Illustration d'un adoul en plein travail, symbolisant la profession et ses défis actuels.
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La fronde des Adouls : décryptage d’une profession en ébullition

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La colère des Adouls : Anatomie d’un mouvement de contestation inédit

Le corps des adouls, gardien séculaire de l’authentification des actes au Maroc, est en pleine effervescence. Un projet de loi censé moderniser leur profession a, contre toute attente, allumé la mèche d’une colère grandissante, menant à une grève nationale et à la menace d’actions plus radicales. Mais quelles sont les pierres d’achoppement qui transforment cette réforme en véritable bras de fer ? Plongeons au cœur des revendications d’une profession qui se sent trahie.

Un projet de loi perçu comme une régression

Adopté en Conseil de gouvernement en novembre 2025, le texte législatif n’a pas tardé à provoquer un tollé. Les adouls y voient un « retour en arrière » flagrant par rapport aux avancées promises par le plan de réforme de la justice. Au centre de leurs préoccupations : la suppression de la disposition qui les habilitait à « exercer le notariat » et l’absence d’une reconnaissance claire de la compatibilité entre leur fonction et celle de notaire. Une omission d’autant plus sensible que la loi régissant les notaires stipule explicitement l’incompatibilité avec d’autres activités, dont celle d’adoul, alimentant une rivalité historique entre les deux professions.

Le dépôt de consignation : un enjeu crucial pour les citoyens

L’un des points les plus litigieux réside dans l’absence d’une clause relative au dépôt de consignation. Les adouls dénoncent cette lacune, estimant qu’elle met en péril les droits des citoyens, notamment lors des transactions immobilières. Solimane Adkhoul, président de l’Instance nationale des notaires, a révélé que cette disposition figurait bien dans la version initiale du projet, élaborée par le ministère de la Justice. Cependant, elle aurait été retirée suite à l’opposition de « d’autres secteurs gouvernementaux », une décision que M. Adkhoul a vivement contestée auprès de plusieurs institutions constitutionnelles.

Le « Lafif » : entre tradition et modernité

La pratique du « Lafif », ce témoignage collectif essentiel à l’établissement de certains faits ou droits, est également au cœur des revendications. Les adouls soulignent la complexité de sa mise en œuvre actuelle : la loi exige la présence simultanée de douze témoins, alors que l’adoul doit les auditionner individuellement. Ils plaident pour une simplification drastique, proposant de réduire le nombre de témoins à quatre ou cinq, afin d’alléger la procédure pour les justiciables.

Par ailleurs, le texte actuel est jugé ambigu concernant la place des femmes dans le « Lafif ». La profession craint qu’une formulation trop générale n’ouvre la porte à des interprétations judiciaires restrictives, pouvant conduire au rejet de témoignages féminins. Une inscription explicite de cette possibilité dans la loi est donc réclamée pour garantir l’égalité et la sécurité juridique.

La quête d’identité : une dénomination sous tension

La question de la dénomination professionnelle est un autre point de discorde majeur. Les adouls aspirent à une reconnaissance de leur rôle notarial et souhaitent voir leur titre évoluer en conséquence. Cette aspiration se heurte frontalement à l’opposition des notaires, qui jugent l’appellation « adoul-notaire » susceptible d’« induire en erreur les consommateurs ». Une circulaire du ministère de la Justice datant de 2015 avait déjà rappelé aux adouls la nécessité de « respecter les dispositions légales qui encadrent leur profession », soulignant la persistance de cette tension identitaire.

Autres motifs de mécontentement et l’ombre d’une « grève des avocats bis »

Au-delà de ces points centraux, les adouls expriment leur désaccord face à l’ouverture de leur profession à de multiples spécialisations, ainsi qu’à la limitation du mandat de leur bureau à une seule année, des mesures qu’ils jugent préjudiciables à la stabilité et à l’expertise de leur corps.

Face à ce front uni, le Conseil régional des adouls de Rabat a franchi un pas supplémentaire lors d’une conférence de presse le 18 février, évoquant la possibilité d’une démission collective. Cette menace n’est pas sans rappeler la stratégie adoptée par l’Association des barreaux du Maroc, dont la mobilisation acharnée contre un projet de loi similaire avait finalement porté ses fruits. La question est désormais sur toutes les lèvres : les adouls suivront-ils la voie de leurs confrères avocats, transformant cette colère en une victoire législative ? L’avenir de cette profession ancestrale se joue dans les couloirs du Parlement et, potentiellement, dans la rue.


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