Éducation au Maroc : L’Alliance des Économistes Istiqlaliens Face au Défi de la Confiance et de la Performance
Casablanca, le 17 février 2026 – L’Alliance des économistes istiqlaliens (AEI) a lancé un débat crucial sur l’avenir de l’éducation et de la formation au Maroc. Sous la bannière « Renforcer la confiance et préserver la dignité : Plan d’action 2026-2035 », cette première rencontre régionale, tenue à Casablanca, a mis en lumière une problématique centrale : la capacité de notre système éducatif à se réinventer pour répondre aux attentes d’une jeunesse en quête de sens et d’opportunités. Au-delà des diagnostics habituels, c’est une véritable crise de confiance qui a été soulevée, interrogeant la performance et la pertinence de nos institutions face aux défis contemporains.
L’Éducation, Miroir des Tensions Nationales
L’événement de l’AEI, bien qu’officiellement dédié à l’éducation, a rapidement transcendé son cadre thématique pour devenir une plateforme d’introspection nationale. Les intervenants ont unanimement pointé du doigt un décalage inquiétant : celui entre l’ambition d’un investissement massif dans l’éducation et la réalité d’une jeunesse qui peine à trouver sa place. L’éducation n’est plus un simple pilier sectoriel, mais le carrefour où se croisent les défis de la confiance citoyenne, de la mobilité sociale et de la capacité de l’État à transformer les promesses en réalisations concrètes. Comment offrir un avenir tangible à nos jeunes lorsque les dynamiques éducatives, économiques et sociales semblent évoluer en ordre dispersé ?
Un Nouveau Pacte pour la Jeunesse : Le Plaidoyer de l’AEI
Dès l’ouverture des débats, Abdellatif Maâzouz, président de l’AEI, a souligné la pertinence stratégique du thème. Pour l’Alliance, placer l’éducation et la jeunesse au cœur de ce cycle de rencontres régionales n’est pas anodin ; c’est une démarche fondamentale pour restaurer le lien de confiance entre les citoyens et les institutions. Cette initiative s’inscrit dans une vision plus vaste, portée par l’élaboration d’une charte nationale pour la jeunesse, et vise à élargir la discussion au-delà des clivages politiques. L’éducation est ainsi présentée comme le catalyseur d’une citoyenneté renouvelée, d’une dignité sociale retrouvée et d’une préparation efficace aux bouleversements économiques à venir.
Le Conseil Supérieur de l’Éducation à l’Heure du Bilan
Parallèlement aux réflexions de l’AEI, le Conseil Supérieur de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche Scientifique (CSEFRS) a tenu sa dixième session à Rabat, axée sur l’accélération des réformes et un bilan à mi-parcours. L’examen de rapports stratégiques sur l’enseignement préscolaire et la profession enseignante, couplé à une auto-évaluation, vise à optimiser l’impact de ses préconisations. L’objectif est clair : positionner l’école non pas comme une entité isolée, mais comme un moteur essentiel des grandes mutations nationales, notamment face aux impératifs internationaux et au besoin de renforcer les compétences marocaines à l’échelle continentale et mondiale. Cependant, une question fondamentale demeure : comment traduire ces nobles intentions en transformations tangibles et mesurables sur le terrain ?
Le Paradoxe Marocain : Investissement Massif, Qualité Perçue en Berne
Un Diagnostic Inattendu par le Professeur Hamid Bouchikhi
L’intervention du professeur Hamid Bouchikhi a apporté un éclairage saisissant sur la situation. Contre toute attente, il a révélé que l’investissement national dans l’éducation est loin d’être insuffisant. En agrégeant les dépenses publiques, les budgets sectoriels et la contribution directe des ménages, le Maroc alloue près de 130 milliards de dirhams à l’éducation (incluant scolaire, supérieur, recherche et formation professionnelle), un chiffre comparable à celui de plusieurs pays de l’OCDE. Pourtant, cette réalité budgétaire contraste fortement avec la perception publique d’un système éducatif en souffrance. Ce fossé entre l’effort financier colossal et le sentiment d’un manque de soutien est, selon le professeur, un indicateur alarmant.
Le Cœur du Problème : Un Déficit de Gouvernance Stratégique
Le professeur Bouchikhi est catégorique : le Maroc a brillamment réussi la démocratisation de l’accès à l’éducation, mais cette expansion s’est faite au détriment de la qualité perçue. La véritable entrave ne serait donc pas financière, mais managériale. Un système bénéficiant de telles ressources devrait impérativement s’appuyer sur des objectifs clairs, des évaluations rigoureuses, une responsabilisation des acteurs et un pilotage axé sur la performance. Il a rappelé les nombreuses réformes passées – de la Charte nationale à la vision stratégique 2015-2030, en passant par le plan d’urgence – dont les orientations, bien que pertinentes, ont souvent échoué dans leur application. Pour lui, l’heure n’est plus aux ajustements cosmétiques ; des transformations structurelles audacieuses s’imposent. Parmi les solutions envisagées : l’application du principe de subsidiarité, une autonomie renforcée des établissements, l’élévation des chefs d’établissement au rang de véritables managers, et une refonte des mécanismes de financement, incluant l’ouverture à de nouveaux acteurs dans la gestion du service public éducatif.
La Jeunesse Marocaine : Entre Potentiel Économique et Désenchantement Social
Le Cri d’Alarme de Khalid El Jazouli
Après l’analyse macro-structurelle du professeur Bouchikhi, Khalid El Jazouli, de l’Académie istiqlalienne des jeunes, a plongé au cœur de l’expérience vécue par la jeunesse marocaine. Il a détaillé la genèse d’un « pacte pour la jeunesse », fruit d’un vaste travail de terrain auprès de plus de 15 000 jeunes dans 500 communes. Ce diagnostic de proximité révèle un paradoxe poignant : malgré les opportunités offertes par un Maroc en pleine mutation (essor industriel, économie verte, révolution numérique), une frange grandissante de la jeunesse se sent de plus en plus éloignée de son propre avenir. Chômage endémique, rêve d’exil, désengagement politique et associatif : ces symptômes dessinent le portrait d’une génération en quête de repères, d’écoute et, surtout, de confiance en son pays et en ses institutions.
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