Nizar Baraka, Ministre de l'Équipement et de l'Eau, discute de la politique hydrique du Maroc après les pluies records de l'hiver 2026.
Politique

Maroc : De la Sécheresse aux Crues, les Révélations Choc de Nizar Baraka sur la Politique Hydrique

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Maroc : De la Sécheresse aux Crues, les Révélations Choc de Nizar Baraka sur la Politique Hydrique

Par Mehdi El Fakir – 16 février 2026

Introduction : Le Maroc face à un Changement de Paradigme Hydrologique

L’intervention de Monsieur Nizar Baraka, Ministre de l’Équipement et de l’Eau, lors de l’émission « Décryptage » sur MFM Radio le 15 février 2026, marque un tournant décisif dans le discours public sur la gestion de l’eau au Maroc. Après sept années d’une sécheresse implacable, qualifiée de « stress hydrique systémique », le Royaume a basculé, en moins de deux mois, d’une pénurie chronique à une situation d’abondance subite, posant de nouveaux défis en matière de gestion des excédents et de prévention des inondations. Cette analyse approfondie se propose de décrypter les enjeux techniques et stratégiques révélés par le Ministre, en les confrontant aux réalités du terrain et aux orientations politiques.

Un Diagnostic Hydrologique Inédit : L’Hiver 2026, entre Déluge et Renouveau

La période allant de décembre 2025 à février 2026 restera gravée dans les annales hydrologiques du Maroc. Les chiffres avancés par M. Baraka témoignent d’une pluviométrie d’une intensité rare, transformant radicalement le paysage hydrique national.

Des Apports Pluviométriques Exceptionnels : Un Déluge Bénéfique mais Risqué

  • Volume Record : Depuis le 1er septembre 2025, les barrages du Royaume ont enregistré un apport colossal de 12,17 milliards de mètres cubes (m³) d’eau.
  • Surplus Annuel : Ce volume représente 134 % de la moyenne annuelle habituelle, signifiant que le Maroc a reçu en moins de six mois l’équivalent de plus d’une année de précipitations.
  • Concentration

    Fulgurante :

    L’aspect le plus frappant est la rapidité de cette accumulation : 96,4 % de ces apports se sont concentrés après le 12 décembre 2025. Cette arrivée massive sur des sols asséchés a exacerbé le ruissellement, générant des débits de crue sans précédent.

Le Taux de Remplissage National : Une Remontée Spectaculaire

Les réserves en eau du pays ont connu une résurrection spectaculaire, passant d’un seuil critique à une quasi-plénitude :

  • Avant la Crise : À la mi-décembre 2025, le taux de remplissage national était alarmant, à seulement 31,1 %.
  • Après le Déluge : Au 11 février 2026, ce taux a atteint 69,35 %, un niveau jamais vu depuis 2018, marquant la fin technique de la sécheresse météorologique pour les régions concernées.
  • Stock Actuel : Le volume total stocké dans les barrages s’élève désormais à 11,62 milliards de m³.

Les Bassins du Nord sous Pression : Oued El Makhazine et Al Wahda à la Limite

La générosité des cieux n’a pas été uniforme. Le Nord du pays, en particulier, a dû faire face à une saturation critique de ses infrastructures hydrauliques.

  • Barrage Oued El Makhazine (Bassin du Loukkos) :
    • Apports Massifs : 1,462 milliard de m³ depuis septembre 2025, dont plus de 70 % en seulement deux semaines (fin janvier-début février 2026).
    • Débit Record : Un pic historique de 3 210 m³/s a été enregistré le 28 janvier 2026, bien au-delà des 1 200 m³/s prévus.
    • Saturation Inédite : Le volume stocké a culminé à 1,117 milliard de m³ le 10 février 2026, portant le taux de remplissage théorique à 166,2 %

      . Le niveau de l’eau a frôlé la crête (71,59 m pour 74 m au total), exigeant une gestion d’une précision chirurgicale pour éviter tout débordement incontrôlé.

  • Barrage Al Wahda (Bassin du Sebou) :
    • Rôle Stratégique : Le plus grand barrage du Maroc a capté 3,48 milliards de m³ depuis septembre, dont 1,39 milliard en une semaine.
    • Afflux Quotidien : Un record journalier de 348 millions de m³ a été enregistré le 4 février 2026.
    • Gestion des Excédents : Son taux de remplissage est passé de 41 % à près de 95 %

      , nécessitant des lâchers d’eau massifs et contrôlés pour maintenir la sécurité de l’ouvrage.

Gestion de Crise : L’Agilité face à l’Imprévu

La transition brutale de la sécheresse aux crues a mis à l’épreuve la capacité de réponse du Maroc. Le ministère de l’Équipement et de l’Eau, en collaboration avec les autorités locales et les services de protection civile, a dû déployer une stratégie d’urgence pour minimiser les impacts des inondations, notamment dans le Nord.

