Illustration de la digitalisation de la santé au Maroc, avec une feuille de soins électronique et un QR code, symbolisant la modernisation de l'AMO.
Santé

AMO : la Feuille de soins électronique pour mars 2026

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AMO : La Feuille de Soins Électronique, Révolution Sanitaire Imminente au Maroc

Le compte à rebours est lancé. Ce qui n’était qu’une lointaine perspective se concrétise désormais en un calendrier précis : la fin de la feuille de soins papier est annoncée pour mars 2026. Une phase pilote cruciale se prépare à Kénitra, marquant le début d’une transformation digitale majeure pour l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) au Maroc. Ce projet ambitieux, pilier de la modernisation du système de santé, promet efficacité et sécurisation des données. Pourtant, derrière ces promesses, des interrogations subsistent, incitant les professionnels à plaider pour une transition harmonieuse et un accompagnement sur mesure.

La Feuille de Soins Électronique : Un Calendrier Ambitieux

De Kénitra à la Généralisation Nationale

Après une année 2025 dédiée aux prouesses techniques et à l’établissement d’une interopérabilité sans faille avec les éditeurs de systèmes d’information de santé, la Feuille de Soins Électronique (FSE) est entrée dans une phase intensive de tests, d’audits et d’homologation depuis décembre 2025. Cette étape préparatoire se prolongera au début de 2026, avant le coup d’envoi d’une phase pilote prévue fin mars 2026 dans la région de Kénitra. Si toutes les étapes techniques et réglementaires sont validées, une généralisation progressive à l’échelle nationale est envisagée entre avril et juin 2026. Durant cette période transitoire, un modèle hybride permettra la coexistence des circuits papier et digital, assurant une transition en douceur.

Une Nécessité Impérieuse : Adieu le Papier

La Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), contactée par « Le Matin », justifie cette dématérialisation comme une « évidence ». La gestion de la couverture médicale, historiquement ancrée sur des dossiers papier, est devenue obsolète face à l’intégration de nouvelles populations et aux exigences d’un système de santé moderne. L’objectif est clair : remplacer les flux de documents physiques par des « échanges sécurisés d’informations » entre la CNSS et l’ensemble de ses partenaires – médecins, pharmaciens, laboratoires, centres de radiologie et établissements de soins.

Les Piliers Techniques et Législatifs de la Réforme

Une Architecture Digitale Innovante

Pour concrétiser cette mutation, deux canaux principaux ont été développés : une interopérabilité poussée avec les logiciels déjà en usage chez les professionnels de santé, et un Portail FSE dédié. Une application mobile est également en préparation pour les prescripteurs, promettant de simplifier et d’accélérer le processus. Concrètement, le médecin établira l’ordonnance via son système ou le portail FSE. Le patient recevra une prescription dotée d’un QR code et d’un numéro FSE unique, consultables également via les services digitaux de la CNSS. Lors de l’exécution de l’acte, le professionnel scannera le QR code pour accéder au dossier et enregistrer les prestations. La CNSS insiste sur une « démarche de modernisation progressive, sécurisée et concertée », précisant que la première phase concernera les soins ambulatoires, les hospitalisations étant prévues ultérieurement.

La Loi 54.23 : Un Cadre Renforcé

Cette réforme s’inscrit dans un cadre législatif rénové. La loi n°54.23, modifiant la loi n°65.00 relative à l’Assurance maladie obligatoire de base, a été promulguée au Bulletin officiel n°7478 du 29 janvier 2026. Cette nouvelle législation entérine trois évolutions majeures : le transfert du pilotage de l’AMO du secteur public (CNOPS) vers la CNSS, la suppression du régime AMO autonome pour les étudiants au profit d’autres mécanismes, et l’extension de la couverture des enfants à charge jusqu’à 30 ans, sous certaines conditions. Pour garantir le succès de ce projet d’envergure, la CNSS a mené une étude approfondie, aboutissant à une feuille de route détaillée incluant une « cartographie des prestataires de soins, un recensement des principaux outils utilisés, l’identification des possibilités de dématérialisation et des adaptations organisationnelles ».

Les Professionnels de Santé Face au Changement

La CNSS en Première Ligne de l’Accompagnement

La question de la préparation des professionnels de santé est au cœur des préoccupations. La CNSS assure avoir multiplié les rencontres avec leurs représentants en octobre et novembre 2025. Une campagne de communication d’envergure et des actions d’accompagnement sur le terrain sont prévues, d’abord lors de la phase pilote, puis durant la généralisation. Un dispositif de support robuste, s’appuyant sur le réseau d’agences et le centre Relation Client, sera mis en place pour répondre aux requêtes et assister les utilisateurs. Des guides d’utilisation, FAQ et tutoriels viendront compléter ce dispositif.

La Voix des Pharmaciens : Entre Prudence et Optimisme

Du côté des pharmaciens, la réforme est accueillie avec une prudence mesurée. Ilham Lahlou Khaldi, présidente du Syndicat des pharmaciens d’officine de Casablanca, salue la FSE comme un moyen de « sécuriser la délivrance et le suivi des médicaments remboursables pour le patient CNSS, tout en améliorant la traçabilité ». Elle souligne cependant que cette digitalisation ne modifie pas le modèle économique, le pharmacien restant rémunéré directement par le patient. Si elle anticipe une « rapidité et une fiabilité accrues des remboursements pour les patients », elle met en garde : la FSE ne doit « ni ralentir l’acte officinal, ni créer une charge administrative supplémentaire ». Pour les petites officines, la simplicité, la fiabilité et un accompagnement constant sont des impératifs. « La Feuille de soins électronique est un outil au service du patient, à condition qu’elle respecte la réalité quotidienne des pharmaciens », conclut-elle.

Au-delà de la Numérisation : Une Vision Stratégique

La Donnée, Nouvelle Mine d’Or Épidémiologique

L’analyse du Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, apporte une perspective plus structurée. Il qualifie la FSE de « mesure incontournable, importante pour le système de santé et pour le parcours du patient ». Pour lui, il ne s’agit pas d’une simple numérisation, mais d’une « restructuration de l’acte » de soin. Cette digitalisation promet de simplifier les tâches de tous les acteurs – médecins, pharmaciens, CNSS, patients – et d’assurer une coordination plus fluide entre les différents professionnels (biologistes, radiologues, kinésithérapeutes, dentistes). Le Dr Hamdi insiste particulièrement sur le potentiel stratégique des données collectées. La « data importante, exploitable même en real time » permettra d’obtenir instantanément des indicateurs précieux : volumes d’antibiotiques prescrits, évolution des traitements par région, comparaisons territoriales ou annuelles. « Ce ne sont pas seulement des indicateurs de dépenses, ce sont aussi des indicateurs épidémiologiques », affirme-t-il, soulignant l’opportunité d’une meilleure veille sanitaire et d’une allocation plus pertinente des ressources.

Un Succès Collectif à Construire

Toutefois, le Dr Hamdi met en garde : la collecte massive de données ne garantit pas automatiquement leur exploitation optimale. Le succès de la FSE dépendra d’une stratégie claire pour l’analyse et l’utilisation de ces informations. La transition vers le numérique est une étape cruciale pour le système de santé marocain, mais sa pleine réussite exigera une collaboration étroite entre toutes les parties prenantes, une écoute attentive des préoccupations du terrain et un engagement continu pour l’amélioration et l’adaptation du dispositif. L’AMO électronique est à nos portes, et son déploiement marque un tournant décisif pour l’avenir de la santé au Maroc.


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