Loi sur les avocats :
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Loi sur les avocats : Le ministre Ouahbi riposte aux critiques de l’OMDH

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Loi sur les avocats : Le ministre Ouahbi riposte aux critiques de l’OMDH

Le projet de loi n°66.23, visant à réorganiser la profession d’avocat au Maroc, continue de défrayer la chronique et d’alimenter un débat passionné entre le gouvernement et les représentants du barreau. Au cœur de cette controverse, le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a choisi de prendre la plume pour défendre les dispositions de son texte, répondant point par point aux inquiétudes soulevées par l’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH).

Dans une riposte détaillée à un mémorandum de plaidoyer de l’OMDH, M. Ouahbi s’attache à éclaircir la philosophie du projet de loi, le présentant non pas comme une entrave à l’indépendance des avocats, mais comme un rempart essentiel pour la protection des citoyens, la promotion de la transparence financière et l’optimisation du fonctionnement de l’appareil judiciaire. Une joute verbale et juridique qui promet de redessiner les contours d’une profession clé.

Un Bras de Fer Législatif : Entre Indépendance du Barreau et Sécurité Juridique

La Déclaration de Cabinet : Un Enjeu de Transparence ou d’Ingérence ?

L’une des pierres d’achoppement majeures réside dans l’obligation pour les avocats d’informer l’administration lors de l’ouverture ou du changement de siège de leur cabinet. L’OMDH y voit une atteinte directe à l’indépendance fonctionnelle du barreau, s’appuyant sur les Principes de La Havane de 1990, qui garantissent le droit des avocats à s’organiser sans ingérence extérieure.

Le ministre Ouahbi, pour sa part, adopte une lecture plus nuancée. Il soutient que cette mesure est un mécanisme de protection citoyenne, visant à prévenir l’usurpation de qualité et à garantir que seuls des professionnels habilités exercent la défense. Selon lui, les Principes de La Havane doivent être interprétés dans leur globalité, et non de manière fragmentée, rappelant que la coopération entre les associations d’avocats et les gouvernements est explicitement mentionnée pour assurer un accès équitable aux services juridiques.

Le Retour aux Tribunaux : Une Trêve sous l’Égide d’Akhannouch

Il est à noter que ce débat s’inscrit dans un contexte de tensions récentes, ayant mené à une mobilisation des barreaux. Le retour au travail des avocats, effectif depuis le 16 février, fait suite à l’intervention du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, qui a promis l’ouverture d’un dialogue constructif. Un signe que le dossier est désormais traité au plus haut niveau de l’exécutif, cherchant un consensus pour apaiser les esprits.

L’État, Garant de la Profession : Une Vision Ministérielle

Tableau Électronique et Notification : Des Mesures Organisationnelles

Dans son argumentaire, Abdellatif Ouahbi insiste sur le fait que des dispositions telles que la gestion du tableau électronique des avocats par le ministère de la Justice, ou la notification des changements de siège, ne constituent ni une tutelle, ni une ingérence. Elles sont, à ses yeux, des mesures organisationnelles indispensables pour la sécurité juridique des citoyens. L’État a la responsabilité de s’assurer que la défense est assurée par des professionnels qualifiés, écartant ainsi les risques d’usurpation et garantissant l’intégrité de la profession.

Distinction Cruciale : Ingérence Injustifiée vs. Encadrement Législatif

Le ministre établit une distinction claire entre ce qu’il considère comme une ingérence injustifiée – influencer la stratégie de défense, sanctionner pour des opinions – et un encadrement législatif légitime. Ce dernier, selon lui, est nécessaire pour réguler l’accès à la profession, harmoniser les standards de formation et assurer la transparence financière et administrative. Une responsabilité étatique visant à garantir un exercice professionnel conforme aux normes reconnues.

Transparence Financière et Lutte Contre la Corruption

Honoraires : La Traçabilité Bancaire comme Bouclier

L’article 72 du projet de loi, qui prévoit le paiement des honoraires supérieurs à 10.000 dirhams par chèque ou voie électronique, a également été une source de friction. L’OMDH y voit une potentielle complication pour les citoyens et un préjudice pour les avocats.

Abdellatif Ouahbi défend cette mesure avec fermeté, l’inscrivant dans la politique nationale de lutte contre la corruption, la promotion de la transparence financière et la réduction de l’économie informelle. La traçabilité bancaire, argumente-t-il, offre une double protection : elle sécurise l’avocat sur le plan financier et prémunit le client contre d’éventuels abus. Cette disposition s’aligne également sur les engagements internationaux du Royaume en matière de lutte contre le blanchiment d’argent.

La Discipline Professionnelle : Un Intérêt Général

Le Rôle du Parquet : Gardien de l’État de Droit

La possibilité accordée au procureur général du Roi de transmettre les plaintes et de saisir la chambre du conseil en matière disciplinaire (article 98) a été perçue par l’OMDH comme une domination du Ministère public et une atteinte à l’indépendance disciplinaire.

Le ministre Ouahbi rejette cette interprétation, affirmant que la discipline professionnelle relève de l’intérêt général et de la protection du public, et non d’une affaire strictement interne à la profession. Il souligne que le rôle du parquet se limite à «mettre en mouvement l’action disciplinaire», la décision finale revenant toujours à la chambre du conseil. Ce mécanisme, insiste-t-il, est une concrétisation de l’État de droit et vise à accélérer des procédures disciplinaires souvent caractérisées par une lenteur préjudiciable.

Les Tribunaux : Sanctuaires de la Justice, Pas de la Protestation

L’Interdiction des Manifestations : Préserver la Sérénité Judiciaire

Enfin, l’interdiction des sit-in et des slogans à l’intérieur des tribunaux est justifiée par le ministère de la Justice par la nature sacrée de l’institution judiciaire. Les tribunaux, lieux de droit et de sérénité, ne sauraient être transformés en espaces de protestation, garantissant ainsi le respect dû à la justice et à ses acteurs.

Le débat autour de la loi sur les avocats est loin d’être clos. Il illustre la complexité de moderniser un cadre légal tout en préservant les équilibres délicats entre indépendance professionnelle, protection des citoyens et efficacité de la justice. Les prochains dialogues s’annoncent cruciaux pour l’avenir de la profession au Maroc.


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