Vue aérienne d'une station de dessalement moderne au Maroc, avec des panneaux solaires et des éoliennes en arrière-plan, symbolisant l'innovation et la durabilité.
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L’Or Bleu du Maroc : Le Dessalement, une Nécessité Économique et Écologique à Prix d’Or

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L’Irrigation Marocaine à la Croisée des Chemins

Au cœur de la stratégie de développement agricole du Maroc, l’irrigation se révèle être le pilier fondamental de filières compétitives et orientées vers l’exportation, génératrices de forte valeur ajoutée. Cependant, face à une raréfaction alarmante des ressources hydriques et à la persistance de cycles de sécheresse, une solution s’impose avec une clarté impérieuse : le dessalement de l’eau de mer. Cette technologie, bien que prometteuse pour la sécurisation de l’approvisionnement en eau, présente un défi de taille : sa consommation énergétique colossale, qui pèse lourdement sur les finances publiques, d’autant plus que l’eau et l’électricité sont des biens largement subventionnés.

Le PNAEPI : Une Réponse Stratégique à la Crise de l’Eau

Conscient de l’urgence, l’État marocain a initié dès 2020 le Programme National d’Approvisionnement en Eau Potable et d’Irrigation (PNAEPI). Doté d’un budget initial colossal de 115 milliards de dirhams et s’étendant jusqu’en 2027, ce programme est une feuille de route ambitieuse. Il prévoit notamment la construction de 9 nouvelles stations de dessalement, avec une capacité totale de 202 millions de m3 par an, pour alimenter en eau potable des villes clés comme Agadir, Safi, El Jadida, Al Hoceima et Laâyoune. En parallèle, les travaux de 6 autres stations, totalisant une capacité impressionnante de 360 millions de m3 par an, ont été lancés pour sécuriser l’approvisionnement de pôles urbains et agricoles majeurs, incluant Casablanca, Marrakech, Sidi Ifni, Dakhla, Settat, Berrechid, Khouribga, Ben Guérir et Youssoufia.

Le Coût du Dessalement : Un Frein Économique Majeur

Malgré l’impératif, le dessalement de l’eau de mer se heurte à une réalité économique implacable : son coût prohibitif. Les investissements initiaux pour de telles infrastructures se chiffrent en centaines de millions de dollars, représentant un fardeau financier considérable. Le coût de production de l’eau dessalée, même avec les technologies d’osmose inverse les plus avancées, oscille généralement entre 0,40 € et plus de 1 € par mètre cube à l’échelle mondiale. Bien que ce coût ait drastiquement diminué de près de 90% depuis les années 1970, il demeure intrinsèquement lié au prix de l’énergie, qui constitue le poste de dépense prépondérant, avec une consommation variant de 2,5 à 3 kWh par mètre cube produit. Le Maroc, précurseur en la matière, en a fait l’amère expérience : la première station de dessalement, érigée à Boujdour en 1977, affichait un coût de production de 50 DH le mètre cube.

Le Partenariat Public-Privé : Une Lueur d’Espoir

Pour alléger cette charge financière, l’État explore des voies innovantes, notamment le Partenariat Public-Privé (PPP). L’exemple emblématique est l’unité de dessalement de Chtouka-Aït Baha, un projet colossal de 4,48 milliards de dirhams. Cette initiative vise à irriguer 15 000 hectares de cultures primeurs, soutenant ainsi 1 500 agriculteurs dans la fertile plaine de Chtouka, tout en garantissant l’approvisionnement en eau potable du Grand Agadir. Le succès réside dans sa capacité à produire de l’eau à un coût compétitif, estimé entre 5,50 et 6 DH/m3 pour l’irrigation, avec un tarif légèrement supérieur pour l’eau potable.

