Jamila Al-Andalous
Actualité

Jamila d’Al-Andalous : L’Épopée Oubliée d’une Amazone Berbère

Partager
Partager
Pinterest Hidden

L’Écho Silencieux d’une Légende Andalouse

L’histoire, souvent écrite par les vainqueurs, a tendance à reléguer certaines figures, notamment féminines, dans l’ombre de l’oubli. Al-Andalous, terre de splendeur et de savoir, n’échappe pas à cette règle. Pourtant, au-delà des récits officiels, des poétesses, des érudites et des guerrières ont façonné son destin. Parmi elles, une étoile filante, une héroïne dont la vie, bien que tumultueuse et captivante, demeure aujourd’hui méconnue : Jamila, la berbère indomptable.

Adulée en son temps, son nom résonnait dans les chants et les récits populaires, mais les annales historiques l’ont étrangement effacée. C’est grâce à des travaux d’érudition, comme celui de l’historienne et archéologue espagnole Carmen Panadero Delgado, que la lumière est progressivement faite sur cette figure emblématique. Son ouvrage,

«Jamila, l’indomptable berbère», puise notamment dans l’incontournable «Al Moqtasib» d’Ibn Hayyan, une source primaire essentielle pour comprendre l’Andalousie des VIIIe et Xe siècles.

«Jamila, la sœur de Mahmũd, a eu dans ce combat un rôle notoire et exceptionnel, commenté par les habitants des différentes régions d’al-Andalus, et son exploit longtemps raconté lors de mariages dans les régions occidentales.» – Ibn Hayyan

Une Flamme Berbère Née de la Rébellion

Racines du Haut Atlas : La Fierté Masmouda

Jamila bint Abd al-Yabbar ibn Zaqila n’était pas une femme ordinaire. Ses origines la rattachaient à la puissante confédération berbère des Masmouda, peuple du Haut Atlas marocain et de ses environs, dont Ibn Khaldoun lui-même vantait la grandeur. Ces Imasmouden, ancêtres des dynasties almohades et hafsides, portaient en eux un esprit de résistance et d’indépendance qui allait marquer le parcours de Jamila.

Sa famille, issue du clan des Beni Tarid d’Osuna, s’établit d’abord dans la région péninsulaire de Séville, avant de migrer vers Mérida. Leur influence grandissante et leur refus de se plier au pouvoir royal les mirent rapidement en opposition avec les autorités. Les chroniques d’al-Razi (père et fils) ne détaillent leurs batailles et leur réputation redoutable qu’à partir de 823, mais il est clair que la rébellion était inscrite dans leur lignée.

L’Insurrection Contre le Pouvoir Omeyyade

Au cœur de cette contestation se trouvait Mahmud ben Abd al-Yabbar al-Maridi, le frère aîné de Jamila. C’est lui qui, par un coup d’État audacieux mené avec Sulaymán ben Martín, parvint à s’emparer de Mérida. L’émir Abd al-Rahman II, le souverain omeyyade, tenta à maintes reprises de reprendre la ville, allant jusqu’à mener personnellement le combat, démolir les fortifications ou proposer des échanges d’otages. Mais la famille berbère, farouchement indépendante, refusa toute soumission.

Jamila sur le Champ de Bataille : Beauté et Bravoure

L’Émergence d’une Guerrière

C’est au cœur de ces conflits incessants que Jamila fait son apparition. Probablement encore adolescente vers 830, son nom commence à circuler, la désignant comme une participante active aux côtés de ses frères cadets, tous sous l’autorité de Mahmud. Les rares écrits qui la mentionnent la décrivent comme une «femme guerrière et si habile dans le maniement des armes qu’elle s’est élevée avec le reste de sa famille contre l’émir Abd al-Rahman II».

Mais sa renommée ne se limitait pas à ses prouesses martiales. Ibn Hayyan la dépeint comme «la vierge, célèbre parmi le peuple pour sa grande beauté et sa grâce», tandis qu’Ibn Hazm loue sa «bravoure, son courage et son sens de la chevalerie, ainsi que pour ses rencontres avec les chevaliers et leur faire concurrence». Une figure d’une force et d’une élégance rares, défiant les conventions de son époque.

