Le Maroc face aux extrêmes hydriques : une stratégie audacieuse pour transformer la crise en opportunité
Traditionnellement confronté à la rareté de l’eau, le Maroc se trouve aujourd’hui à un carrefour inattendu. Des épisodes de pluies torrentielles, comme ceux récemment observés à Ksar El Kebir, ont mis en lumière un nouveau défi : la gestion des surabondances hydriques. Loin d’être un simple aléa, cette situation, exacerbée par le dérèglement climatique, appelle à une refonte stratégique de la gouvernance de l’eau. Michel Vialatte, juriste de droit international et expert en stratégies publiques, nous livre une analyse percutante et propose une feuille de route en douze points pour ériger une sécurité hydrique durable.
Leçons d’une météo capricieuse : la résilience marocaine à l’épreuve
Un paradoxe climatique saisissant
La récente actualité marocaine est une illustration éloquente de la brutalité du changement climatique. Après huit années d’une sécheresse éprouvante, le royaume a été le théâtre de précipitations intenses sur une période de deux mois. Si cette abondance a permis de reconstituer des réserves vitales, elle a également engendré des situations dramatiques, notamment à Safi et Ksar El Kebir, où des inondations ont causé des pertes humaines et matérielles.
Une gestion de crise saluée à l’international
Face à l’urgence, la réactivité des autorités marocaines a été exemplaire. L’évacuation préventive de 50 000 habitants à Ksar El Kebir en quelques heures a permis d’éviter une catastrophe de grande ampleur. Pour Michel Vialatte, cette capacité à gérer les crises, qu’elles soient sismiques ou hydriques, positionne le Maroc comme une référence en matière de gestion des risques à l’échelle internationale. Un modèle d’efficacité qui, selon l’expert, doit désormais s’enrichir d’une dimension proactive.
L’Afrique, entre vulnérabilité et potentiel hydrique : l’impératif de la coopération
L’image d’une Afrique perpétuellement assoiffée est réductrice. Le continent est, et sera de plus en plus, confronté à des situations de surabondance, qu’elles soient conjoncturelles ou structurelles. Cette réalité impose une nouvelle vision de la coopération régionale et internationale.
Deux axes stratégiques pour une gestion partagée de l’eau
- Des systèmes d’alerte et de prévision mutualisés :
L’anticipation est la clé. Le développement de réseaux régionaux d’alerte précoce, capables de prévoir les phénomènes extrêmes (sécheresses comme inondations), est essentiel. Michel Vialatte suggère une collaboration renforcée au Maghreb et avec les pays du bassin méditerranéen (Espagne, Portugal, France, Italie), sous l’égide d’une Union Pour la Méditerranée revitalisée, pour faire face à des épisodes souvent simultanés.
- Investir
dans des infrastructures de transfert et de partage :
Certains pays d’Afrique centrale, tels que le Gabon, le Congo Brazzaville, la RDC ou le Cameroun, disposent de vastes réseaux hydrographiques et d’aquifères dont le potentiel dépasse largement leurs besoins nationaux. Ces nations, de véritables « puissances hydriques en devenir », pourraient devenir des exportateurs d’eau brute. L’expert envisage des flux transfrontaliers par voie maritime ou via des aqueducs continentaux, à l’image du futur gazoduc Nigéria-Maroc. Une « marchandisation » de l’eau, inéluctable selon Vialatte, qui transformerait l’excès local en ressource partagée, renforçant la sécurité hydrique régionale.
Cette vision fait écho aux conclusions du Forum Mondial de l’Eau de Dakar (mars 2022), qui soulignait déjà l’importance d’une coopération régionale et internationale pour une gestion équitable et bénéfique des bassins transfrontaliers.
Dix piliers pour une résilience hydrique marocaine
Pour transformer les surabondances ponctuelles en opportunités durables, Michel Vialatte préconise une stratégie nationale de résilience climatique, s’articulant autour de dix actions concrètes :
- Établir une cartographie nationale des risques hydriques, précise et accessible à tous.
- Moderniser les réseaux urbains de collecte et créer des bassins-tampons pour réguler les flux.
- Assurer l’entretien rigoureux des oueds et de leurs affluents, lutter contre les dépôts sauvages et restaurer les milieux aquatiques, essentiels pour leur fonction d’éponge naturelle.
- Moderniser les stations d’épuration pour éviter les déversements directs en cas de surcharge.
- Procéder à la recharge artificielle des nappes phréatiques durant les périodes de forte pluviométrie.
- Développer un urbanisme plus résilient, intégrant des normes de construction adaptées aux nouveaux aléas.
- Mettre en place des systèmes d’alerte précoce, notamment via des applications mobiles, pour informer rapidement les populations.
- Engager une mobilisation citoyenne et des campagnes de sensibilisation scolaire pour une culture de l’eau.
- Investir massivement dans la recherche hydrologique pour affiner les modèles et les prévisions.
- Renforcer la formation des élus et agents locaux à la gestion des crises hydriques.
En adoptant cette approche globale, le Maroc peut non seulement se prémunir contre les caprices du climat, mais aussi transformer chaque défi hydrique en une étape vers une sécurité en eau robuste et pérenne pour les générations futures.
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