Taux Débiteurs au Maroc : Une Détente en Trompe-l’Œil pour l’Investissement
Dans le paysage économique marocain, les taux débiteurs ont entamé une légère décrue au quatrième trimestre 2025, affichant un taux global de 4,82% selon la récente enquête de Bank Al-Maghrib. Cette statistique, en apparence encourageante, masque cependant une réalité plus complexe et nuancée, où la fluidité des crédits de trésorerie contraste vivement avec la rigidité persistante des financements dédiés à l’investissement et le fardeau accru pour les particuliers et les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME).
Une Baisse Globale, des Disparités Criantes
L’assouplissement monétaire, orchestré par la Banque centrale, commence à infuser l’économie, se traduisant par une baisse de trois points de base (pbs) du taux débiteur global par rapport au trimestre précédent. Sur une année, cette tendance est plus prononcée, le taux passant de 5,08% fin 2025 à son niveau actuel. Mais cette moyenne, tel un voile, dissimule des trajectoires divergentes qui méritent une analyse approfondie.
Crédits de Trésorerie : Le Vent en Poupe
Le principal catalyseur de cette détente globale réside dans les crédits de trésorerie. Leur taux moyen s’est établi à 4,58% au 4e trimestre, marquant un repli significatif tant sur le trimestre qu’en glissement annuel. Cette évolution suggère un environnement de liquidité plus favorable pour les besoins de financement à court terme des entreprises, souvent les premières à bénéficier des ajustements de politique monétaire.
L’Investissement : Un Frein Persistant
Paradoxalement, les crédits destinés à l’équipement, piliers de l’investissement productif, ont vu leur taux remonter à 4,95%. Cette hausse trimestrielle, à contre-courant de la tendance générale, révèle une certaine frilosité des banques face aux projets d’investissement à long terme. Le signal est similaire pour les crédits immobiliers, dont le taux atteint 5,19%. Ce segment est même le seul à afficher une progression sur un an, soulignant les contraintes spécifiques liées à la durée des prêts et à l’évaluation des risques inhérents au marché immobilier.
Crédits à la Consommation : Le Coût Élevé de l’Urgence
Quant aux crédits à la consommation, ils campent sur des positions élevées, avec un taux moyen de 6,89%, stable sur le trimestre. Ce niveau confirme leur statut de financement structurellement plus onéreux, justifié par un risque perçu comme supérieur.
La Fracture du Crédit : Particuliers et TPME Toujours Pénalisés
L’examen par secteur institutionnel met en lumière une segmentation tenace du marché du crédit. Les particuliers continuent de supporter un taux moyen de 5,69%, un écart notable par rapport aux entreprises non financières, qui bénéficient d’un taux de 4,72%. Cette disparité s’explique par une combinaison de facteurs, incluant une différenciation du risque et des structures de garanties moins avantageuses pour les ménages.
Au sein même des entreprises privées, la hiérarchie des taux demeure. Les TPME, souvent considérées comme le moteur de l’économie, empruntent à un taux de 5,22%, tandis que les grandes entreprises bénéficient d’un taux plus compétitif de 4,74%. Si ce différentiel reste significatif, il est à noter une amélioration relative pour les TPME sur un an, leur taux ayant reculé plus fortement que celui des grandes structures. Un signe, peut-être, d’une reconnaissance progressive de leur potentiel, mais qui reste à confirmer.
Conclusion : Un Équilibre Fragile pour l’Avenir
En somme, l’enquête de Bank Al-Maghrib brosse le tableau d’une détente des conditions de financement qui, bien que réelle, est loin d’être uniforme. La baisse du taux global est un signal positif, mais elle ne doit pas masquer les défis persistants pour l’investissement productif et la charge financière qui pèse encore lourdement sur les particuliers et les TPME. La capacité de l’économie marocaine à transformer cette amélioration partielle en une reprise durable de l’investissement sera l’enjeu majeur des trimestres à venir, nécessitant une vigilance constante et des ajustements ciblés de la part des acteurs financiers et des décideurs politiques.
Par Maryem Ouazzani / Les Inspirations ÉCO
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