La tempête gronde dans le paysage pharmaceutique marocain. Une proposition audacieuse du Conseil de la concurrence, visant à ouvrir le capital des officines, a déclenché une vague d’indignation, transformant un débat sectoriel en une véritable question de société. Au-delà des intérêts corporatistes, c’est la vision même de la santé publique qui est remise en question, avec le Réseau marocain pour la défense du droit à la santé et du droit à la vie en première ligne d’une bataille qui pourrait redéfinir l’accès aux médicaments pour des millions de citoyens.
Le Cœur de la Controverse : Une Vision Purement Commerciale ?
Depuis la publication des recommandations du Conseil de la concurrence, le secteur pharmaceutique est en ébullition. Loin de se cantonner aux seuls syndicats de pharmaciens, dont la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) a déjà exprimé un rejet catégorique, le débat s’est intensifié. Le Réseau marocain pour la défense du droit à la santé et du droit à la vie a récemment jeté son poids dans la balance, adressant une note alarmante aux plus hautes instances gouvernementales. Son constat est sans appel : cette réforme, axée sur une logique «strictement commerciale», ignore délibérément la «dimension sociale, stratégique et vitale du médicament».
L’Indépendance du Pharmacien en Péril
La pierre angulaire de cette discorde réside dans l’ouverture envisagée du capital des pharmacies à des investisseurs extérieurs au corps professionnel, qu’il s’agisse de sociétés ou de fonds financiers. Pour le Réseau, cette mesure sonnerait le glas de l’indépendance du pharmacien, transformant l’officine – traditionnellement un maillon essentiel du service public de santé – en une simple entité commerciale, dictée par l’impératif de rentabilité. Une dérive qui, selon l’organisation, n’apporte aucune solution aux problèmes fondamentaux du secteur, tels que la cherté des médicaments, les monopoles d’importation et de fabrication, ou les marges jugées excessives de certains acteurs.
Plus grave encore, cette approche ne répondrait ni aux pénuries récurrentes de médicaments vitaux pour les patients chroniques et atteints de maladies rares, ni n’encouragerait la promotion des génériques ou des protocoles thérapeutiques garants de la pérennité de notre système d’assurance maladie.
Un Risque Majeur pour la Santé Publique et la Sécurité Médicamenteuse
Au-delà des calculs économiques, les conséquences sur la santé publique pourraient être dramatiques. Le Réseau alerte sur les dangers inhérents à la vente de médicaments en dehors du cadre officinal, notamment via les plateformes numériques ou les grandes surfaces. Une telle dérégulation affaiblirait le rôle crucial du pharmacien, sentinelle de la santé, et ouvrirait la porte à une automédication anarchique, multipliant les risques d’erreurs de dosage, d’interactions médicamenteuses dangereuses, d’addictions et d’effets secondaires graves.
L’ombre de la contrefaçon plane également : des circuits parallèles, difficiles à contrôler, pourraient inonder le marché de médicaments falsifiés, compromettant irrémédiablement la qualité, la sécurité et les conditions de conservation des produits, mettant directement en péril la vie des patients.
Pouvoir d’Achat et Équité Sociale : Les Grands Oubliés ?
Les recommandations du Conseil de la concurrence, en se focalisant sur la marge des pharmaciens, semblent éluder les véritables racines de la flambée des prix des médicaments, souvent bien supérieurs à ceux pratiqués dans les pays d’origine. Une libéralisation des tarifs risquerait d’orienter les choix des patients vers les produits les plus lucratifs pour les distributeurs, au détriment de l’adéquation thérapeutique. Cette logique marchande alourdirait inévitablement le fardeau financier des ménages, exacerbant les inégalités d’accès aux soins et contredisant l’ambition d’un État social.
De surcroît, elle pourrait entraver les efforts de généralisation du tiers payant et l’élargissement de la liste des médicaments remboursables, laissant une part significative des coûts à la charge des patients les plus vulnérables.
Le Spectre des Déserts Pharmaceutiques
La perspective d’une concentration du marché entre les mains de grands groupes financiers fait craindre la disparition progressive des pharmacies indépendantes. Les zones rurales et les quartiers défavorisés, déjà fragiles, seraient les premières victimes de cette restructuration, menaçant l’accès rapide et sécurisé aux médicaments pour des populations entières. C’est la notion même de santé de proximité et d’équité territoriale qui serait alors gravement compromise.
Vers une Souveraineté Sanitaire Renforcée : Les Propositions du Réseau
Face à ce tableau préoccupant, le Réseau marocain pour la défense du droit à la santé et du droit à la vie ne se contente pas d’alerter, il propose des solutions concrètes. Il exige le retrait immédiat de toute mesure favorisant la privatisation du capital des pharmacies ou une libéralisation des prix préjudiciable à l’accès aux soins.
L’organisation préconise une réforme transparente du système de fixation des prix, visant une baisse effective des tarifs, le renforcement du tiers payant, l’élargissement de la liste des médicaments remboursables, et la consolidation du rôle de l’Agence nationale du médicament pour réguler le marché et prévenir les monopoles et les ruptures de stock. Un soutien accru à l’industrie pharmaceutique nationale et aux génériques, ainsi que la protection des pharmacies de proximité, notamment en milieu rural, sont également des piliers de cette vision. Enfin, la mise en place d’un système numérique national de traçabilité des médicaments est jugée essentielle pour garantir la sécurité et l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement.
En définitive, le Réseau rappelle avec force que le droit à la santé et à la vie est une «priorité constitutionnelle et nationale» inaliénable, qui ne saurait être sacrifiée sur l’autel de logiques purement marchandes. L’avenir de la pharmacie au Maroc se joue aujourd’hui, et avec lui, celui de la santé de tous les Marocains.
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