Le Trésor Marocain : Un Virage Stratégique Vers le Marché Domestique
Rabat, Maroc
– Alors que les chiffres du déficit budgétaire 2025 s’alignent globalement sur les prévisions de la Loi de finances initiale, l’analyse d’Attijari Global Research (AGR) révèle une inflexion majeure dans la stratégie de financement du Trésor marocain. Loin d’une contrainte, ce rééquilibrage audacieux voit le marché domestique s’affirmer comme un pilier central, compensant un recours extérieur plus mesuré, le tout sans compromettre la rigueur budgétaire ni la trajectoire de la dette publique.
Une Gestion Budgétaire Rigoureuse Face aux Défis
L’exercice budgétaire 2025 s’est clôturé sur un déficit de 60,5 milliards de dirhams (MMDH), soit 3,5% du PIB, un résultat en phase avec les anticipations. Cette performance saluable est le fruit d’une excellente tenue des recettes ordinaires, affichant un taux de réalisation de 107%. Les recettes fiscales, en particulier, ont bénéficié d’une dynamique robuste de l’Impôt sur les Sociétés (IS) et de l’Impôt sur le Revenu (IR), tandis que la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) a généré un surplus inattendu. Les recettes non fiscales ont également dépassé les espérances, stimulées par une mobilisation accrue des financements innovants.
Dépenses Maîtrisées, Investissements Prioritaires
Du côté des dépenses, AGR souligne une exécution globalement sous contrôle, avec un taux de réalisation de 107%. Cette apparente stabilité cache cependant des ajustements significatifs. Si les charges liées aux biens et services ont connu une progression notable, la charge de compensation, elle, a enregistré un recul substantiel. Cette combinaison vertueuse a permis au solde ordinaire de surpasser largement les prévisions initiales, offrant à l’État une marge de manœuvre accrue pour ses ambitions d’investissement. En effet, les dépenses d’investissement ont franchi la barre des 125 MMDH en 2025, marquant une hausse par rapport à la Loi de finances et à l’année précédente. Une preuve de la détermination du Royaume à poursuivre ses projets structurants et à soutenir le pouvoir d’achat et l’activité économique, sans dévier de l’équilibre des finances publiques.
Le Marché Intérieur, Nouveau Fer de Lance du Financement
Le besoin de financement net du Trésor s’est établi à 74 MMDH à fin 2025, dépassant de près de 16 milliards la prévision initiale. C’est dans la réponse à ce besoin que réside la véritable surprise. Contrairement à une Loi de finances 2025 qui misait sur un financement majoritairement extérieur, le Trésor a finalement puisé 37,1 MMDH sur le marché domestique, bien au-delà des 6,7 milliards initialement envisagés. Parallèlement, le financement extérieur net s’est limité à 37 MMDH, en deçà des 51,5 milliards anticipés. Le marché intérieur a ainsi couvert près de la moitié du besoin annuel du Trésor, contre seulement 11% prévus, un pivot stratégique dicté par un moindre recours effectif aux financements externes et une capacité d’absorption avérée du marché obligataire local.
Tensions Temporaires sur les Taux, Sérénité Annuelle
Ce basculement vers le marché local n’a pas été sans répercussions sur les conditions de marché. AGR observe une correction haussière des taux obligataires au quatrième trimestre 2025, atteignant des sommets inédits depuis le deuxième trimestre. Cette dynamique s’explique notamment par la prolongation de la pause monétaire de Bank Al-Maghrib et par l’attrait des investisseurs institutionnels pour des actifs plus rémunérateurs. Néanmoins, sur l’ensemble de l’année, la tendance des taux reste globalement baissière. Le reflux des pressions inflationnistes, avec un taux ramené à 0,8% en 2025 (contre 1% en 2024), et la diversification des sources de financement, à l’image d’une émission obligataire internationale réussie de 2 milliards d’euros, ont contribué à contenir l’offre de dette sur le marché local.
Une Dette Publique Sous Contrôle, Gage de Confiance
Malgré l’accroissement de la sollicitation du marché domestique, la trajectoire d’endettement du Trésor demeure parfaitement maîtrisée. Selon les estimations d’AGR, l’endettement global rapporté au PIB devrait légèrement reculer à 67,2% en 2025, contre 67,7% en 2024. La dette intérieure, en proportion du PIB, poursuit sa décrue, tandis que la dette extérieure affiche une progression modérée pour s’établir à 18,1% du PIB. En valeur absolue, la dette du Trésor atteindrait 1 163 MMDH à fin 2025. La part de la dette extérieure, ne dépassant pas 27% de l’endettement total, se situe dans la fourchette de référence de 25% à 30%. Pour AGR, cette structure confirme la soutenabilité de la dette publique et la capacité du Trésor à ajuster ses leviers de financement avec agilité, sans altérer son profil de risque.
L’analyse d’Attijari Global Research met en lumière un Trésor marocain résilient et adaptable, capable de gérer un besoin de financement accru tout en maintenant une discipline budgétaire exemplaire et une trajectoire d’endettement saine. Le renforcement du rôle du marché domestique n’est pas un signe de fragilité, mais plutôt la consécration d’un marché obligataire mature, désormais un acteur incontournable du financement public, dans un environnement macroéconomique qui demeure porteur.
Sanae Raqui / Les Inspirations ÉCO
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