Jazzablanca : L’Épopée des 100 Millions de Dirhams, entre Passion et Industrie Culturelle
Derrière les lumières scintillantes d’Anfa Park et les performances électrisantes de légendes mondiales telles que Robbie Williams ou Scorpions, se cache une mécanique bien huilée, une véritable industrie culturelle. Moulay Ahmed Alami, l’homme derrière Jazzablanca et fondateur de l’agence Sevenpm, a partagé sa vision audacieuse lors de l’émission « Le 12/13 » de Médias24 : la culture n’est pas un simple divertissement éphémère, mais un moteur économique puissant, générateur de rayonnement, d’emplois et de rentabilité pour le Maroc.
De la Frustration à l’Empire Culturel : Un Pari à 100 MDH
Ancien banquier reconverti dans le journalisme, Moulay Ahmed Alami a plongé dans l’aventure de l’entrepreneuriat culturel en 2013, poussé par une « frustration » profonde face à l’offre culturelle casablancaise. « Ce que je voyais à Casablanca ne me satisfaisait pas en tant que citoyen », a-t-il confié. Son parcours, structuré en cycles de sept ans, l’a mené du Megarama à l’Hippodrome, pour finalement s’ancrer à Anfa Park, qu’il décrit comme son « lac Léman » personnel à Casablanca.
L’ascension financière du festival est spectaculaire. Partant d’un budget initial de 4 millions de dirhams (et 3 MDH de pertes la première année), Jazzablanca opère aujourd’hui avec une enveloppe colossale de 100 millions de dirhams. Malgré un budget artistique multiplié par trente en une décennie, le prix des billets n’a augmenté que de 10%. Un équilibre délicat, fruit d’une planification méticuleuse et d’une anticipation constante : « On travaille toute l’année pour un pari qui se joue en dix jours », résume l’entrepreneur, soulignant l’intensité de cette entreprise.
Attirer les Géants : Au-delà du Cachet, la Logistique Règle
Comment Jazzablanca parvient-il à attirer des icônes musicales planétaires au Maroc ? Moulay Ahmed Alami déconstruit l’idée selon laquelle seul le chèque ferait la différence. Si le cachet est bien sûr un facteur, la logistique et le « routing » (l’itinéraire de tournée) sont les véritables clés. « Si un artiste joue à Londres la veille, venir à Casablanca lui fait perdre plusieurs dates en Europe. On doit compenser ce manque à gagner », explique-t-il. Il révèle également que le coût de la production technique (écrans géants, sonorisation de pointe, pyrotechnie) peut égaler, voire dépasser, celui du cachet des artistes. Pour séduire les agents les plus exigeants, Jazzablanca mise sur son « capital marque » et un niveau de production irréprochable, conforme aux standards internationaux.
Le Statut de l’Entrepreneur Culturel : Une Urgence Nationale
Un constat alarmant émerge de son témoignage : l’absence criante d’un statut officiel pour l’entrepreneur culturel au Maroc. Avec une pointe d’ironie, Moulay Ahmed Alami raconte comment, à ses débuts, ses statuts d’entreprise le désignaient par défaut comme « topographe », « traiteur » ou « organisateur de séminaires ». Cette lacune juridique a des conséquences concrètes : « Sans statut fléché, on ne peut pas organiser d’aides ciblées, ni proposer une fiscalité adaptée ou des incitations claires pour les sponsors », déplore-t-il. Il lance un appel pressant aux autorités pour la mise en place d’un cadre légal spécifique, indispensable à l’émergence d’une véritable économie de la création, au-delà du simple événementiel.
« Exigence » plutôt qu’ »Élitisme » : La Culture pour Tous
Face aux critiques qualifiant Jazzablanca de festival « bobo », Moulay Ahmed Alami rétorque avec le mot « exigence ». Il insiste sur l’engagement social du festival, entièrement financé par des partenaires privés (comme BMCI et Saham) et non par la municipalité. La scène gratuite du Parc de la Ligue arabe, véritable tremplin pour le jazz et la fusion marocaine (à l’image de Soukaina Fahsi), en est la preuve. L’entrepreneur regrette amèrement le soutien public « dérisoire » : « Dans les budgets communaux, la ligne « Culture » est systématiquement dévorée par le sport et le milieu associatif ». Il évoque également l’attente persistante autour du fonds de soutien aux festivals, annoncé il y a plusieurs années par le Souverain.
L’Horizon des Stades : ElGrandeToto en Icône Nationale ?
Avec l’essor des infrastructures sportives de classe mondiale au Maroc, Moulay Ahmed Alami voit grand. Après des projets ambitieux comme la venue de Bad Bunny, freinés par des contraintes logistiques, son rêve ultime est de voir un artiste marocain remplir un stade. « Le jour où ElGrandeToto ouvrira un stade pour un concert produit aux standards internationaux, on pourra enfin dire que l’industrie culturelle marocaine est née », affirme-t-il avec conviction. Pour préparer ce futur, il plaide pour la création de salles de spectacles de capacité intermédiaire (2.000 à 10.000 places), essentielles pour habituer le public à une consommation culturelle plus régulière et diversifiée.
La Culture, Moteur Stratégique du PIB Marocain
En guise de conclusion, l’invité de Médias24 martèle l’impact transversal de la culture sur l’économie nationale. Hôtellerie, restauration, transports (taxis, TGV) : tous les secteurs bénéficient du dynamisme des événements culturels. « Nous participons directement à l’augmentation du PIB et au rayonnement de la marque Maroc moderne », souligne-t-il. Son message est clair pour le futur chef de gouvernement : la culture doit être érigée en pôle stratégique interministériel, impliquant les ministères du Tourisme, de l’Intérieur et de l’Économie, afin de transformer le potentiel artistique du Royaume en une véritable puissance économique régionale.
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