Portrait de Simon Lévy, figure emblématique du judaïsme marocain, dont l'engagement a préservé un héritage culturel millénaire.
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Simon Lévy : Le Gardien Inoubliable de l’Âme Juive Marocaine

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Mohamed Dho Assiraj : Chroniqueur des Géants Marocains

Mohamed Dho Assiraj, journaliste émérite au parcours audiovisuel public national de près de quatre décennies, s’est imposé comme le mémorialiste des figures marquantes du Maroc contemporain. Retraité depuis 2012, il consacre désormais son temps à des entretiens-fleuves, transformés en ouvrages précieux. Après avoir immortalisé la pensée de feu Mhamed Boucetta, l’ancien secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, dans « Mhamed Boucetta, la patrie d’abord » (2021), et les mémoires de Moulay Ismail Alaoui, ex-leader du PPS, dans « Ismail Alaoui, la noblesse de la politique » (2025), Dho Assiraj nous livre aujourd’hui un portrait saisissant : celui de Simon Lévy.

Simon Lévy, ou l’Âme Marocaine au-delà du Prénom

Le nouveau joyau littéraire de Mohamed Dho Assiraj, intitulé « Simon Lévy, les Marocains juifs et la question de l’identité », publié aux Éditions et impressions Bouregreg, met en lumière une personnalité hors du commun. D’emblée, l’auteur nous révèle un détail intime et révélateur : « Il détestait, en fait, qu’on l’appelle Simon. Il tenait à la prononciation marocaine, qui est d’ailleurs la même en hébreu, à savoir Cham’oun. » Cette anecdote n’est pas anodine ; elle incarne l’attachement viscéral de Simon Lévy à sa marocanité, un fil conducteur tout au long de ses 77 ans d’existence.

Un Choix Radical Face à l’Exode

Né en 1934, Simon Lévy a grandi dans un Maroc en pleine mutation. Alors que l’indépendance du pays en 1956 marquait le début d’un exode massif pour des dizaines de milliers de ses coreligionnaires, lui fit le choix audacieux de rester. Après un baccalauréat obtenu en 1953, ses études de lettres espagnoles en France le plongent dans l’arène politique, où il rallie le Parti communiste marocain (PCM), ancêtre du Parti du progrès et du socialisme (PPS). Mais, diplôme en poche, le rappel de la terre natale est plus fort : il rentre au bercail, à contre-courant de l’histoire.

Le Dilemme de l’Émigration : Maroc ou Israël ?

Au tournant des années 1960, le Maroc voit partir une part significative de sa communauté juive. Les plus privilégiés s’envolent vers la France, le Canada ou les États-Unis. Les « prolétaires », eux, majoritaires et souvent démunis, sont de plus en plus attirés par l’État d’Israël, fraîchement créé et se proclamant « foyer national juif ». Entre 1961 et 1964, l’opération Yakhin orchestrera le déplacement de près de 250 000 Marocains vers le Proche-Orient. Cependant, l’intégration y est souvent difficile, comme en témoignent les émeutes de Wadi Salib en 1959, où la police israélienne réprime violemment des Marocains révoltés. « Simon Lévy suivait tout cela, naturellement. Et il était franchement très dubitatif par rapport au sort promis aux Marocains juifs en Israël ; par conséquent, cela le confortait dans sa conviction que la place de ces derniers était davantage chez eux, dans leur pays, le Maroc », commente Mohamed Dho Assiraj. Une conviction inébranlable qui le distingue.

Un Engagement Infaillible, Malgré les Épreuves

L’attachement de Simon Lévy au Maroc ne fut pas sans sacrifices. En 1965, lors des soulèvements de Casablanca, déclenchés par l’interdiction d’accès au second cycle des lycées pour les jeunes de plus de 17 ans, il est arrêté et subit cinq jours de torture. « Il en a gardé des séquelles, à vie. Quand je l’avais interviewé, il m’avait confié qu’il n’arrivait même plus à marcher, tellement il avait été torturé », indique Mohamed Dho Assiraj. Une épreuve terrible qui, loin de le briser, renforce son dévouement à sa patrie.

Le Gardien de la Mémoire Judéo-Marocaine

Son engagement politique se poursuit avec son élection municipale à Casablanca en 1976. Mais c’est la préservation du patrimoine qui deviendra l’œuvre de sa vie. En 1993, il est l’âme fondatrice de la Fondation du patrimoine culturel judéo-marocain, une initiative pionnière qui donnera naissance au célèbre Musée du judaïsme marocain à Casablanca. Ce musée, longtemps unique en son genre dans le monde arabe, est le fruit de sa vision et de sa collection personnelle, riche de trésors collectés aux quatre coins du pays. « Avec les départs, l’exil, Simon Lévy voyait de ses propres yeux que ce judaïsme marocain, qui a fait partie de la vie du Maroc pendant plus de deux millénaires, se perdait. Et il fallait donc le sanctuariser », expose Mohamed Dho Assiraj. Il a ainsi offert une ancre tangible à une histoire menacée d’oubli.

Une Reconnaissance Tardive, un Combat Élargi

L’année de sa disparition en 2011, Simon Lévy voit l’un de ses plus grands vœux exaucé : la reconnaissance officielle de l’affluent hébraïque dans le préambule de la nouvelle Constitution marocaine. Un moment historique pour la communauté juive du Maroc. Mais son militantisme ne s’arrêtait pas là. « Ce qu’on oublie, c’est qu’il avait aussi milité pour les autres cultures du Maroc, notamment amazighe. Au PPS, il a beaucoup fait en sorte que le parti fasse siennes les revendications du mouvement amazigh », souligne Mohamed Dho Assiraj. Un homme de dialogue et d’inclusion, dont l’héritage dépasse les frontières communautaires.

L’ouvrage de Mohamed Dho Assiraj, enrichi d’annexes éclairantes, est bien plus qu’une biographie. C’est un témoignage vibrant de la vie d’un homme qui a incarné la richesse et la complexité de l’identité marocaine, un pont entre les cultures et un gardien inlassable de la mémoire collective. Simon Lévy, ou Cham’oun, restera une figure tutélaire pour tous ceux qui croient en un Maroc pluriel et enraciné dans son histoire.


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