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Maroc : La Cour des comptes dénonce l’inefficacité criante des politiques publiques territoriales

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La Cour des comptes a levé le voile sur une réalité préoccupante lors de la présentation de son rapport annuel devant le Parlement. Sa présidente, Zineb El Adaoui, a dressé un bilan sans concession des programmes de développement financés par l’État, pointant du doigt un fossé alarmant entre les ambitions affichées et les résultats concrets sur le terrain. Un constat sévère qui appelle à une refonte profonde des méthodes de gouvernance territoriale.

Un Bilan en Demi-Teinte : Quand les Projets s’Enlisent

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et dessinent un tableau peu reluisant de l’exécution des politiques publiques. Les missions de contrôle menées en 2023 par la Cour des comptes révèlent une faible concrétisation des engagements pris :

Des Conventions Royales à la Traîne

Sur les 78 conventions signées sous l’égide royale entre 2008 et 2020, symboles d’une volonté politique forte, seules 32 ont été menées à terme. Si cela représente 41% des programmes en nombre, l’impact financier est dérisoire, ne correspondant qu’à 9% des crédits engagés, soit environ 16,6 milliards de dirhams. Un déséquilibre flagrant qui témoigne d’une dispersion des ressources et d’une exécution déficiente.

Les Programmes de Développement Territorial Intégré : Un Échec Persistant

Depuis 2010, 158 programmes de développement territorial intégré ont été lancés. Pourtant, seuls 41 d’entre eux ont été achevés, soit un maigre 26% en nombre et 14% en valeur financière, pour un coût de 6,3 milliards de dirhams sur une enveloppe globale de 45 milliards. Les contrats-programmes État-régions conclus entre 2020 et 2022 affichent des performances encore plus alarmantes, avec un taux de réalisation de seulement 9%, et l’absence de tout nouveau contrat pour la période 2022-2027 souligne un immobilisme préoccupant.

Les Fissures de la Gouvernance : Identifier les Obstacles

Face à ce constat, la Cour des comptes ne se contente pas de chiffrer les défaillances ; elle en explore les causes profondes, mettant en lumière les dysfonctionnements structurels qui minent l’efficacité de l’action publique.

Une Coordination Insuffisante et des Études Hésitantes

Parmi les facteurs clés, la Cour relève une coordination insuffisante en amont des projets, entraînant des retards significatifs dans la réalisation des études techniques. Cette lacune initiale compromet la solidité des fondations de chaque initiative.

Le Foncier, Nœud Gordien du Développement

La mobilisation du foncier demeure un défi majeur. Les difficultés rencontrées dans l’accès aux terrains nécessaires aux projets, aggravées par l’exploitation illégale des biens publics, freinent considérablement leur déploiement. La Cour plaide avec force pour l’adoption d’une stratégie foncière nationale intégrée, essentielle pour garantir la cohérence des interventions et faciliter l’investissement.

La Déconcentration Administrative : Une Réforme au Ralenti

La mise en œuvre de la Charte de la déconcentration administrative, pourtant présentée comme un pilier de l’efficacité publique, accuse un retard criant. À fin 2024, son taux de réalisation ne dépassait pas 36%, un frein majeur à l’autonomie et à la réactivité des acteurs territoriaux.

Le Potentiel Énergétique : Une Promesse à Concrétiser

Malgré une part de 45,3% des énergies renouvelables dans le mix électrique en 2024, leur contribution réelle à la production nationale stagne à 26,7%. Cette dépendance persistante aux énergies fossiles, couplée aux retards de projets emblématiques comme l’« autoroute électrique » Dakhla-Casablanca (3 gigawatts), appelle à une accélération des investissements dans le solaire et les infrastructures de transport.

L’Appel au Changement : Vers une Nouvelle Génération de Programmes

Zineb El Adaoui a martelé l’urgence d’un changement de paradigme. Il est impératif de rompre avec les « effets d’annonce » et d’ancrer les politiques publiques dans une réalité tangible, alignée sur les capacités et les délais.

Réalisme et Crédibilité : Les Maîtres-Mots

La Cour insiste sur la nécessité de fixer des objectifs réalistes, en adéquation avec les moyens financiers et les capacités d’exécution disponibles. Cette approche est la seule voie pour restaurer la crédibilité de la planification territoriale et, par extension, la confiance des citoyens dans l’action de l’État.

Participation Citoyenne et Évaluation Qualitative : Le Nouveau Cap

En écho aux récentes directives royales, la Cour des comptes appelle à l’avènement d’une nouvelle génération de programmes intégrés. Leur succès reposera sur une préparation rigoureuse, s’appuyant sur des diagnostics territoriaux précis, des données fiables et des objectifs mesurables. Surtout, une réelle implication des parties prenantes et une évaluation qualitative de l’impact réel sur les citoyens et l’économie locale sont jugées indispensables. Il s’agit de dépasser le simple suivi quantitatif pour mesurer la véritable valeur ajoutée de chaque dirham investi.

L’heure est à l’action concrète. Pour que les efforts budgétaires consentis par l’État se traduisent enfin par des résultats tangibles, durables et visibles, une transformation profonde des méthodes et de la gouvernance s’impose, plaçant l’efficacité et l’impact au cœur de chaque initiative de développement.


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