Le Refus de l’Alliance Impie

La vie de Jamila fut également marquée par un acte de rébellion interne, un choix de principe qui la distingue encore davantage. Lorsque Abd al-Rahman II parvint à reprendre Mérida, la famille de Jamila fut contrainte à l’exil, s’installant en 833 dans les montagnes de Monsalud. Les persécutions se poursuivant, Mahmud, désespéré, se tourna vers Alphonse II, le roi des Asturies, pour solliciter son aide.

C’est là que Jamila, fidèle à ses convictions, refusa de suivre son frère. Elle s’opposa farouchement à cette alliance avec les chrétiens contre d’autres musulmans, un acte de défiance qui la vit abandonner Mahmud, suivie par un nombre considérable de partisans. L’historienne Carmen Panadero Delgado souligne : «La jeune berbère rend sa noblesse évidente dans cet épisode car, bien qu’elle se soit toujours opposée à l’émir omeyyade, elle ne concevait pas de s’allier avec des chrétiens pour lutter contre les musulmans.»

L’Héritage Paradoxal d’une Figure Admirée

Une Exception Saluée par l’Histoire

L’audace et l’indépendance de Jamila lui valurent une admiration profonde. Manuela Marin, spécialiste des femmes à al-Andalus, note que «le courage de Jamila ne cesse de retenir l’attention et suppose la survie admirative d’un modèle de comportement qui s’écarte clairement de celui attendu chez une femme musulmane». Fait remarquable, sa conduite, loin d’être censurée, fut célébrée comme une vertu, au même titre que sa beauté et sa noblesse. Cette absence d’acrimonie de la part des chroniqueurs témoigne de la singularité de Jamila, perçue comme une exception, non comme une transgression.

Le Destin Inattendu : Captivité et Conversion

En 840, la tension entre Abd al-Rahman II et Mahmud s’apaisa, et Jamila décida de retrouver les siens, toujours sous la protection du roi des Asturies. Mais le destin, capricieux, allait frapper. Alphonse II, soupçonnant Mahmud de duplicité, attaqua le château qu’il lui avait offert. Mahmud périt au combat, et Jamila fut capturée.

«Jamila, sœur de Mahmud, a été arrêtée… et pour cela les notables chrétiens ont persisté, compte tenu des vertus qu’elle avait : ascendance, beauté et courage, au point qu’ils ont fait un tirage au sort, et c’était pour l’un des plus grands d’entre-eux, qui l’a faite chrétienne et l’a épousée. Il a eu des enfants avec elle, dont l’un était plus tard archevêque de l’église de Santiago (de Compostelle), prestigieux parmi les chrétiens de cette époque.» – Ibn Hayyan

Ainsi s’acheva la première partie de la vie de Jamila, pour en commencer une autre, tout aussi extraordinaire. Convertie au christianisme et mariée à un noble, elle vécut «une longue vie parmi les chrétiens», donnant même naissance à un fils qui deviendrait archevêque de Saint-Jacques-de-Compostelle. Cette reconversion forcée et cette nouvelle existence demeurent une énigme fascinante pour les historiens.

Jamila, un Mystère à Redécouvrir

L’histoire de Jamila, l’héroïne berbère d’Al-Andalous, est un rappel poignant des figures féminines puissantes et complexes que l’histoire a trop souvent ignorées. Son parcours, entre loyauté familiale, convictions profondes, bravoure au combat et destin inattendu, mérite d’être pleinement exploré. Peut-être qu’un jour, de nouvelles découvertes viendront lever le voile sur les mystères qui entourent encore cette femme exceptionnelle, offrant à Jamila la place qu’elle mérite dans le grand livre de l’histoire.


Pour plus de détails, visitez notre site.

Source: Lien externe

Partager

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *