Le Ghana face à la tempête du marché mondial du cacao
Le Ghana, deuxième géant mondial de la production de cacao, se retrouve au cœur d’une tourmente économique sans précédent. Face à l’effondrement spectaculaire des cours internationaux de l’or brun, le gouvernement d’Accra a dévoilé, le 12 février, un plan de réformes d’urgence. La mesure phare, aussi douloureuse qu’indispensable selon les autorités, est une réduction significative du prix d’achat des fèves aux planteurs. Une décision qui vise à injecter des liquidités vitales dans une filière chancelante et à restaurer sa compétitivité sur la scène mondiale.
Une chute vertigineuse des cours mondiaux
L’ampleur de la crise est saisissante. Les prix du cacao sur les marchés internationaux ont dégringolé, passant d’un sommet de 12 500 dollars la tonne en décembre 2024 à seulement 7 000 dollars en octobre 2025. Aujourd’hui, le prix s’est stabilisé autour de 4 100 dollars la tonne, un niveau jugé « non compétitif » pour le cacao Ghana, comme l’a souligné le ministre des Finances, Cassiel Ato Forson. Cette déroute des prix a contraint le gouvernement ghanéen à ramener le prix payé aux producteurs à environ 41 000 cedis (soit 3 700 dollars) la tonne, une baisse notable par rapport aux 58 000 cedis (5 270 dollars) fixés en octobre dernier. Un coup dur pour les agriculteurs, mais une nécessité économique pour le pays. La Côte d’Ivoire voisine, premier producteur mondial, est également touchée, ayant dû intervenir en achetant une partie de sa récolte pour soutenir ses propres planteurs.
La voix des planteurs : une acceptation contrainte
Même au sein de la communauté agricole, la dure réalité est admise. Francis Teinor, président de l’Association des agriculteurs coopératifs du cacao de Mankrong, dans le sud du Ghana, a concédé que « le gouvernement doit faire baisser les prix pour pouvoir se réorganiser et contrôler l’offre sur le marché mondial, car ce sont l’offre et la demande qui déterminent les prix. » Une déclaration qui, bien que pragmatique, résonne avec la douleur des milliers de familles dont le revenu dépend directement de cette culture.
Le Cocobod en quête de souffle : entre dette et déficit de production
Le Ghana Cocoa Board (Cocobod), l’organisme de régulation du secteur, est en première ligne de cette crise. Accablé par une dette colossale et un manque criant de liquidités, il peine à honorer ses engagements auprès des planteurs. La situation a été exacerbée par une production bien en deçà des prévisions et des volumes contractuels. Pour la campagne 2023-2024, alors que 786 000 tonnes de cacao étaient anticipées, seules 432 000 tonnes ont été récoltées. Ce déficit « inédit et inacceptable », selon le ministre des Finances, a engendré des pertes dépassant le milliard de dollars, plongeant le Cocobod dans une spirale financière périlleuse.
Des mesures d’urgence pour les agriculteurs
Conscient de l’impact direct sur les moyens de subsistance, le gouvernement a promis un remboursement immédiat des arriérés dus aux producteurs. Plus ambitieux encore, un projet de loi sera soumis au Parlement pour garantir aux planteurs un minimum de 70 % du prix brut à l’exportation. Une initiative qui, si elle est adoptée, pourrait offrir une bouée de sauvetage et une stabilité bienvenue aux acteurs de la filière cacao Ghana.
Vers une transformation structurelle : valorisation et assainissement
Au-delà des mesures d’urgence, Accra esquisse une vision à long terme pour son secteur cacaoyer. Le gouvernement prévoit de réformer le financement en émettant des obligations locales, adossées aux futures recettes du cacao. Mais la véritable révolution réside dans l’ambition de transformer localement au moins 50 % des fèves à partir de la campagne 2026-2027. Cette stratégie vise à accroître la valeur ajoutée, à créer des emplois et à réduire la dépendance aux fluctuations des marchés internationaux, assurant ainsi un assainissement durable de la filière.
Stabiliser le Cocobod et l’économie nationale
Pour consolider les fondations du Cocobod, une restructuration financière majeure est envisagée. Le Parlement sera sollicité pour approuver la conversion de près de 5,8 milliards de cedis (environ 527 millions de dollars) de dettes accumulées auprès du ministère des Finances et de la banque centrale en obligations à plus long terme. Cette manœuvre est cruciale pour alléger le fardeau du régulateur et lui permettre de se concentrer sur sa mission principale. Il est impératif de rappeler que le cacao n’est pas qu’une simple denrée au Ghana : il est le gagne-pain d’environ un million de citoyens, contribue à hauteur de 10 % au PIB national et se positionne comme la troisième source de revenus à l’exportation, juste après l’or et le pétrole. La survie de cette filière est donc intrinsèquement liée à la prospérité du pays.
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