, le 16 février 2026
– Loin d’être un simple rendez-vous sportif, la co-organisation de la Coupe du Monde 2030 se profile, pour le Maroc, comme un véritable catalyseur économique. C’est la conclusion audacieuse d’une note de recherche de Marogest, la filiale de gestion du groupe Crédit Agricole, qui anticipe un bond spectaculaire de la croissance potentielle du Royaume, la portant à 4,6% d’ici la fin de la décennie.
Cette projection ambitieuse repose sur un choc d’investissement massif, estimé à plus de 150 milliards de dirhams, destiné à transformer les infrastructures du pays. Un pari audacieux, mais jugé soutenable par Marogest, qui prévoit un cadre macrofinancier maîtrisé, sans pression structurelle majeure sur les taux d’intérêt ni dérapage de la dette.
Un Maroc en pleine effervescence : le chantier du Mondial 2030
Le Royaume s’est engagé dans une dynamique d’investissement public sans précédent. La perspective d’accueillir le Mondial 2030, aux côtés de l’Espagne et du Portugal, a déclenché une vague de projets structurants qui transforment le paysage national en un vaste chantier.
Des infrastructures pharaoniques pour un événement planétaire
Des stades ultramodernes aux extensions du réseau ferroviaire à grande vitesse, en passant par la modernisation des aéroports, le développement des infrastructures routières et le renforcement des capacités touristiques, sanitaires et de télécommunications, l’ambition est claire : préparer le Maroc à accueillir le monde. Bien qu’aucune annonce officielle consolidée n’ait été faite, Marogest, dans son étude intitulée « La Coupe du monde 2030 : le pari économique du Maroc », estime le coût global de ces projets à plus de
150 milliards de dirhams.
Parmi les chiffres déjà connus, la rénovation et la construction des stades mobiliseront près de 20,5 milliards de dirhams
. Mais le projet le plus colossal reste l’extension de la Ligne à Grande Vitesse (LGV) Kénitra-Marrakech, un investissement de
96 milliards de dirhams qui inclut non seulement les infrastructures, mais aussi le matériel roulant. Ces efforts s’inscrivent dans une tendance déjà bien établie, l’investissement public marocain ayant progressé de 190 milliards de dirhams en 2014 à 340 milliards en 2025, soit une croissance annuelle moyenne de 5,4%.
Une ambition de croissance réévaluée : vers un nouveau palier économique
L’analyse de Marogest ne se contente pas de chiffrer les dépenses ; elle projette l’impact de ce « choc d’investissement » sur la croissance à long terme du pays.
Le levier keynésien et ses limites
L’hypothèse centrale de Marogest est que cet afflux d’investissements se traduira par un gain d’un point de croissance potentielle. Le Maroc pourrait ainsi atteindre une croissance moyenne de 4,6% à l’horizon 2030, marquant une rupture significative avec la moyenne de 3,6% observée sur la période 2002-2025. Cette vision s’appuie sur une approche keynésienne, où l’investissement public est considéré comme un puissant moteur de l’activité économique via l’effet multiplicateur.
Cependant, l’étude souligne que cet effet multiplicateur, estimé autour de 1,08, reste tempéré par des « fuites structurelles » inhérentes à l’économie marocaine : une forte dépendance aux importations, des prélèvements fiscaux et un taux d’épargne des ménages encore modeste. Malgré ces contraintes, le niveau du multiplicateur est jugé suffisant pour soutenir la trajectoire de croissance envisagée.
Maîtrise des équilibres macrofinanciers : un défi assumé
Un tel niveau d’investissement soulève naturellement des questions sur sa soutenabilité financière. Marogest apporte des éléments de réponse rassurants, tout en reconnaissant certains déséquilibres.
Investissement et financement : une équation complexe
Le Maroc fait face à un déséquilibre persistant entre l’épargne nationale et la formation brute de capital fixe, un phénomène qui s’est accentué avec l’intensification des programmes d’infrastructures. En intégrant l’effort additionnel du Mondial, l’investissement public pourrait atteindre environ 388 milliards de dirhams d’ici 2030. L’investissement privé, quant à lui, devrait se maintenir autour de 10% du PIB, stimulé par la nouvelle Charte de l’investissement et les partenariats public-privé.
Dans ce scénario, le besoin de financement de l’économie se stabiliserait autour de 3% du PIB. Loin d’être une anomalie, Marogest y voit la signature d’un modèle de croissance qui, pour être ambitieux, doit nécessairement recourir à l’endettement.
Déficit courant et dette : des signaux sous surveillance, mais non alarmistes
Le déficit courant, reflet du besoin de financement interne, est également projeté à environ 3% du PIB à l’horizon 2030. Cette dégradation est principalement imputable à l’élargissement de la balance commerciale, l’accélération de l’investissement n’étant pas encore pleinement compensée par une substitution significative des importations. Toutefois, l’histoire économique du Maroc a montré sa capacité à absorber des déficits courants plus élevés sans déstabilisation majeure, notamment lorsqu’ils s’inscrivent dans une dynamique de croissance robuste.
Concernant la dette, la note de Marogest distingue la dette publique globale de la dette du Trésor. Fin 2024, la dette du Trésor avoisine les 68% du PIB, un niveau jugé soutenable au regard des standards internationaux. Les indicateurs de charge de la dette restent maîtrisés, avec des intérêts inférieurs à 3% du PIB, et la vulnérabilité extérieure est considérée comme limitée.
Stabilité des taux d’intérêt : une prévision optimiste
Contrairement aux appréhensions habituelles liées aux cycles d’investissement majeurs, Marogest ne prévoit pas de pression haussière structurelle sur les taux d’intérêt due au financement du Mondial 2030. Cette analyse s’appuie sur trois piliers : un étalement judicieux de l’effort budgétaire sur plusieurs années, un recours stratégique aux financements concessionnels à long terme, et un environnement macroéconomique globalement stabilisé. Le scénario central envisage ainsi une légère détérioration du solde budgétaire, mais sans impact durable sur la liquidité du marché ni renchérissement significatif du coût de financement.
Au-delà de l’événement : un pari stratégique pour l’avenir
En définitive, la Coupe du Monde 2030 est perçue par Marogest comme un véritable « pari macroéconomique structurant » pour le Maroc. Le Royaume accepte des déséquilibres temporaires – un déficit courant accru et un recours plus important à l’endettement – dans l’optique de rehausser durablement son potentiel de croissance.
La concrétisation de ce pari ambitieux dépendra, cependant, de la capacité du pays à transformer cette impulsion conjoncturelle en gains de productivité structurels. Il sera crucial de renforcer l’intégration locale des chaînes de valeur et de mobiliser plus efficacement l’épargne nationale. Si ces conditions sont réunies, le Mondial 2030 pourrait bien marquer l’aube d’un nouveau cycle de croissance pour le Maroc, plus soutenu et résilient, ancrant le Royaume dans une trajectoire de développement durable.
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