Vue aérienne de Ksar El-Kébir inondée, montrant des rues submergées et des habitations touchées par la crue, symbolisant la fragilité des infrastructures face aux intempéries.
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Ksar El-Kébir : Quand la crue révèle les failles d’une nation à deux vitesses

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Ksar El-Kébir : Quand la crue révèle les failles d’une nation à deux vitesses

La ville de Ksar El-Kébir, au cœur du Maroc septentrional, a été le théâtre d’une catastrophe naturelle d’une ampleur alarmante en ce début d’année 2026. Les inondations successives de janvier et février ont transformé cette cité historique en un paysage de désolation, contraignant plus de 108 000 âmes à l’évacuation et révélant, avec une cruauté implacable, les fragilités structurelles et les profondes inégalités qui minent le développement territorial du Royaume.

L’Infrastructure à l’Épreuve des Eaux : Un Système Défaillant

Ces épisodes diluviens n’ont pas seulement submergé des quartiers ; ils ont mis à nu la vétusté et l’insuffisance des infrastructures locales. Le réseau d’assainissement, manifestement obsolète et sous-dimensionné, s’est avéré impuissant face à la fureur de l’Oued Loukkos en crue. Les conséquences furent immédiates et dévastatrices : des axes routiers vitaux coupés, les transports publics paralysés, et des zones résidentielles entières noyées sous les flots, bouleversant le quotidien de milliers de familles.

Mais l’impact ne s’est pas limité aux zones urbaines. Les terres agricoles environnantes, véritable poumon économique de la province, ont été ravagées. Des récoltes entières anéanties, des milliers de petits agriculteurs privés de leurs moyens de subsistance, et un tissu commercial déjà fragile au centre-ville, lourdement éprouvé par des pertes matérielles considérables. Face à cette récurrence tragique, les experts en aménagement du territoire lancent un cri d’alarme : des investissements massifs et urgents sont indispensables pour moderniser et renforcer les infrastructures de base, notamment en matière de gestion des eaux pluviales et d’assainissement, afin de prémunir la population contre de futures calamités.

Le « Maroc à Deux Vitesses » : Une Réalité Cruelle

Au-delà de la seule question infrastructurelle, le drame de Ksar El-Kébir résonne comme un écho poignant des disparités régionales persistantes qui fracturent le Royaume. Tandis que l’axe Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma concentre à lui seul une part colossale de 58,5% du Produit Intérieur Brut (PIB) national, selon les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP), des villes comme Ksar El-Kébir, pourtant ancrée dans la région dynamisée de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, se trouvent reléguées au second plan, souffrant d’un sous-investissement chronique et d’une marginalisation économique criante.

Les Coûts Humains et Sociaux de l’Inégalité

Cette polarisation de la richesse et des opportunités engendre un « Maroc à deux vitesses », où les cités de l’intérieur peinent désespérément à suivre le rythme effréné du développement des métropoles côtières. Les statistiques de la pauvreté et de la vulnérabilité en sont les témoins silencieux : si le taux de pauvreté multidimensionnelle à Ksar El-Kébir avoisine les 2,4%, la vulnérabilité, elle, touche une frange alarmante de la population, avec des estimations locales faisant état de près de 126 600 personnes concernées.

Le chômage, fléau endémique particulièrement aigu chez les jeunes diplômés de la province de Larache, amplifie cette précarité. En 2024, le taux de chômage dans la région demeurait une source d’inquiétude majeure, marquant un fossé abyssal entre les pôles industriels florissants de Tanger et les localités intérieures délaissées. Cette absence de perspectives économiques pousse inexorablement à l’exode rural, vidant Ksar El-Kébir de ses forces vives et accentuant le déséquilibre territorial.

Pour un Développement Équitable et Résilient

La gestion de l’urgence, bien que primordiale, ne saurait masquer l’impératif d’une réforme structurelle profonde. Les inondations de Ksar El-Kébir sont un rappel brutal : il est temps d’embrasser une politique de décentralisation économique authentique, capable de créer des opportunités et de fixer les populations sur leurs territoires d’origine. Au-delà de la résilience des infrastructures face aux aléas climatiques, il est crucial de réorienter les politiques publiques vers un développement plus équilibré et inclusif, garantissant à chaque citoyen marocain, quelle que soit sa localisation, un avenir digne et prospère.


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