Politique de l’emploi au Maroc : Quand la Croissance Ne Suffit Plus à Combler le Chômage
Rabat, 17 février 2026 – Au cœur de la capitale, le siège national du Parti du progrès et du socialisme (PPS) a vibré au rythme d’un débat essentiel. Organisée par le Centre d’études et de recherches Aziz Belal, une rencontre autour de l’ouvrage «Enjeux de l’emploi : l’entreprise est-elle au rendez-vous ?» a rassemblé un panel d’économistes éminents, de penseurs éclairés et d’acteurs associatifs engagés. Loin de se cantonner à une simple exégèse académique, les échanges ont rapidement transcendé le cadre initial pour explorer les profondeurs de l’analyse économique, les répercussions concrètes de la croissance sur le marché du travail et les métamorphoses structurelles de notre système productif. Une confrontation salutaire entre la rigueur des chiffres et la complexité du terrain, qui a mis en lumière la fiabilité parfois chancelante des outils statistiques, les virages du modèle économique et la place prépondérante, mais souvent sous-estimée, du capital humain dans la quête d’un emploi durable.
L’ANAPEC à l’heure de la refonte : un chantier stratégique
Face à l’urgence de la situation, le gouvernement marocain ne reste pas inactif. Une réforme d’envergure de l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) est en gestation. Fruit d’un audit stratégique, institutionnel, organisationnel et opérationnel approfondi, cette restructuration vise à insuffler une nouvelle dynamique à l’action publique en faveur de l’emploi. L’objectif est clair : renforcer l’efficacité des dispositifs d’intermédiation sur le marché du travail et aligner l’agence sur les ambitions de la nouvelle feuille de route sectorielle, la réforme des établissements publics et les orientations du nouveau modèle de développement. La question fondamentale posée par l’ouvrage a ainsi servi de catalyseur à une réflexion collective sur les équilibres précaires qui régissent aujourd’hui le monde du travail. Les discussions ont mis en exergue la complexité de la relation entre croissance économique, dynamiques entrepreneuriales et création d’emplois, le tout à l’aune des mutations profondes – qu’elles soient productives, technologiques ou sociales – qui redessinent notre paysage économique. Au-delà des théories, c’est un éclairage cru sur les décalages persistants entre les promesses de la performance économique et les réalités souvent âpres de l’emploi qui a été recherché, ouvrant la voie à une remise en question des paradigmes actuels.
Les Chiffres : Nécessaires, Mais Insuffisants pour Saisir la Réalité de l’Emploi
La fiabilité et l’interprétation des statistiques ont constitué l’un des piliers de ce débat passionnant. Chaque intervenant, fort de son expertise, a souligné que si les données chiffrées sont des outils indispensables pour éclairer les politiques publiques, elles se révèlent souvent insuffisantes pour appréhender la complexité des transformations du marché du travail.
Au-delà des indicateurs : la quête d’une connaissance fine
Abdeslam Seddiki, professeur universitaire, économiste et ancien ministre de l’Emploi, a pointé du doigt la mobilisation parfois lacunaire de certains indicateurs dans le débat public. Pour lui, une compréhension plus nuancée du chômage exige la mise en place d’un système administratif structuré d’enregistrement des demandeurs d’emploi, estimant que l’absence de tels dispositifs précis engendre des lectures partielles des dynamiques économiques.
Les limites méthodologiques des enquêtes
Adoptant une perspective plus technique, Abdelouahed El Jaï, économiste et statisticien, a rappelé les contraintes inhérentes aux méthodologies du Haut-Commissariat au Plan. Il a insisté sur le fait que les enquêtes par échantillonnage, menées auprès d’environ 90 000 ménages, comportent inévitablement une marge d’erreur. Il a également établi une distinction cruciale entre les statistiques monétaires, ancrées dans des données comptables, et les statistiques macroéconomiques, souvent élaborées à partir d’estimations.
Le piège des moyennes et l’appel au qualitatif
Noureddine El Hachimi Oudghiri, auteur et penseur, a mis en garde contre les illusions des moyennes statistiques, capables de dissimuler des réalités territoriales et sociales d’une grande hétérogénéité. Dans cette même veine, Abdelhafid Oualalou, pharmacien et acteur associatif, a plaidé avec ferveur pour une approche qualitative des données, invitant à dépasser la simple énumération des chiffres pour en extraire des pistes d’action concrètes et pertinentes.
Croissance Sans Emploi : La Rupture d’un Paradigme Économique
La corrélation historique entre croissance économique et création d’emplois, longtemps considérée comme une évidence, a été au cœur des interrogations, révélant une rupture paradigmatique profonde dans le système productif actuel.
Des emplois précaires et une industrie en berne
Abdeslam Seddiki a souligné que les emplois générés ces dernières années se cantonnent majoritairement à des secteurs précaires ou à faible valeur ajoutée. L’industrie, autrefois locomotive de l’absorption de la main-d’œuvre, semble avoir perdu de son élan, invitant à une réévaluation des priorités sectorielles des politiques économiques nationales.
Le chômage persiste malgré les créations de postes
Les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP) confirment cette tendance. Entre 2024 et 2025, l’économie marocaine a certes créé 193 000 postes d’emploi, un signe encourageant. Cependant, cette dynamique n’a entraîné qu’un recul marginal du volume du chômage (-17 000 personnes), laissant un total de 1,62 million de demandeurs d’emploi. Le taux de chômage s’est ainsi stabilisé à 13%, tandis que le sous-emploi a, lui, progressé pour atteindre 10,9%.
L’intensité en emploi de la croissance divisée par deux
Noureddine El Hachimi Oudghiri a approfondi cette analyse en rappelant la diminution drastique de l’intensité en emploi de la croissance. Alors qu’un point de croissance pouvait générer environ 30 000 emplois dans les années 1990, il n’en produirait aujourd’hui qu’environ 15 000. Une réalité imputable, entre autres, aux mutations technologiques et à l’évolution des modes de production. Ces constats appellent à une réflexion plus large sur les transformations du modèle économique, nous enjoignant à dépasser les corrélations simplistes entre investissement, croissance et création d’emplois pour mieux appréhender les mécanismes complexes qui régissent désormais le marché du travail.
L’Entreprise Face à l’Emploi : Un Paradoxe Conceptuel à Résoudre
La question liminaire de l’ouvrage – l’entreprise est-elle véritablement au rendez-vous de l’emploi ? – a suscité des interprétations nuancées, révélant des visions divergentes de sa mission fondamentale au sein du système économique.
Entre maximisation du profit et responsabilité sociale
Noureddine El Hachimi Oudghiri a rappelé avec pertinence que l’entreprise se définit avant tout par sa capacité à mobiliser des ressources dans un environnement caractérisé par une incertitude constante. Cette perspective invite à relativiser l’idée selon laquelle la création d’emplois constituerait sa finalité première, soulignant la tension inhérente entre la logique de profit et les impératifs sociaux. La complexité de la politique de l’emploi au Maroc est une équation à multiples inconnues, nécessitant une approche multidimensionnelle et une collaboration étroite entre tous les acteurs pour forger un avenir professionnel plus prometteur.
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