Le Chant du Cygne et la Relève : Akhannouch Passe le Flambeau du RNI à Chaouki
Dans une salle vibrante, acquise à sa cause, Aziz Akhannouch a tiré sa révérence à la tête du Rassemblement National des Indépendants (RNI). Mohamed Chaouki prend désormais les rênes, mais ce congrès extraordinaire, qui a entériné son élection, a surtout souligné une transition sans heurts, au sein d’un parti encore largement façonné par l’actuel Chef du gouvernement. Récit d’une passation de pouvoir méticuleusement orchestrée, conçue comme un tremplin vers un rôle de premier plan lors des élections législatives, à quelques mois de l’échéance.
Un Adieu Émouvant et un Hommage Retentissant
Il est 17h56 ce samedi 7 février 2026, au Parc d’Exposition Mohammed VI d’El Jadida. Pour la dernière fois, Aziz Akhannouch s’exprime en tant que président du Rassemblement National des Indépendants. Son entrée, deux heures plus tôt dans la salle de 2 500 places réquisitionnée pour les sessions plénières du congrès extraordinaire du parti, avait été saluée par une ovation assourdissante. Il a conclu son discours de 50 minutes, marquant la fin d’une décennie à la tête de la première force politique du pays, sous des acclamations enthousiastes. Cette fois, cependant, son visage affichait un large sourire de satisfaction, loin des larmes qui avaient brièvement embué ses yeux.
En théorie, le congrès extraordinaire du RNI devait avant tout officialiser la passation de pouvoir entre lui et Mohamed Chaouki, adoubé dix jours plus tôt par le bureau politique comme unique candidat. Pourtant, Aziz Akhannouch a presque volé la vedette à lui seul. À travers son allocution – et auparavant, par un « documentaire » de 20 minutes célébrant son leadership au sein du parti et du gouvernement, culminant avec les larmes d’adieu soudaines de Rachid Talbi Alami, président de la Chambre des Représentants et, pour l’occasion, président du Comité préparatoire du Congrès – l’après-midi a surtout servi à mettre en lumière l’ancien président du RNI.
Mohamed Chaouki : Une Succession dans la Continuité
Mohamed Chaouki, quant à lui, est apparu imperturbable. Au contraire, il a saisi l’occasion de son long discours de victoire pour saluer Aziz Akhannouch – ses réalisations et, surtout, sa « confiance », une référence à peine voilée au rôle décisif que ce dernier a joué pour le positionner comme favori dans cette succession. Il est à noter que Mohamed Chaouki aurait pu faire face à d’autres opposants. L’ancien ministre de la Justice, Mohamed Aujjar, s’était en effet porté candidat pour succéder à Akhannouch en soumettant son dossier complet à la direction centrale. Cependant, le 28 janvier 2026 – date limite de dépôt des candidatures – le bureau politique du RNI a créé la surprise : il a déclaré qu’il « examinerait la candidature de Mohamed Chaouki et (…) déciderait de la soumettre au congrès extraordinaire. » Aujjar a expliqué la veille du Congrès que la raison de son retrait volontaire de la course était dictée par l’impératif de resserrer les rangs.
Au début du vote, certains congressistes ont ouvertement appelé à une approbation par acclamation. Mais Rachid Talbi Alami, chargé de donner le ton réglementaire des débats, est intervenu pour rappeler que les statuts exigeaient un vote à l’urne – une exigence finalement respectée. Vers 20 heures, après que 1 933 membres du RNI eurent déposé leur bulletin, le nom de Mohamed Chaouki a été officiellement annoncé comme le vainqueur final – sans surprise, bien sûr. « Et s’il avait perdu ? » a ironisé un confrère, alors que le décompte se poursuivait dans une grande salle adjacente fermée à la presse, sous la supervision de Bouchaib Ouabbi, directeur du siège central à Rabat.
