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Maroc : L’Eau, entre Fureur Climatique et Résilience Nationale, un Défi pour Demain

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Le Maroc face à l’implacable réalité des crues et du dérèglement climatique

Les visages de la détresse : quand l’eau efface une vie

Avant les chiffres, avant les bilans, avant même les inévitables controverses, il y a l’indicible. Des visages, marqués par la fatigue, le désarroi, et cette douleur sourde qui ne trouve pas encore de mots. Ce sont les visages des familles sinistrées, bien sûr, mais plus encore, ceux des paysans modestes, pour qui le déchaînement d’une crue ne se contente pas de détruire des biens : il anéantit, en quelques instants, l’œuvre d’une vie entière. Une habitation emportée, un champ dévasté, un troupeau disparu, un commerce englouti sous la boue… Ce qui s’effondre n’est pas seulement matériel ; c’est un équilibre précaire, patiemment édifié, une dignité brutalement mise à nu. Une telle souffrance n’appelle ni slogans creux ni récupérations morales. Elle exige, d’abord, un silence respectueux, empreint d’empathie ; ensuite, une écoute attentive ; enfin, une solidarité concrète et agissante.

Les eaux, en effet, ont atteint des niveaux que la mémoire collective peinait à concevoir, les reléguant au rang de lointains souvenirs. En quelques heures, des artères urbaines se sont muées en torrents impétueux, des quartiers entiers ont perdu leurs repères, des foyers ont été envahis par la boue et, plus insidieusement, par l’angoisse. L’inondation n’a pas seulement été d’une violence inouïe ; elle a été profondément désorientante, laissant derrière elle non seulement des dégâts matériels considérables, mais surtout une population ébranlée dans ce qu’elle a de plus fondamental : le sentiment de sécurité.

La nouvelle normalité climatique : entre soif et déluge

C’est ici que l’événement dépasse le simple fait divers pour rejoindre une vérité universelle : nous ne vivons plus à l’ère des phénomènes « exceptionnels ». Après des années de sécheresse persistante, de décisions déchirantes concernant la gestion de l’eau, de barrages sous pression et de récoltes menacées, l’eau fait un retour fracassant, concentrée, incontrôlable, dévastatrice. Ce basculement n’est en rien une anomalie passagère ; il esquisse un avenir incertain où un même territoire peut connaître la soif et la crue, la pénurie et l’excès, parfois au sein d’un même cycle saisonnier. Ce n’est pas une contradiction climatique ; c’est, désormais, la nouvelle normalité à laquelle nous devons nous adapter.

Une mobilisation nationale exemplaire face à l’urgence

Dans ce contexte, une vérité doit être énoncée avec clarté, sans emphase superflue, mais sans faux-semblant : face à l’urgence, l’État marocain a répondu présent. Les alertes ont été déclenchées avec célérité, les évacuations menées à bien, et les forces de sécurité, les autorités territoriales, les services de secours et les volontaires ont été mobilisés avec une rapidité décisive. Des vies ont été sauvées. Et dans ces instants critiques, ce ne sont ni les discours grandiloquents ni les polémiques stériles qui priment, mais bien la capacité de décision rapide, le sang-froid des intervenants et un engagement humain total. À ce rendez-vous crucial, les institutions et les femmes et les hommes sur le terrain ont été à la hauteur.

Dès les premières heures, une mobilisation nationale d’une ampleur remarquable s’est déployée. Forces armées royales, Protection civile, police, forces auxiliaires, sapeurs-pompiers, équipes médicales, autorités locales… tous ont œuvré sans relâche, souvent dans des conditions extrêmes, parfois au péril de leur propre sécurité. Et, comme c’est si souvent le cas au Maroc, la société civile a emboîté le pas : associations en première ligne, suivies par des citoyens ordinaires, renforçant une chaîne de solidarité tangible, discrète par moments, mais d’une constance inébranlable.

Au-delà du sauvetage : l’impératif d’une réflexion profonde

Jour et nuit, des opérations de sauvetage, d’évacuation et d’assistance ont permis de mettre à l’abri des milliers de personnes. Derrière ces statistiques, se cachent des gestes d’une précision et d’une humanité bouleversantes : des personnes âgées portées à bout de bras, des enfants extirpés de maisons cernées par les flots, des familles arrachées à leurs foyers non pour être déplacées, mais pour être sauvées. Des infrastructures publiques ont été transformées en refuges temporaires, assurant hébergement, alimentation, soins médicaux et un accompagnement psychologique essentiel. Cette organisation témoigne d’une gestion de crise structurée ; mais elle révèle aussi une compréhension profonde de ce que signifie perdre, en quelques heures, son toit, ses repères, et parfois même son histoire personnelle.

