Une mine à ciel ouvert en Afrique, symbolisant la richesse minière du continent et les enjeux des fusions entre géants.
Économie

Mines africaines : L’Échec Glencore-Rio Tinto, un Réconfort Éphémère pour le Continent

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Mines africaines : L’Échec Glencore-Rio Tinto, un Réconfort Éphémère pour le Continent

Par Ismail Saraoui | 9 février 2026

L’annonce, le 5 février 2026, de l’abandon des pourparlers de fusion entre les géants miniers Glencore et Rio Tinto a résonné comme un soupir de soulagement à travers les capitales africaines. Ce projet, qui aurait pu donner naissance à un mastodonte minier aux capacités financières, industrielles et politiques sans précédent, est désormais relégué aux archives des ambitions inabouties. Si cette issue écarte, pour l’heure, le spectre d’une concentration de pouvoir excessive, elle ne doit pas masquer une réalité plus profonde : la dépendance structurelle des économies minières africaines aux caprices des marchés mondiaux et aux stratégies des multinationales reste, elle, intacte.

Détails du Naufrage : Quand les Géants Trébuchent

Le communiqué de Rio Tinto a été sans équivoque : la multinationale « a déterminé qu’il n’est pas possible de parvenir à un accord qui apportera de la valeur à ses actionnaires », mettant un terme définitif à l’idée d’une fusion ou d’un regroupement d’entreprises avec Glencore plc. De son côté, Glencore a pris acte de cette décision, confirmant que Rio Tinto ne lancerait pas d’offre publique d’achat, et se soumettant de facto aux restrictions de la règle 2.8 du Code des offres publiques d’acquisition et de fusion.

Les discussions, qui visaient à forger un titan minier évalué à 240 milliards de dollars, ont buté sur des divergences fondamentales. Au cœur de l’impasse : la valorisation relative des deux entités et la gouvernance de l’hypothétique nouvel ensemble. Des sources proches du dossier, relayées par Reuters, indiquent que Rio Tinto aurait jugé « trop ambitieuse » la demande de Glencore de conserver environ 40% du capital. Un partage plus proche de 62-38 en faveur de Rio Tinto semblait être la voie privilégiée, offrant aux actionnaires de Glencore une prime de 30%.

Comme le souligne Iain Pyle, gestionnaire de placements chez Aberdeen, « la logique stratégique était toujours évidente, mais parvenir à un accord sur la valorisation s’avérait sans doute trop complexe ».

L’Afrique, Acteur Malgré Elle : Entre Menace et Réalité Persistante

Pour de nombreux pays africains, riches en ressources stratégiques telles que le cuivre, le cobalt, le fer, la bauxite ou le charbon, cette annonce a été accueillie avec un soulagement palpable. Elle éloigne, du moins temporairement, la menace d’un acteur unique et omnipotent, capable d’imposer ses volontés aux États comme aux marchés. Cependant, cette accalmie est un leurre. L’échec de ce projet de fusion, le troisième en une décennie, ne fait que mettre en lumière une vérité immuable : la dépendance profonde des économies minières africaines aux décisions des géants mondiaux du secteur et aux dynamiques géopolitiques internationales.

Glencore-Rio Tinto : Un Colosse Trop Grand pour le Monde ?

Contacté par Challenge, l’économiste Ivoirien Samuel Mathey analyse : « Si la fusion entre Glencore et Rio Tinto n’a jamais abouti, ce n’est pas faute d’intérêt stratégique. Ensemble, les deux groupes auraient constitué un colosse minier contrôlant une part déterminante des chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment sur les métaux essentiels à la transition énergétique. Cuivre chilien, cobalt congolais, fer australien, charbon sud-africain : l’ensemble aurait renforcé une capacité d’influence considérable sur les prix, les volumes et les investissements ».

Il poursuit en détaillant les obstacles : « Mais ce projet s’est heurté à plusieurs obstacles majeurs. D’abord, les craintes des autorités de régulation, notamment en Europe et en Amérique du Nord, face à un risque manifeste de position dominante. Ensuite, les divergences stratégiques internes, entre un Glencore historiquement plus agressif et tourné vers le trading, et un Rio Tinto soucieux de préserver une image plus institutionnelle et durable. Enfin, le contexte géopolitique mondial — tensions commerciales, rivalités sino-occidentales, instabilité des marchés des matières premières — a rendu l’opération politiquement sensible ».

Pour l’Afrique, cette fusion aurait signifié un changement d’échelle inquiétant : un interlocuteur unique, surpuissant, face à des États souvent fragmentés, financièrement dépendants et institutionnellement vulnérables.

Un Réconfort Illusoire : Les Chaînes Invisibles de la Dépendance

Le répit, une courte pause

L’échec de la fusion a, certes, temporairement épargné plusieurs pays africains producteurs de ressources stratégiques. La République démocratique du Congo, la Zambie, l’Afrique du Sud, la Guinée ou encore le Mozambique évitent, pour l’instant, de négocier avec un acteur hégémonique capable de redéfinir unilatéralement les règles du jeu. À titre d’exemple, l’échec de ce rapprochement préserve temporairement le pouvoir de négociation de Kinshasa sur les redevances et les clauses de responsabilité sociétale des entreprises.

La permanence de l’influence

Mais cette situation ne doit pas masquer l’essentiel : les mêmes groupes restent présents, puissants et structurants, même sans fusion. Glencore continue de peser lourdement sur le cobalt et le cuivre congolais. Rio Tinto conserve une position clé sur la bauxite guinéenne et le fer. Leur influence sur les politiques minières, les régimes fiscaux et les normes environnementales demeure considérable.

Le souverainisme minier à l’épreuve

Par ailleurs, même si de plus en plus de pays africains tentent de reprendre la main – par la renégociation des contrats, l’instauration de codes miniers plus stricts, des exigences de transformation locale, ou une participation accrue de l’État – ces politiques se heurtent à des contraintes fortes : besoin de capitaux, dépendance technologique, pression des marchés financiers et arbitrages juridiques internationaux. Il est à noter que le souverainisme minier, ou « nationalisme des ressources », n’est pas un phénomène nouveau sur le continent. John Magufuli, ancien président de Tanzanie (2015-2021), avait déjà déclaré une « guerre économique » aux opérateurs miniers, les accusant de piller le pays. Dans un schéma similaire, le Mali a adopté trois lois en 2017, engageant un bras de fer avec Acacia Mining, filiale de Barrick Gold.

L’Avenir Minier Africain : Entre Autonomie et Nouvelle Servitude Énergétique

En somme, l’échec de la fusion Glencore-Rio Tinto offre à l’Afrique un répit, mais un répit de courte durée, un simple sursis. La quête mondiale pour les ressources critiques, exacerbée par la transition énergétique, continue de remodeler les dynamiques extractives. Le continent se trouve à la croisée des chemins, entre l’aspiration légitime à une souveraineté économique accrue et la réalité d’une dépendance persistante face à des acteurs mondiaux dont les stratégies, qu’elles soient de fusion ou de concurrence, continueront d’influencer profondément son destin minier.


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