Portrait stylisé d'un savant musulman du 18ème siècle, avec un turban et des livres anciens, symbolisant Mohammed Al-Taflati, le mufti marocain d'Al-Qods.
Religion

Mohammed Al-Taflati : L’Érudit Marocain Qui Devenait Mufti d’Al-Qods, Un Héritage Lumineux

Partager
Partager
Pinterest Hidden

Mohammed Al-Taflati : Le Savant Marocain, Étoile Brillante d’Al-Qods au XVIIIe Siècle

Au cœur du XVIIIe siècle (douzième siècle de l’Hégire), alors que Jérusalem, Al-Qods, vibrait d’une effervescence intellectuelle sans précédent, nourrie par les confluences des pensées islamiques et occidentales, une figure éminente se détachait du lot : l’Imam Mohammed ben Mohammed al-Taflati. Originaire du Maroc, ce savant d’exception, initialement ancré dans l’école malikite avant d’embrasser la tradition hanafite, a tissé un pont lumineux entre l’authenticité maghrébine et la richesse du savoir oriental, laissant une empreinte indélébile sur le paysage spirituel et académique de la Ville Sainte.

De Tafilalt aux Horizons du Savoir : Une Quête Inlassable

L’itinéraire de Mohammed al-Taflati débute dans la terre fertile de Tafilalt, au Maroc, au sein d’une famille dont l’érudition était le souffle vital. Dès son plus jeune âge, il y mémorise le Coran et s’imprègne des textes sacrés sous la guidance éclairée de son père. Mais l’appel du savoir est une force irrésistible qui le pousse, très tôt, à entreprendre un voyage initiatique. Ses pas le mènent d’abord à Tripoli, puis au Caire, où il consacrera près de trois années précieuses à l’illustre université d’Al-Azhar. C’est là, au contact des plus grands esprits de son temps, qu’il forge les fondations inébranlables de sa vaste érudition.

Cependant, Al-Azhar n’est qu’une escale dans cette odyssée intellectuelle. La soif de connaissance d’al-Taflati est insatiable, le menant à travers le Hijaz, le Yémen, Oman, Bahreïn, Bassorah, Damas, Alep, et jusqu’en Turquie. Chaque étape enrichit son esprit, élargit sa perspective et affine sa compréhension des sciences religieuses. C’est finalement à Jérusalem qu’il choisit de poser ses valises, comme en témoigne son disciple et historien, Hassan bin Abdul Latif al-Husseini, qui rapporte son arrivée en 1758 (1172 AH). Il s’installe alors dans la demeure dédiée aux Marocains, nichée dans l’allée de la Colonne de l’Œil, un lieu empreint d’histoire et de spiritualité.

Le Mufti d’Al-Qods : Entre Piété et Indépendance

Dès son installation, Mohammed al-Taflati est accueilli avec un respect et un honneur qui témoignent de sa stature. Décrit comme «vêtu de l’habit des justes et des pieux», il se dédie corps et âme à l’enseignement du noble Hadith et du Tafsir (exégèse coranique). Son éloquence et la profondeur de son savoir attirent une foule diverse, des élites intellectuelles au grand public, tous avides de ses lumières et de ses sages conseils.

Son influence grandit rapidement. En 1760 (1174 AH), il est désigné pour donner des lectures du célèbre ouvrage «Al-Shifa sur les Droits de l’Élu, Paix et Salut sur Lui» du savant malikite Qadi Iyad, au sein même de la mosquée Al-Aqsa. Quatre ans plus tard, en 1764 (1178 AH), sa sagesse et son intégrité le portent à la supervision du Waqf d’Abu Madyan Al-Ghawl, une dotation marocaine d’une grande importance. C’est durant cette période que sa relation avec le Mufti shafiite de Jérusalem, le Cheikh Muhammad Saeed Effendi, se consolide, le guidant vers l’adoption de l’école hanafite, alors prédominante en Palestine. Cette transition marque une ouverture et une adaptabilité rares, symbolisant sa quête perpétuelle de la vérité et de la pertinence. En 1768 (1182 AH), il accède à la prestigieuse fonction de Mufti de Jérusalem, un rôle qu’il assumera avec distinction pendant près d’une décennie, jusqu’à son décès en 1777 (Dhul-Qa’dah 1191 AH).

Un Esprit Libre Face au Pouvoir

La personnalité de Mohammed al-Taflati se distingue également par une remarquable indépendance d’esprit. Al-Husseini rapporte qu’à son arrivée à Jérusalem, il s’est délibérément tenu à l’écart des autorités et des dirigeants, malgré leurs tentatives de le rencontrer. Un épisode marquant illustre cette intégrité : en 1760, le ministre Abdullah Pasha al-Jatji se déplace à Jérusalem dans l’espoir de le rencontrer. Al-Taflati refuse toute médiation des notables. Lors d’une leçon au Haram al-Sharif, le ministre, présent, dépose une luxueuse fourrure sur ses épaules et une bourse d’argent devant lui. L’Imam, imperturbable, ignore ces gestes, renforçant ainsi l’admiration et le respect du peuple à son égard. Cette posture perdura jusqu’à l’arrivée du ministre Muhammad Pasha al-Shallak, marquant la première fois qu’al-Taflati accepta de le rencontrer pour une fatwa, ouvrant ainsi la voie à des échanges avec les juges et les dirigeants.

Un Héritage Intellectuel Monumental

La stature de Mohammed al-Taflati parmi ses contemporains était incontestable. Son maître à Al-Azhar, Muhammad bin Salim al-Hafni al-Shafi’i, le qualifiait de «savant de l’époque». L’Imam Al-Muradi le louait comme supérieur à ses pairs, soulignant son excellence dans les capacités savantes et littéraires. Son étudiant et successeur, al-Husseini, le dépeignait comme «le leader courageux et magnanime».

La richesse de son œuvre est encyclopédique, avec près de quatre-vingts écrits couvrant un spectre impressionnant de disciplines : du Tafsir au Hadith, en passant par la jurisprudence, la théologie, la logique, le débat, le soufisme, l’histoire, les biographies, et culminant dans la langue, la grammaire, la littérature et la rhétorique. Mohammed al-Taflati demeure un symbole éclatant de la contribution marocaine au patrimoine intellectuel islamique, un savant dont la lumière a brillé jusqu’au cœur de Jérusalem, enrichissant son histoire et son savoir pour les générations futures.


Pour plus de détails, visitez notre site.

Source: Lien externe

Partager

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *