et environnementales – l’institution présidée par Abdelkader Aamara exhorte à l’élaboration d’une stratégie nationale robuste et de mesures structurées afin d’endiguer ces pertes colossales tout au long de la chaîne alimentaire.
Yousra Amrani | 11 Mars 2026 À 20:25
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Un festin de gâchis : l’ampleur alarmante du gaspillage alimentaire au Maroc
Le gaspillage alimentaire s’impose aujourd’hui comme un défi sociétal et environnemental majeur pour le Maroc. Les statistiques du Programme des Nations unies pour l’environnement sont sans appel : en 2022, chaque Marocain a contribué à l’élimination de 113 kilogrammes de denrées, marquant une nette augmentation par rapport aux 91 kilogrammes enregistrés en 2021. Ces données, et bien d’autres, ont été mises en lumière lors de la présentation de l’avis du CESE, soulignant l’urgence d’une prise de conscience collective et d’actions concrètes.
Des pertes qui dépassent les foyers
Loin de se cantonner aux poubelles des ménages, le phénomène de la perte alimentaire s’étend insidieusement sur l’intégralité de la chaîne de valeur. Dès les premières étapes – production, récolte, stockage et transport – certaines filières, notamment celles des fruits, des légumes et des céréales, affichent des taux de perte stupéfiants, oscillant entre 20 et 40%. Ce gâchis précoce prive non seulement les populations d’aliments essentiels, mais représente également un manque à gagner considérable pour les acteurs du secteur agricole.
Le lourd tribut environnemental
Au-delà de son coût économique direct pour les producteurs et les distributeurs, ce gaspillage exerce une pression insoutenable sur nos ressources naturelles. Les estimations révèlent qu’environ 1,6 milliard de mètres cubes d’eau sont gaspillés chaque année, mobilisés pour la production d’aliments qui ne parviendront jamais à nos assiettes. À cela s’ajoute l’impact environnemental de la décomposition des déchets alimentaires, qui contribue significativement à la pollution et à l’accroissement des émissions de gaz à effet de serre, aggravant ainsi la crise climatique.
Le paradoxe du Ramadan : entre spiritualité et surconsommation
Mois de spiritualité et de recueillement par excellence, le Ramadan révèle également un paradoxe social saisissant : celui de la surconsommation. Alors que le jeûne est une invitation à la sobriété, à la maîtrise de soi et à l’introspection, il se transforme pour de nombreux Marocains en une période d’abondance culinaire, souvent marquée par des excès. Les courses se multiplient, les plats se diversifient, et les tables, dressées avec soin, sont parfois exhibées sur les réseaux sociaux, témoignant d’une forme de mise en scène sociale.
Une tension entre foi et pratiques
Ce contraste, bien que non exclusif au Maroc, y prend une résonance particulière, ancré dans une culture de l’hospitalité et du partage profondément enracinée. Il illustre la tension constante entre la finalité spirituelle du jeûne et les pratiques collectives qui l’entourent. Le Ramadan, moment de foi intense, est aussi un temps privilégié de sociabilité, de retrouvailles familiales et de convivialité. C’est à cette croisée des chemins – religieuse, culturelle, psychologique et sociale – que se dessine ce paradoxe qui nous pousse à interroger nos comportements et notre rapport à la foi.
L’éclairage du psychosociologue
Comment expliquer ce décalage apparent entre l’esprit du jeûne et les pratiques excessives observées après la rupture ? La privation quotidienne modifie-t-elle notre rapport à la nourriture ? Les tables abondantes sont-elles le seul reflet de la générosité ou participent-elles d’une mise en scène sociale ? Pour décrypter ces interrogations, nous avons sollicité Mohammed Houbib, psychosociologue, qui offre une analyse nuancée de ce phénomène complexe, où s’entremêlent mécanismes psychologiques profonds, normes sociales établies et les mutations de nos pratiques culturelles.
Décryptage des causes : la voix des citoyens
Afin de saisir pleinement l’étendue du gaspillage alimentaire, le CESE s’est appuyé sur une consultation citoyenne d’envergure, menée via sa plateforme participative, recueillant 1 591 réponses. Les conclusions de cette enquête révèlent une série de facteurs déterminants dans l’élimination des produits comestibles.
Les raisons principales du gâchis
- Changement d’aspect ou d’odeur (25%) : La principale raison invoquée, poussant souvent les consommateurs à jeter des aliments encore parfaitement consommables.
- Date de péremption dépassée (21%) : Deuxième cause majeure, elle met en lumière une confusion persistante entre les dates de sécurité sanitaire (DLC) et celles relatives à la qualité optimale (DDM).
- Manque de planification des repas (16%) : Une organisation défaillante des achats et des menus conduit à des excédents.
- Achat de quantités excessives (12%) : L’impulsion d’acheter plus que nécessaire, souvent lors de promotions, contribue au surplus.
- Manque de connaissances en conservation (12%) : Une méconnaissance des bonnes pratiques de stockage accélère la détérioration des produits.
- Préférence pour les produits frais (8%) : Le désir de consommer des produits à l’apparence impeccable mène à l’abandon de ceux qui le sont moins.
- Faible coût des produits (4%) : Paradoxalement, le prix bas de certains articles peut encourager une attitude moins regardante envers leur consommation intégrale.
Les produits les plus touchés
L’enquête du CESE révèle également les catégories de produits les plus fréquemment jetées : les aliments en conserve (36%), suivis de près par les plats prêts à consommer ou à préparation rapide (35%). Les produits frais, malgré leur valeur nutritive, représentent également une part significative des denrées gaspillées, atteignant 23%. Ces résultats confirment que le gaspillage alimentaire est un phénomène complexe, ancré à la fois dans des comportements de consommation à revoir et dans des lacunes structurelles au sein des circuits de production, de stockage et de distribution.
Vers une action concertée : les impératifs du CESE
Le CESE souligne avec gravité que, malgré une multiplication d’initiatives louables visant à réduire les pertes alimentaires, l’efficacité globale reste entravée par une gouvernance fragmentée. Les efforts, bien que réels, sont dispersés et manquent cruellement de coordination. L’absence d’un cadre juridique spécifique et d’une vision nationale intégrée constitue un frein majeur à l’optimisation des dispositifs existants.
L’appel à une stratégie nationale durable
Dans ce contexte, le Conseil économique, social et environnemental insiste sur la nécessité impérieuse d’ériger la réduction du gaspillage alimentaire en axe central d’une future stratégie nationale de l’alimentation durable. Une telle démarche viserait non seulement à renforcer la souveraineté et la sécurité alimentaires du Royaume, mais aussi à préserver ses précieuses ressources naturelles pour les générations futures.
Recommandations clés pour un plan d’action efficace
Le CESE formule des recommandations concrètes, dont l’élaboration d’un plan d’action national spécifiquement dédié à la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires. Ce plan devrait s’inscrire harmonieusement dans une stratégie globale de l’alimentation durable. Parmi les mesures prioritaires préconisées, l’adoption d’une loi spécifique contre le gaspillage alimentaire est jugée essentielle, afin de fournir un cadre légal contraignant et incitatif pour tous les acteurs de la chaîne.
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