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La mort n’est plus une fin : Meta brevète une IA pour maintenir les comptes actifs après décès

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Quand le digital défie le trépas : Meta brevète l’IA de l’au-delà numérique

Et si la mort, cette ultime rupture, ne signifiait plus la fin de notre empreinte sur les réseaux sociaux ? Imaginez un compte Facebook qui continue de publier, un profil Instagram qui réagit, ou des appels WhatsApp qui trouvent toujours une réponse, même après le départ de son titulaire. Ce scénario, digne d’un roman d’anticipation, se dessine à l’horizon grâce à un brevet récemment octroyé à Meta. L’intelligence artificielle, dans cette vision audacieuse, pourrait bien devenir la gardienne de notre présence numérique post-mortem. Officiellement, Meta tempère, parlant d’un simple concept technique sans intention de déploiement immédiat. Pourtant, l’idée même d’une existence digitale prolongée par des algorithmes soulève déjà un tourbillon de questions éthiques, psychologiques et économiques, naviguant entre le souvenir et l’imitation, le processus de deuil et l’engagement virtuel, l’innovation technologique et l’exploitation de l’absence.

Saloua Islah | 15 Février 2026 À 10:20

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Au-delà de l’archive : la promesse d’une présence active

L’ambition dépasse la simple conservation d’un compte en ligne comme une relique figée. Il s’agit de le maintenir vivant, interactif, presque conscient. En décembre dernier, Meta a discrètement obtenu un brevet décrivant l’emploi d’un modèle de langage de grande taille (LLM) pour « simuler » le comportement d’un utilisateur sur ses plateformes sociales. L’objectif ? Combler une absence, qu’elle soit temporaire – une simple pause numérique – ou définitive, en cas de décès, comme l’a révélé Business Insider.

Le mécanisme d’une résurrection digitale

Le brevet, déposé dès 2023 et dont Andrew Bosworth, directeur technique de Meta, est l’un des inventeurs, détaille un processus fascinant. Le système s’alimente d’une mine de « données spécifiques à l’utilisateur » : historique des publications, commentaires, mentions « j’aime », messages privés, et toutes les interactions passées. Ces fragments de vie numérique sont ensuite digérés par un modèle d’IA sophistiqué, entraîné à reproduire fidèlement le style d’écriture, les habitudes d’engagement et les préférences relationnelles du défunt. Un véritable double numérique, capable de se mouvoir dans l’écosystème social.

Un avatar pour interagir avec l’au-delà ?

Concrètement, ce clone algorithmique pourrait continuer à aimer des publications, à répondre à des commentaires, voire à engager des conversations privées. Le brevet va plus loin, évoquant la simulation d’appels audio ou vidéo, rendue possible par des technologies de synthèse vocale et d’avatars numériques. L’argument avancé par Meta est la continuité de l’expérience utilisateur : une disparition soudaine crée une rupture pour les abonnés, une absence définitive qui perturbe l’équilibre relationnel de la plateforme.

Entre prudence et faisabilité : la position de Meta

Face à l’ampleur des implications, Meta se veut rassurant. L’entreprise insiste sur le fait qu’un brevet n’est qu’une exploration technique et ne préjuge en rien d’une mise en œuvre prochaine. À ce stade, aucune intention de développer activement cette technologie ne serait à l’ordre du jour. Néanmoins, la précision et la profondeur des détails techniques du document suggèrent que cette fonctionnalité est non seulement envisagée, mais surtout considérée comme techniquement réalisable.

Un contexte d’évolution numérique et économique

Cette initiative s’inscrit dans une tendance plus large de gestion de l’héritage numérique. Facebook avait déjà ouvert la voie en 2015 avec le « contact légataire », permettant à un proche de prendre en charge un compte après un décès. Mark Zuckerberg lui-même, lors d’un entretien en 2023 avec le podcasteur Lex Fridman, avait évoqué l’utilisation d’avatars pour interagir avec les souvenirs des disparus. D’autres géants technologiques explorent des territoires similaires : Microsoft, en 2021, a breveté un chatbot capable d’imiter des personnalités décédées ou fictives à partir de leurs données.

L’enjeu n’est pas seulement technologique, il est aussi profondément économique. Maintenir un compte actif, même par procuration IA, signifie prolonger l’engagement des utilisateurs, générer toujours plus d’interactions et, in fine, alimenter les systèmes d’intelligence artificielle en précieuses données. Un compte inactif est une perte pour la dynamique de réseau ; un compte simulé, en revanche, continue d’irriguer l’écosystème attentionnel.

Les zones d’ombre : éthique, droit et psychologie

Les ramifications juridiques de cette innovation sont complexes. La question du consentement est primordiale : qui autorise cette reproduction numérique après le décès ? La personne de son vivant, ses héritiers, un proche désigné, ou la plateforme elle-même en l’absence d’instructions claires ?

Un labyrinthe juridique international

Dans de nombreux pays, le cadre légal est encore flou. Le droit à l’image et la protection de la vie privée ne s’éteignent pas toujours avec la personne, mais leur portée post-mortem varie considérablement d’une législation à l’autre. Certains États reconnaissent des droits numériques transmissibles aux héritiers, d’autres non. L’harmonisation internationale reste un défi majeur.

Le deuil à l’ère des fantômes numériques

Sur le plan psychologique, le débat est d’une sensibilité extrême. Les partisans de ces technologies y voient un potentiel soutien au processus de deuil, offrant un lien mémoriel interactif. Les détracteurs, eux, rappellent que le deuil est intrinsèquement lié à l’acceptation de la perte réelle. Une présence artificielle, qui continue de répondre et d’interagir, pourrait brouiller cette frontière essentielle, entravant la résolution du chagrin.

Le brevet de Meta marque une étape significative dans la redéfinition de notre rapport à la mort à l’ère numérique. Les réseaux sociaux ne sont plus de simples outils de communication, mais des théâtres où l’identité peut être artificiellement prolongée. Même en l’absence de déploiement immédiat, la simple conceptualisation d’un tel outil met en lumière une tension fondamentale entre l’innovation technologique, la logique économique implacable et les limites éthiques de notre humanité. La technologie a déjà franchi le seuil ; reste à savoir si la société accordera son permis de séjour aux fantômes numériques.

15 Février 2026 À 10:20


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