Pourtant, l’essentiel commence souvent lorsque l’actualité s’estompe. Dans l’adversité, le Maroc a démontré une capacité réelle de mobilisation collective. Une solidarité qui ne relève ni de l’autosatisfaction éphémère ni de l’effet d’annonce, mais qui s’inscrit dans des actes concrets et dans la durée. Reste désormais le défi le plus ardu et le plus intrinsèquement politique : celui de transformer l’urgence en une lucidité durable. Car un pays qui sait sauver ses citoyens dans la tempête doit, à présent, apprendre à se préparer au monde qui vient.

L’aménagement du territoire, clé de la résilience

Déjà, les voix familières se font entendre : indignations instantanées, expertises improvisées à distance du danger, une colère numérique souvent plus performative qu’efficace. Elle soulage parfois celui qui la profère, mais ne protège personne. Surtout, elle confond trop souvent la critique nécessaire, celle qui éclaire et qui corrige les défaillances, avec la posture stérile, celle qui accuse sans jamais proposer de solutions constructives. Rappelons alors une évidence que l’émotion tend à occulter : les catastrophes climatiques frappent tous les pays, y compris les plus nantis et les mieux équipés. Elles causent partout des pertes humaines et matérielles inestimables. Le Maroc n’est ni une exception à cette règle implacable ni un angle mort du progrès. Il est, comme les autres nations, exposé à une violence climatique qui dépasse les modèles prévisionnels et met à l’épreuve toutes les certitudes.

Oui, les précipitations ont été d’une intensité rare. Oui, il s’agit indubitablement d’une catastrophe naturelle. Mais s’arrêter à cette seule explication serait une facilité dangereuse. Car si la nature déclenche ces phénomènes, c’est bien l’aménagement du territoire qui en détermine l’ampleur des conséquences. Les zones les plus durement touchées ne sont ni invisibles ni inconnues ; elles figurent depuis longtemps sur les cartes de vulnérabilité, sont documentées dans les études hydrologiques, et sont gravées dans la mémoire collective. Si des habitations, des infrastructures routières et des activités économiques y demeurent exposées, ce n’est pas par fatalité, mais par l’accumulation de décisions, et parfois, par l’empilement de renoncements.

Vers une gestion proactive des risques

Une inondation n’est jamais un accident isolé. Elle est la somme patiente de vulnérabilités accumulées. Certes, la pluie en soi ne tue pas ; mais l’absence de garde-fous, l’urbanisation anarchique et le mépris des équilibres naturels, oui. Les drames surviennent là où l’on a grignoté les zones naturelles d’expansion des crues, là où les oueds ont été traités comme de simples réserves foncières à exploiter, là où la croissance urbaine a été malheureusement confondue avec une urbanisation réfléchie et durable. Nous avons trop souvent oublié que la nature ne « reprend pas ses droits »… elle reprend simplement ce qu’on lui a indûment retiré.

Faut-il, pour autant, suspendre toute réflexion approfondie ? Certainement pas. Mais cette réflexion doit s’engager après l’urgence immédiate, avec méthode, une humilité nécessaire et un sens aigu de la responsabilité. On a longtemps redouté le tsunami, symbole spectaculaire de la peur et de la destruction ; on a beaucoup moins envisagé les crues plus « ordinaires », les arbitrages complexes liés à la gestion des barrages, ou la violence silencieuse de l’eau intérieure lorsqu’elle déborde. Désormais, cette réalité s’impose et exige un travail sérieux et concerté sur la prévention, l’aménagement du territoire et la gestion proactive des risques. C’est pourquoi reconnaître l’engagement héroïque des secours ne doit jamais servir de paravent à l’inaction future. Au contraire, cet hommage sincère nous oblige à penser la suite, car l’illusion la plus tenace des pays en modernisation rapide est de croire que la seule infrastructure suffit. Barrages, digues, canaux… ils sont indispensables, mais ne sauraient remplacer une vision globale et intégrée de notre rapport à l’environnement et aux forces de la nature. Le Maroc doit désormais écrire une nouvelle page de sa résilience, en intégrant pleinement cette nouvelle donne climatique.


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