Guinée : Le Régime Doumbouya
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Guinée : Le Régime Doumbouya Dissout 40 Partis, Muselant l’Opposition

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Guinée : Le Régime Doumbouya Dissout 40 Partis, Muselant l’Opposition

Conakry, le 7 mars 2026 – Moins de deux mois après son investiture controversée et au lendemain du retour du président Mamadi Doumbouya d’une absence prolongée, la Guinée est le théâtre d’une décision politique d’une portée considérable. Dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 mars, le gouvernement guinéen a prononcé la dissolution de pas moins de quarante partis politiques, ciblant notamment les trois formations d’opposition les plus influentes du pays.

Une purge politique aux motifs flous

L’arrêté émanant du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation justifie cette mesure radicale par un « manquement à leurs obligations » de la part des partis concernés. Une formulation vague qui laisse peu de place au débat et qui s’accompagne de conséquences immédiates et drastiques : la perte de la personnalité morale et du statut juridique, l’interdiction formelle de toute activité politique, et la proscription de l’usage de leurs sigles, logos et emblèmes. Plus encore, les locaux de ces formations ont été placés sous scellés et leurs biens mis sous « séquestre », un curateur étant désigné pour orchestrer leur transfert, sans que la destination finale de ces ressources ne soit précisée.

L’opposition historique dans le viseur

Parmi les victimes de cette vague de dissolutions figurent des acteurs majeurs de la scène politique guinéenne. L’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), menée par Cellou Dalein Diallo, déjà suspendue en août 2025, est désormais rayée de la carte. Le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), parti de l’ancien président Alpha Condé, dont la suspension remontait à mars 2025, subit le même sort. Enfin, l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré, autre figure de l’opposition, est également dissoute. Il est à noter que ces trois leaders emblématiques vivent actuellement en exil, loin des arènes politiques de leur pays.

Un pays « s’enfonçant dans une incertitude profonde »

La réaction de la société civile ne s’est pas fait attendre. Ibrahima Diallo, dirigeant du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), un mouvement pro-démocratie, a vivement condamné cette décision, la qualifiant d’étape supplémentaire dans une « longue série de répressions » et d’officialisation d’une « dictature désormais érigée en mode de gouvernance ». Pour lui, « le pays s’enfonce dans une incertitude profonde ». Cette inquiétude est d’autant plus palpable que le FNDC lui-même a été la cible d’enlèvements et de disparitions de ses figures, comme Oumar Sylla (Fonike Mengue) et Mamadou Billo Bah, depuis juillet 2024.

Climat de terreur et répression des voix dissidentes

Au-delà des dissolutions, le régime guinéen est accusé d’instaurer un climat de terreur. Des opposants politiques sont arrêtés, emprisonnés ou contraints à l’exil, et leurs familles ne sont pas épargnées. Récemment, trois membres de la famille de Tibou Kamara, ancien ministre sous Alpha Condé, ont été enlevés. En novembre dernier, ce sont quatre proches du musicien et opposant exilé Elie Kamano qui ont subi le même sort, tandis que le père du journaliste Mamoudou Babila Keita avait été kidnappé en septembre. Ces événements dessinent un tableau sombre de la liberté d’expression et des droits humains en Guinée.

Le retour de Doumbouya et les promesses non tenues

Cette annonce survient au moment du retour du président Mamadi Doumbouya, accueilli en grande pompe à Conakry après une absence de trois semaines qui avait alimenté les rumeurs sur son état de santé. Arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2021, renversant Alpha Condé, le Colonel Doumbouya avait initialement promis, sous pression internationale, de rendre le pouvoir à des civils élus avant fin 2024. Une promesse restée lettre morte, la junte ayant prolongé sa transition et organisé un scrutin fin décembre 2025 dont les principaux leaders de l’opposition étaient exclus, menant à l’élection de Doumbouya pour un mandat de sept ans.

Une démocratie toujours en quête d’équilibre

Depuis son indépendance de la France en 1958, la Guinée a majoritairement connu des régimes autoritaires. Malgré ses richesses minières considérables, plus de la moitié de sa population (52%) vivait sous le seuil de pauvreté en 2024, selon la Banque mondiale. La dissolution de ces partis marque un nouveau chapitre dans cette histoire tourmentée, soulevant de sérieuses questions sur l’avenir démocratique et la stabilité du pays.


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