Le Maroc renforce la sécurité de ses barrages : une forteresse hydrique face aux défis climatiques
Face à des pluies d’une intensité inédite et aux signaux d’alerte émis par certains de ses ouvrages les plus anciens, le Royaume du Maroc a réagi avec détermination. Le 5 février 2026, une loi d’envergure a été adoptée, marquant un tournant décisif dans la stratégie nationale de gestion des barrages. L’objectif est clair : prévenir toute catastrophe et garantir la sécurité des populations et des ressources en eau, en plaçant ces infrastructures vitales sous haute surveillance.
Un cadre législatif renforcé pour une surveillance accrue
Ce nouveau texte législatif vient compléter et préciser la loi 30-15 de 2016. Il établit des modalités pratiques rigoureuses pour la classification, la surveillance et l’évaluation de l’ensemble du parc hydraulique national. Désormais, la sécurité des barrages marocains ne sera plus laissée au hasard.
Audits structurels et classification stratégique
La loi impose une obligation majeure : tout barrage d’une hauteur supérieure à 15 mètres – ce qui englobe la quasi-totalité des grands ouvrages du pays – devra subir un contrôle complet et approfondi avant chaque saison des pluies. Cette mesure préventive vise à identifier et corriger toute vulnérabilité avant que les conditions météorologiques ne deviennent critiques.
Une classification stricte des barrages est également introduite, répartissant les ouvrages en trois catégories distinctes :
- Classe A :
Les géants de l’eau, avec une hauteur égale ou supérieure à 30 mètres ou une capacité de retenue de 25 millions de mètres cubes et plus. Leur défaillance aurait des conséquences majeures.
- Classe B : Les barrages intermédiaires, dont la hauteur se situe entre 15 et moins de 30 mètres, ou la capacité entre 1 et moins de 25 millions de mètres cubes.
- Classe C : Les ouvrages de taille plus modeste.
À chaque catégorie correspond un niveau de surveillance adapté : quotidienne pour les classes A et B, et hebdomadaire pour la classe C. En outre, le texte prévoit le déclenchement immédiat d’une surveillance renforcée en cas d’événements exceptionnels, tels que des séismes, des pluies intenses ou des crues dépassant 75 % de la capacité de la retenue.
L’innovation au service de la résilience : jumeaux numériques et capteurs sismiques
embrasse la technologie pour anticiper les risques. Un « carnet de santé numérique » sera créé pour chaque barrage, intégrant un jumeau numérique. Cet outil de pointe permettra de simuler l’impact d’une crue soudaine sur la digue ou le béton, offrant une capacité d’anticipation inédite face aux risques structurels.
Le séisme dévastateur de septembre 2023, bien qu’il n’ait pas provoqué de rupture directe, a servi de leçon précieuse en révélant la fragilisation de certains sols. La combinaison d’un sol affaibli et d’une pression maximale due à une crue représente un scénario catastrophe. C’est pourquoi la nouvelle loi rend obligatoire l’installation de capteurs sismiques de dernière génération sur tous les barrages situés dans les zones à risque, notamment les régions du Rif et de l’Atlas.
Pour les ouvrages en terre corroyée, une attention particulière est portée au risque de fissures longitudinales, souvent exacerbé par un remplissage rapide après des pluies intenses. Ces mesures visent à contrer le stress hydraulique et thermique susceptible d’endommager durablement ces infrastructures.
Un patrimoine vieillissant sous le feu des projecteurs
Des barrages emblématiques, piliers de l’approvisionnement en eau du Royaume, tels qu’Al Massira (mis en service en 1979), Idriss 1er (1973) ou Oued El Makhazine (1979), font l’objet d’une attention particulière. Après plus de cinquante ans de cycles de remplissage et de vidange, certains bétons montrent des signes de fatigue, notamment des réactions alcali-granulat qui altèrent leur solidité.
Le programme d’urgence 2026 intègre également la modernisation des vannes, souvent sujettes à la rouille ou à l’envasement, afin de garantir des vidanges de sécurité rapides et sans entrave en cas de nécessité absolue.
Vers une « Task Force » de l’eau pour une réactivité optimale
Pour compléter ce dispositif de sécurité, le ministère de l’Équipement et de l’Eau annonce la création d’une brigade d’intervention rapide. Composée de plongeurs spécialisés et d’experts en géotechnique, cette unité d’élite sera chargée d’inspecter les fondations immergées des barrages ayant atteint 100 % de leur capacité. Cette initiative proactive vise à prévenir toute catastrophe et à renforcer significativement la résilience de l’ensemble du parc hydraulique national, assurant ainsi un avenir plus sûr face aux aléas climatiques.
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