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L’Aviculture Marocaine en Crise : Les Petits Éleveurs au Bord du Précipice

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L’Aviculture Marocaine en Crise : Les Petits Éleveurs au Bord du Précipice

Au Maroc, alors que l’approche du Ramadan stimule traditionnellement la demande en viandes blanches et en œufs, l’industrie avicole se retrouve plongée dans une crise sans précédent. Une pénurie d’aliments pour volailles, exacerbée par des conditions météorologiques défavorables et un manque de prévoyance des importateurs, met en péril la survie des petits exploitants agricoles, maillons essentiels de cette filière.

Pénurie d’Aliments Composés : Entre Caprices Météo et Manque de Vision

La cause immédiate de cette tourmente réside dans les intempéries qui perturbent gravement le trafic portuaire, retardant le déchargement des matières premières essentielles à la fabrication des aliments composés pour volailles. Cette interruption de l’approvisionnement entrave lourdement la chaîne de production, forçant notamment les petits éleveurs à céder leurs poulets avant maturité. « Des poulets qui ne se retrouveront pas sur les étals dans les semaines à venir », alerte Youssef Alaoui, président de la Fédération Interprofessionnelle du Secteur Avicole (FISA).

L’impact se fait également sentir sur la production d’œufs. « Lorsque les poules pondeuses sont rationnées, elles pondent moins d’un œuf par jour », ajoute M. Alaoui. Si le président de la FISA attribue principalement cette situation aux aléas climatiques, Mohamed Aboud, président de l’Association Nationale des Producteurs de Poulets de Chair (ANPC), nuance ce constat. Selon lui, bien que la météo joue un rôle, la non-disponibilité des matières premières est avant tout le fruit de « facteurs humains ». Certains importateurs auraient sciemment différé leurs achats, préférant écouler des stocks acquis à des prix supérieurs. « Aujourd’hui, suite à la suspension du trafic maritime, nous payons le prix de ce manque de prévoyance », fustige le président de l’ANPC, qui y voit une « excuse » commode pour masquer des responsabilités directes.

Contacté par nos confrères de Telquel, le Ministère de l’Agriculture n’a, à ce jour, pas évoqué de mesures exceptionnelles de soutien, anticipant un retour à la normale d’ici la fin de la semaine.

Les Petits Éleveurs Étranglés par les Coûts

Pour les petits producteurs, la situation est déjà critique, comme le souligne Mohamed Aboud : «

Les petits producteurs ne réalisent aucun bénéfice. Même si le prix du poussin est actuellement de 2 dirhams, les coûts de production grimpent facilement à 14 ou 15 dirhams le kilogramme. » Cette flambée est principalement tirée par le coût de l’alimentation. Le maïs et le soja, riches en glucides et protéines, sont indispensables. Sans eux, les éleveurs doivent augmenter les rations pour satisfaire les besoins nutritionnels de leurs volailles. « Les petits producteurs distribuaient en moyenne 3,5 kg d’aliments pour produire un poulet. Désormais, ils doivent fournir jusqu’à 5 kg d’aliments », explique Aboud.

Mohamed Aboud étaye son propos par des chiffres éloquents : « Si l’aliment de base coûte 4 dirhams le kilo, le coût par tête pour l’aliment seul est de 20 dirhams. Si l’on y ajoute les autres charges (gaz, entretien, médicaments, vaccins, etc.), le coût de production atteint facilement 15 dirhams le kilo de viande produite. Dans ce cas, les petits éleveurs sont voués à la perte. »

La désorganisation logistique aggrave encore les conditions : « Le blocage de la chaîne d’approvisionnement menace la continuité des opérations des petits éleveurs. Ils n’ont plus accès aux aliments composés à cause de la situation dans les ports. La réduction des taux d’alimentation entraîne une perte de poids des animaux, ce qui provoque à son tour du stress, exposant les poulets aux maladies. Tous ces retards se traduisent par des pertes énormes pour les petites exploitations. » À l’inverse, les grands producteurs, grâce à leur intégration, sont moins impactés, parvenant à «

réduire les coûts et même à être aussi compétitifs que les acteurs du marché européen

».

Vers une Oligarchisation du Secteur ?

Mohamed Aboud étend sa critique à la structure même du marché, notamment pour les œufs de consommation. « Il y a un gros problème ici. Les œufs devraient coûter beaucoup moins cher sur le marché marocain. On se demande pourquoi un œuf coûte désormais 1,50 dirhams. » Il pointe du doigt « le marché des œufs de consommation, actuellement dominé par un petit nombre d’acteurs puissants. »

Le président de l’ANPC retrace l’évolution du secteur : «

Avant 2008, date du lancement du Plan Maroc Vert, on comptait environ 500 producteurs d’œufs de consommation. Dix ans plus tard, en 2018, leur nombre avait diminué de moitié. Actuellement, leur nombre est certainement inférieur.

» Il dénonce une chaîne d’intermédiaires et de distributeurs qui « maintient un niveau de prix injustement élevé, avec des marges excessives. » Pour Mohamed Aboud, la racine du problème est essentiellement structurelle : « C’est la manière dont le Plan Maroc Vert a été mis en œuvre qui a conduit à ce déséquilibre. En écartant les petits producteurs qui créent de la concurrence, il a renforcé la position dominante et oligarchique des grands industriels. »


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