L’Intelligence Artificielle au Cœur des Universités Marocaines : Une Urgence Stratégique Nationale
L’intelligence artificielle (IA) tisse sa toile de manière irréversible au sein des campus universitaires marocains. Des salles de cours aux laboratoires de recherche, en passant par les bureaux des étudiants, l’IA générative est devenue un outil omniprésent. Pourtant, cette révolution silencieuse progresse en ordre dispersé, sans feuille de route claire ni vision d’ensemble. Face à ce constat, le Professeur Radouane Mrabet, figure éminente de l’enseignement supérieur et ancien président de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah (USMBA) de Fès, lance un appel vibrant : le Maroc doit impérativement se doter d’une stratégie nationale pour encadrer cette mutation technologique et en maîtriser les enjeux.
Le Spectre de la Fragmentation : Un Système Universitaire à la Croisée des Chemins
Actuellement, l’intégration de l’IA dans les universités marocaines s’apparente à une mosaïque d’initiatives individuelles. Chaque établissement, chaque faculté, voire chaque enseignant, explore les potentialités de l’IA à son rythme et selon ses propres méthodes. Une approche louable dans son dynamisme, mais alarmante par son manque de cohérence. « Je n’ai pas vu d’étude globale sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans nos universités », déplore le Pr Mrabet, soulignant l’absence criante d’un état des lieux national.
Cette dispersion des efforts engendre un risque majeur : celui d’une fragmentation du système universitaire. Des pratiques hétérogènes, des cadres d’utilisation divergents et une absence d’évaluation claire des impacts pourraient, à terme, compromettre l’efficacité et la pertinence de l’enseignement supérieur marocain. Le danger est de voir se creuser des écarts significatifs entre les institutions, voire de laisser place à des dérives, notamment en matière de fraude académique, faute d’un encadrement rigoureux.
Vers une Stratégie Nationale : L’Impératif d’une Vision Globale et Intégrée
Pour le Professeur Mrabet, la solution réside dans l’élaboration d’une stratégie nationale « claire, structurée et assortie d’indicateurs mesurables ». Cette vision ne saurait se limiter aux seules universités, mais doit englober l’ensemble du continuum éducatif : l’Enseignement supérieur, l’Éducation nationale et la formation professionnelle. L’objectif est clair : préparer dès aujourd’hui les citoyens de demain aux défis et opportunités des métiers du futur, fortement impactés par l’évolution technologique.
Un cadre juridique s’impose également. Le Pr Mrabet plaide pour l’adoption d’une loi-cadre dédiée à l’intelligence artificielle, qui transcenderait les secteurs pour garantir une approche unifiée et sécuriser l’avenir des compétences nationales. « Le pays doit préparer les élèves, les étudiants et les futurs professionnels aux mutations technologiques à venir. Et donc sécuriser les emplois de demain », insiste-t-il.
Une Task Force et des Plateformes Nationales : Les Piliers d’une Réponse Structurée
Pour concrétiser cette ambition, le Pr Mrabet propose la mise en place d’une « task force nationale ». Cette entité, regroupant des acteurs clés des universités publiques et privées, ainsi que des institutions scientifiques et techniques, aurait pour mission de définir une feuille de route stratégique à l’horizon 2030-2032, avec des objectifs réalistes et mesurables.
Au-delà de la gouvernance, la question du contenu est cruciale. Le Maroc ne peut se permettre de dépendre exclusivement de plateformes internationales pour la formation de ses étudiants, surtout dans des disciplines à forte dimension identitaire et juridique, telles que le droit ou l’histoire nationale. « Le Maroc doit produire et maîtriser ses propres contenus numériques », affirme le professeur. Il suggère le développement de LMS (Learning Management System) nationaux, des plateformes d’apprentissage conçues spécifiquement pour le contexte marocain, à l’image des solutions numériques déployées avec succès durant la pandémie de Covid-19. Ces outils seraient essentiels pour « aider les étudiants dans leurs formations, dans différentes disciplines ».
Former, Questionner, Transformer : L’IA comme Levier Pédagogique
La formation est un pilier central de cette stratégie. Une « formation massive » des enseignants est indispensable pour qu’ils puissent intégrer l’IA de manière pertinente dans leurs cours. Parallèlement, les étudiants doivent être éduqués à une utilisation « responsable et méthodique » de ces outils. L’enjeu n’est pas seulement d’utiliser l’IA, mais de la comprendre, de la critiquer et de « questionner l’IA qu’il utilise ».
L’intégration de l’IA va inévitablement transformer la pratique pédagogique. Les enseignants devront « repenser leurs supports, leurs interactions avec les étudiants et aussi les méthodes d’évaluation ». Le Pr Mrabet met en lumière l’ambiguïté actuelle : « Actuellement, personne ne peut affirmer avec certitude comment les étudiants exploitent l’intelligence artificielle dans leurs travaux universitaires. Certains s’en servent pour améliorer la qualité rédactionnelle, d’autres pour générer des idées ou synthétiser des articles scientifiques. Sachant que dans certains cas, on parle de triche et de fraude. Le tout, sans encadrement clair ». C’est cette incertitude qui alimente la perception de l’IA comme une menace, alors qu’elle devrait être un puissant levier d’évolution.
Sécuriser l’Avenir : L’IA, un Investissement pour l’Économie Nationale
L’ancien président d’université élargit la perspective : au-delà des murs de l’académie, l’enjeu est économique et social. Investir dans l’IA au sein de l’université, c’est garantir l’employabilité des jeunes Marocains. Le marché du travail est en mutation rapide, exigeant des compétences numériques de pointe. Sans anticipation et adaptation de l’offre de formation, les diplômés risquent de se retrouver en décalage avec les besoins du marché, menaçant ainsi la compétitivité du pays.
Le temps est un facteur critique. Tandis que des nations comme la Chine, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite déploient déjà des stratégies nationales ambitieuses en matière d’IA, y compris dans leurs systèmes universitaires, le Maroc ne peut se permettre d’attendre. L’heure est à l’action concertée et visionnaire pour transformer ce défi en une opportunité de développement sans précédent.
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