Mesures Préventives et Réponse Rapide

Face à l’afflux exceptionnel, des décisions cruciales ont été prises pour anticiper et gérer les risques :

  • Lâchers Préventifs : Des lâchers d’eau contrôlés ont été effectués depuis les barrages menacés de saturation, comme Oued El Makhazine et Al Wahda, afin de créer une marge de manœuvre et d’éviter des ruptures ou des débordements catastrophiques. Ces opérations ont été coordonnées avec les autorités locales pour informer les populations riveraines et organiser des évacuations si nécessaire.
  • Surveillance Accrue : Les équipes techniques ont intensifié la surveillance des niveaux d’eau et des débits des rivières, utilisant des systèmes d’alerte précoce pour anticiper les crues et protéger les zones vulnérables.
  • Mobilisation des Ressources : Des moyens humains et matériels considérables ont été mobilisés pour renforcer les digues, nettoyer les lits des oueds et intervenir rapidement en cas d’inondation.

L’Importance de la Coordination et de la Communication

La gestion de cette crise a souligné l’importance d’une coordination interministérielle et d’une communication transparente avec le public. Les déclarations du Ministre Baraka sur MFM Radio s’inscrivent dans cette démarche, visant à rassurer la population et à expliquer les mesures prises face à une situation complexe.

La Réponse Structurelle : La Loi de Finances 2026 et les Grands Ouvrages

Au-delà de la gestion de l’urgence, le Maroc réaffirme son engagement envers une politique hydrique à long terme, comme en témoignent les investissements prévus dans la Loi de Finances 2026.

Le Barrage Tifar : Un Pilier pour l’Avenir

Un projet phare a été mis en avant : le nouveau barrage Tifar. Sa construction représente une étape cruciale dans la stratégie nationale de renforcement des capacités de stockage et de régulation. Ce type de grand ouvrage est perçu comme essentiel pour :

  • Sécuriser l’Approvisionnement : Garantir l’accès à l’eau potable et à l’irrigation, même en période de sécheresse prolongée.
  • Maîtriser les Crues : Offrir une capacité de rétention supplémentaire, réduisant ainsi les risques d’inondation en aval.
  • Développer l’Agriculture : Soutenir l’expansion des périmètres irrigués et la modernisation agricole.

La politique des grands barrages, loin d’être obsolète, est réaffirmée comme une composante indispensable de la résilience hydrique du Royaume.

Vision Stratégique 2030 : Vers une Gestion Intégrée et Durable de l’Eau

Le Ministre Baraka a également esquissé les grandes lignes de la stratégie hydrique à l’horizon 2030, axée sur l’interconnexion des bassins, le dessalement et l’optimisation du nexus eau-énergie.

L’Autoroute de l’Eau : Un Réseau National Interconnecté

Le projet d’« Autoroute de l’eau », ou transfert d’eau inter-bassins, est présenté comme une solution structurelle pour pallier les disparités régionales en matière de ressources hydriques. L’objectif est de créer un réseau national capable de :

  • Mutualiser les Ressources : Acheminer l’eau des régions excédentaires vers les zones déficitaires, garantissant une meilleure équité territoriale.
  • Renforcer la Sécurité Hydrique : Diversifier les sources d’approvisionnement et réduire la vulnérabilité aux aléas climatiques locaux.

Le Dessalement : Une Alternative Stratégique

Le dessalement de l’eau de mer est confirmé comme un axe majeur de la politique hydrique future, en particulier pour les zones côtières et touristiques. Cette technologie, bien que coûteuse en énergie, offre une source d’eau non conventionnelle, indépendante des précipitations. Les efforts se concentrent sur :

  • Réduction des Coûts Énergétiques : Intégration des énergies renouvelables pour alimenter les usines de dessalement.
  • Développement de Nouvelles Capacités : Construction de stations de grande envergure pour répondre aux besoins croissants des villes et de l’industrie.

Le Nexus Eau-Énergie : Optimisation et Durabilité

La gestion de l’eau est intrinsèquement liée à celle de l’énergie. La stratégie 2030 vise à optimiser cette interdépendance en :

  • Améliorant l’Efficacité Énergétique : Dans les infrastructures de pompage, de transfert et de traitement de l’eau.
  • Exploitant le Potentiel Hydroélectrique : Des barrages pour la production d’énergie propre.
  • Développant des Solutions Intégrées : Où la production d’eau et d’énergie se renforcent mutuellement.

Conclusion : Un Avenir Hydrique sous Haute Surveillance

Les récentes pluies, bien que salvatrices après une longue période de sécheresse, ont mis en lumière la complexité de la gestion de l’eau au Maroc. L’intervention de Nizar Baraka a souligné la capacité d’adaptation du Royaume face à des phénomènes climatiques extrêmes, tout en réaffirmant la pertinence d’une stratégie à long terme basée sur des infrastructures robustes et des solutions innovantes. Le défi reste immense : transformer cette abondance passagère en une sécurité hydrique durable, en conciliant la gestion des crues et la reconstitution des réserves, tout en préparant le pays aux défis climatiques de demain.


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