Journaliste expert francophone
Actualité

À l’UA, le retour en grâce des « bons putschistes », Brice Clotaire Oligui Nguema et Mamadi Doumbouya

Partager
Partager
Pinterest Hidden

Le Paradoxe d’Addis-Abeba : Quand les Putschistes Retrouvent Leur Place au Sommet de l’UA

Addis-Abeba, 15 février 2026. La scène est inédite, presque surréaliste. Au cœur du cénacle de l’Union africaine, là où les principes de démocratie et de respect de l’ordre constitutionnel sont censés être gravés dans le marbre, deux figures controversées ont fait leur grand retour : le Général Brice Clotaire Oligui Nguema du Gabon et le Colonel Mamadi Doumbouya de Guinée. Longtemps mis au ban pour leurs prises de pouvoir par la force, ces « putschistes » ont, semble-t-il, réussi à reconquérir une légitimité aux yeux de leurs pairs africains, non sans une pointe d’amertume pour certains.

Le cliché, capturé le 14 février, les montre côte à côte au siège de l’UA, un symbole fort de leur réintégration progressive. Cette évolution marque un tournant délicat pour l’organisation continentale, confrontée à la complexité des réalités politiques sur le terrain, où la contestation populaire des régimes déchus a parfois teinté ces coups d’État d’une aura de « libération ».

La Voix Dissidente de Luanda : João Lourenço, le Gardien des Principes

Pourtant, cette réhabilitation n’a pas été un long fleuve tranquille. Durant son mandat à la tête de l’UA, le président angolais João Lourenço s’est distingué par sa ligne de conduite intransigeante. Connu pour son franc-parler et sa capacité à joindre l’acte à la parole, Lourenço n’a cessé de marteler la nécessité impérieuse de « rétablir l’ordre constitutionnel après une prise de pouvoir ».

Son discours, empreint de fermeté, résonne comme un rappel à l’ordre dans un continent où les coups d’État se sont multipliés ces dernières années. Avant de passer le flambeau au Burundais Évariste Ndayishimiye, l’Angolais a une nouvelle fois exprimé ses réserves, soulignant le dilemme persistant entre la condamnation des putschs et la gestion pragmatique des transitions post-coup.

L’UA, entre Idéaux Démocratiques et Réalités Géopolitiques

Le cas de Nguema et Doumbouya illustre parfaitement la quadrature du cercle à laquelle l’Union africaine est confrontée. D’un côté, la charte de l’organisation proscrit toute prise de pouvoir anticonstitutionnelle, imposant des sanctions strictes. De l’autre, la pression des faits accomplis, la popularité parfois réelle des nouveaux dirigeants, et les impératifs de stabilité régionale poussent à des compromis.

Le « retour en grâce » de ces deux chefs d’État, perçu par certains comme une victoire du pragmatisme sur les principes, soulève des questions fondamentales sur l’efficacité des mécanismes de l’UA et sa capacité à maintenir une position unie face aux défis démocratiques. Les transitions annoncées par le Gabon et la Guinée, bien que souvent critiquées pour leur lenteur ou leur manque de transparence, semblent avoir suffi à apaiser les tensions, du moins en apparence.

Quelles Implications pour l’Avenir de la Gouvernance Africaine ?

La satisfaction affichée par les dirigeants gabonais et guinéen à leur départ d’Addis-Abeba est palpable. Ils ont non seulement réintégré le cercle des leaders, mais ont aussi, d’une certaine manière, validé une approche qui combine rupture constitutionnelle et promesse de retour à l’ordre. Cette situation pourrait-elle créer un précédent dangereux, incitant d’autres militaires à tenter leur chance, persuadés qu’une période de transition suffira à lever les sanctions et à restaurer leur légitimité sur la scène continentale ?

L’UA se trouve à un carrefour. Sa crédibilité en tant que garante de la démocratie et de la stabilité dépendra de sa capacité à concilier ses idéaux fondateurs avec les dynamiques complexes et souvent imprévisibles des États membres. Le débat sur les « bons putschistes » est loin d’être clos, et les prochaines années diront si ce retour en grâce est un signe de maturité politique ou une dangereuse concession.


Pour plus de détails, visitez notre site.

Source: Lien externe

Partager

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *