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Bourse de Casablanca : L’Éclat des Records, l’Ombre des Oubliés

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Bourse de Casablanca : Un Marché à Deux Vitesses, Entre Euphorie et Oubli

La Bourse de Casablanca, vitrine économique du Royaume, a connu une période faste entre 2019 et 2025, marquée par des records d’indices et une vague d’introductions en bourse. Pourtant, derrière ce tableau reluisant, se dessine une réalité plus contrastée : celle d’un marché à deux vitesses, où l’éclat des « vedettes » cotées masque l’ombre grandissante des « oubliées ». Au cœur de cette dichotomie, un nom résonne avec une amère persistance : SAMIR, symbole d’une décennie de silence institutionnel et de milliers d’actionnaires pris au piège.

Alors que les places financières mondiales comme Londres, Singapour, Paris ou Johannesburg encadrent strictement les sorties de cote, le marché casablancais semble étrangement muet sur le sujet. Notre enquête, basée sur l’analyse minutieuse de six rapports annuels (2019-2025) et des statistiques de cotation, révèle une absence quasi-totale de mention concernant le sort des valeurs suspendues. Un paradoxe saisissant pour une bourse en pleine expansion.

En 2019, 75 sociétés animaient la cote. Entre 2021 et 2025, huit nouvelles entreprises ont fait leur entrée, drainant près de 9,8 milliards de dirhams. Simultanément, cinq titres (Nexans, Centrale Danone, Lydec, Timar) ont quitté le marché, mais toujours via des retraits amiables, jamais sous la contrainte du régulateur. Pendant que le MASI s’envolait de 41% et que la capitalisation boursière franchissait le cap symbolique des 1.000 milliards de dirhams, une seule valeur est restée figée, sans publication, sans transaction, sans le moindre horizon : SAMIR. Un silence assourdissant.

2019-2025 : Chronique d’une Bourse en Pleine Mutation

L’Âge d’Or et l’Omerta de 2019-2021

La période s’ouvre en 2019 sur une note de fierté et d’ambition. La Bourse de Casablanca, forte de ses 90 ans d’histoire, se positionne comme la plus ancienne et l’une des principales plateformes financières du continent. Le rapport annuel de cette année-là est un hymne à l’optimisme : progression du MASI de 7,11%, une capitalisation de 627 milliards de dirhams, et l’écho des succès du programme Elite Maroc et des Morocco Capital Markets Days à Londres. Mais au milieu de cette célébration, un silence assourdissant : celui de SAMIR. Suspendue de cotation depuis le 6 août 2015, la Société anonyme marocaine de l’industrie du raffinage voit son cours figé à 127,80 dirhams, ses résultats non publiés, ses assemblées générales inexistantes. Quatre ans d’attente pour ses actionnaires, et pas une ligne dans les rapports officiels.

L’année 2020 apporte son lot de défis avec la pandémie de Covid-19. Le MASI subit une chute brutale de 26%, mais la Bourse fait preuve d’une résilience exemplaire. Les systèmes tiennent, le télétravail est efficace, et la cotation se poursuit. Le rapport annuel 2020 salue cette « force du marché » et les initiatives d’accompagnement des investisseurs. Le lancement du MSI20, un nouvel indice censé « mieux capturer la liquidité », est mis en avant. Mais, une fois de plus, la situation de SAMIR, désormais suspendue depuis cinq ans, reste ignorée des documents officiels.

2021 marque un rebond spectaculaire. Le MASI clôture l’année sur une hausse de 18,4%, portant la capitalisation boursière à 691 milliards de dirhams, un sommet en dix ans. L’introduction de TGCC, sursouscrite 22 fois, symbolise cette vitalité retrouvée. Le Nouveau Modèle de Développement place la Bourse au cœur de la relance. Le rapport annuel 2021 parle d’une « année exceptionnelle », détaillant partenariats universitaires et conférences internationales. Mais SAMIR, six ans dans les limbes, demeure une non-entité.

Pourtant, des mouvements de sortie existent. En 2021, Nexans Maroc quitte la cote via une Offre Publique de Retrait (OPR), suivie par Centrale Danone et Lydec en 2022, puis Timar en 2023-2024. Quatre radiations en quatre ans, toutes initiées par des actionnaires majoritaires. Les rapports sont clairs : aucune de ces sorties n’est le fruit d’une procédure disciplinaire pour manque de liquidité ou non-respect persistant des obligations. La mécanique de sortie est donc bien là, mais elle ne semble s’activer que sur décision des acteurs dominants.

L’Explosion des IPOs et le Mystère des Radiations Manquantes (2022-2025)

Dès 2022, le marché boursier casablancais connaît un véritable engouement pour les introductions. Akdital ouvre la voie au secteur de la santé avec 1,2 milliard de dirhams levés, suivi par Disty Technologies sur le marché alternatif. 2023 voit l’arrivée de CFG Bank et ses 600 millions de dirhams, tandis que CMGP lève 1,1 milliard en 2024. L’année 2025 est historique, avec Cash Plus, SGTM et Vicenne qui injectent plus de 6 milliards de dirhams, portant le total des levées de fonds (incluant les augmentations de capital de CIH, SOTHEMA et TGCC) à plus de 10 milliards de dirhams – un record depuis 2008. Le MASI s’envole de 27,6%, et la capitalisation boursière dépasse pour la première fois les 1.000 milliards de dirhams.

Pourtant, au milieu de cette euphorie, une question lancinante demeure : où sont les radiations contraintes ? Les rapports annuels, si prolixes sur les succès d’admission, restent étrangement silencieux sur les sorties forcées. Aucune radiation initiée par le régulateur pour non-respect des obligations ou manque de liquidité n’est explicitement mentionnée. Le contraste est flagrant : une machine à accueillir les nouveaux entrants parfaitement huilée, face à une absence apparente de politique claire et formalisée pour les départs. Aucun seuil de liquidité minimale n’est publié, aucun bilan annuel détaillé des suspensions prolongées. Un vide réglementaire qui interpelle.

Trois Cercles, Trois Destins : La Typologie du Marché Casablancais

Sur la place boursière de Casablanca, l’on peut distinguer trois catégories d’acteurs, chacune avec son propre diagnostic.

Le Cercle des « Mortes-Vivantes » : L’Énigme SAMIR

Le premier cercle, le plus troublant, est celui des « mortes-vivantes ». Ces sociétés, dont le nom a disparu des écrans de cotation, demeurent pourtant juridiquement listées. La Bourse les désigne comme des « valeurs suspendues ». Parmi elles, SAMIR se dresse comme la doyenne incontestée, et l’unique véritable cas emblématique de ce cimetière boursier. Son statut, figé depuis près d’une décennie, interroge sur la capacité du marché à gérer ses propres fantômes.


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