La question se pose de savoir si, en guise de geste symbolique, il n’aurait pas été préférable d’engager un véritable exercice démocratique – opposant plus d’un programme, et donc plus d’un candidat. La réponse est venue d’Anis Birou, ministre des Marocains Résidant à l’Étranger sous Abdelilah Benkiran et actuel membre du bureau politique, dans le documentaire susmentionné : la nécessité de préserver l’unité. Cet impératif peut être compris à la lumière des élections législatives prévues pour 2026, dont la préparation ne bénéficierait guère de luttes intestines intempestives. De plus, ce n’est pas sans précédent dans les annales du RNI : Aziz Akhannouch lui-même a été élu en octobre 2016 à Bouznika, puis réélu en mars 2022 lors du 7e Congrès National, tenu en format hybride en raison de la pandémie de Covid-19.
L’Empreinte Indélébile d’Akhannouch
Autre signe de l’héritage durable d’Akhannouch lors du congrès extraordinaire d’El Jadida : les organes dirigeants du RNI resteront inchangés, après que les délégués ont décidé – à main levée – de prolonger leur mandat. Et ce point particulier confirme sans équivoque qu’au-delà de l’accession de Mohamed Chaouki à la direction, c’est finalement le même parti que nous avons affaire. Cette orientation, à laquelle Aziz Akhannouch n’est clairement pas étranger, était directement évidente dans son appel, lancé lors de son discours, à « se rallier autour de la nouvelle direction avec les mêmes convictions et engagements qui ont marqué la période précédente » – à savoir, la sienne.
Fatigue ou Stratégie : Les Coulisses d’un Départ
Mais pourquoi n’est-il pas resté, finalement ? Formellement, il est vrai, les statuts auraient dû être modifiés, car ils interdisent plus de deux mandats présidentiels. Pourtant, étant donné la manière dont Aziz Akhannouch « tient » le RNI, et l’unanimité indéniable dont il jouit, on pourrait croire que s’il avait exprimé le souhait, les congressistes se seraient empressés de lui accorder un troisième mandat – et, au-delà, de le reconduire à la tête du gouvernement.
De plus, le documentaire qui a précédé l’ouverture officielle du Congrès a montré plusieurs figures de proue du RNI – de Mustapha Baitas à Amina Benkhadra et Nadia Fettah Alaoui – exprimant le « choc » qu’ils ont ressenti lorsqu’Aziz Akhannouch les a informés, le 11 janvier 2026, de sa décision de ne pas briguer un autre mandat. Cette décision inattendue a incité certains observateurs, notamment dans les médias, à l’interpréter comme un « départ forcé ».
La réalité, cependant, semble bien plus simple : lors d’un échange amical et spontané avec l’auteur de ces lignes, l’un des proches collaborateurs d’Aziz Akhannouch a confié sa « fatigue » après plus d’une décennie de travail intense – d’abord au sein du RNI, et depuis octobre 2021, à la tête du gouvernement. Et sans aucun doute, nous aurions entendu des mots similaires si nous avions pu nous entretenir avec Aziz Akhannouch. Sur la scène baignée de bleu où il est apparu, vibrant, lors du congrès extraordinaire, on n’aurait guère pensé qu’il souffrait d’épuisement professionnel. Pourtant, dix ans à naviguer sur les fronts politiques, dans un marécage où l’adversité féroce est la règle, laissent inévitablement des traces.
Le RNI, Cap sur 2026 avec une Nouvelle Voix
Cela se manifeste également par l’émergence de Mohamed Chaouki, qui – du moins selon ses propres dires – semble déterminé à prendre le relais de la direction gouvernementale d’Akhannouch le moment venu. « Nous resterons à l’avant-garde et occuperons la première position lors des prochains événements », a-t-il proclamé à la clôture du congrès extraordinaire, sous de vigoureux applaudissements. Parmi les applaudissements, incidemment, figurait Akhannouch lui-même, signe d’une transition harmonieuse et d’une ambition partagée pour l’avenir du RNI.
Pour plus de détails, visitez notre site.
Source: Lien externe









Laisser un commentaire