Le Dilemme des Subventions et l’Équilibre Budgétaire

Le revers de la médaille réside dans la disparité flagrante entre le coût réel de production et le prix facturé aux consommateurs. L’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable (ONEE) estime le coût moyen du mètre cube d’eau potable, toutes sources confondues, à 15 DH. Or, le consommateur final ne débourse qu’entre 2,5 et 3 DH/m3 pour les premières tranches, couvrant ainsi 85% des foyers. Ce déséquilibre, mis en lumière par la Cour des comptes dans son rapport 2024-2025, est insoutenable. Le coût non subventionné du dessalement varie de 4,48 à 23,55 DH/m3, tandis que le prix de vente à la production stagne entre 1,65 et 4,88 DH.

Des Chiffres Alarmants : L’Exemple d’Agadir et Laâyoune

À Agadir, l’État a dû injecter 684 millions de dirhams entre janvier 2022 et juin 2024 sous forme de subventions d’exploitation pour combler l’écart entre le coût d’achat de l’eau dessalée au partenaire privé et le tarif de vente à la Société Régionale Multiservices (SRM). Un scénario similaire se dessine à Laâyoune, où un coût moyen de 23,41 DH/m3 en 2023, face à un tarif de 5,06 DH, a engendré un déficit opérationnel de 212 millions de dirhams. Ces chiffres soulignent l’impact considérable sur les finances publiques.

L’Ombre Écologique du Dessalement

Au-delà des considérations financières, le dessalement de l’eau de mer n’est pas sans conséquence pour l’environnement. L’empreinte carbone est une préoccupation majeure : au Maroc, 70% à 75% du coût de production de l’électricité nécessaire à ces installations provient encore des carburants fossiles. Pour éviter d’exacerber les émissions de gaz à effet de serre, l’intégration d’énergies renouvelables (solaire, éolien) dans le processus de dessalement est non seulement souhaitable, mais impérative.

La Saumure : Un Défi pour les Écosystèmes Marins

Un autre enjeu écologique de taille est la gestion de la saumure, cette eau hyper-concentrée en sel, sous-produit inévitable du dessalement. Rejetée en mer, cette saumure, souvent deux fois plus salée que l’eau de mer elle-même, menace d’appauvrir les fonds marins en oxygène et de perturber gravement les écosystèmes marins fragiles.

Technologies de Dessalement : Deux Approches Majeures

Deux technologies dominent actuellement le paysage du dessalement :

L’Osmose Inverse : La Révolution Membranaire

L’osmose inverse repose sur un principe de séparation physique. L’eau de mer est poussée sous haute pression (entre 50 et 70 bars) à travers des membranes semi-perméables qui retiennent les sels et les impuretés, laissant passer uniquement les molécules d’eau purifiée. C’est la méthode la plus répandue aujourd’hui, notamment pour son efficacité énergétique relative par rapport aux anciennes méthodes thermiques.

La Distillation : L’Ancienne Méthode Thermique

La distillation, quant à elle, s’appuie sur un changement d’état. L’eau de mer est chauffée jusqu’à évaporation. La vapeur d’eau, exempte de sels, est ensuite condensée sur des surfaces froides pour récupérer l’eau douce. Bien que plus énergivore, elle reste pertinente dans certaines configurations, notamment lorsqu’une source de chaleur résiduelle est disponible.

Rizhao, Chine : Le Modèle Intégré de Demain ?

L’usine de dessalement de Rizhao, dans la province chinoise du Shandong, offre un aperçu fascinant de ce que pourrait être l’avenir du dessalement durable. Non contente de produire de l’eau douce à un coût défiant toute concurrence – 2 yuans par m3 (environ 2,6 DH), soit moins que l’eau du robinet et significativement moins que les 4,5 DH observés en Arabie Saoudite – cette installation est un véritable modèle d’économie circulaire.

Une Synergie Industrielle Exemplaire

Son secret ? Une intégration astucieuse avec les industries locales. L’usine de Rizhao récupère la chaleur fatale des usines voisines pour alimenter son processus de dessalement. Mieux encore, la saumure, ce déchet salin problématique, n’est pas rejetée en mer. Elle est collectée et valorisée par ces mêmes industries pour en extraire des minéraux précieux, transformant ainsi un effluent potentiellement toxique en une ressource économique. En prime, l’installation génère également de l’hydrogène, une énergie d’avenir, illustrant une approche holistique et innovante de la gestion des ressources.


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