L’Éveil d’une Conscience: La Rencontre avec la Souffrance Animale
Au début des années 1920, alors que le Maroc, l’Algérie et la Tunisie vivaient sous l’ombre des protectorats et de la colonisation, une Écossaise au grand cœur, Kate Hosali, et sa fille Nina, entreprirent un voyage qui allait changer le destin de milliers d’animaux de trait. Ce qui devait être six mois de vacances idylliques en Afrique du Nord se transforma en une révélation poignante : derrière la beauté pittoresque des paysages de l’Atlas et des souks animés, se cachait une réalité brutale de souffrance animale, celle des mulets et des ânes, piliers silencieux de l’économie rurale, souvent épuisés et maltraités.
De Glasgow au Maghreb: Une Vocation Inattendue
Kate Hosali, 44 ans, assistante d’un éminent mathématicien et physicien à Glasgow, et sa fille Nina, 23 ans, étudiante brillante en sciences et mathématiques, n’étaient pas destinées à devenir les pionnières de la cause animale au Maghreb. Pourtant, la détresse des bêtes de somme qu’elles rencontrèrent les poussa à abandonner leur vie en Écosse pour une mission humanitaire audacieuse. Leur objectif : élaborer un plan concret pour alléger le fardeau de ces animaux et sensibiliser leurs propriétaires à de meilleures pratiques.
La Naissance de la SPANA: Un Engagement Pionnier
De retour au Royaume-Uni, animées par une détermination inébranlable, Kate et Nina mirent au point une méthodologie rigoureuse. En 1923, leur vision prit forme avec la création de la Société pour la Protection des Animaux en Afrique du Nord (SPANA). Un partage des rôles s’imposa : Nina resta à Londres, assumant la tâche cruciale de la collecte de fonds, tandis que Kate, avec un courage admirable, retourna seule au Maghreb pour concrétiser leur œuvre sur le terrain.
Kate Hosali, la « Toubiba » du Cœur
Dès 1923, Kate Hosali s’est lancée dans son travail en Algérie, sillonnant les médinas, les souks et les fondouks. Armée de ses connaissances et de sa compassion, elle prodiguait des soins essentiels aux animaux blessés, soignant leurs plaies infectées et soulageant leurs souffrances. Sa dévotion et son efficacité lui valurent rapidement le respect et l’affection des populations locales, qui la surnommèrent affectueusement la «toubiba» – la femme médecin. Son action s’étendit ensuite au Maroc dès 1925, où elle continua de transformer la vie des animaux de trait, essentiels à l’économie rurale.
Les Épreuves de la Guerre: Une Mission Sous Pression
L’élan de la SPANA fut brutalement freiné par les turbulences de la Seconde Guerre mondiale. Entre 1939 et 1945, les mouvements et activités de l’association devinrent de plus en plus complexes. La situation s’aggrava en 1940 lorsque, comme le rapporte Sue Young Histories, «les animaux de tous âges ont été mis au service des armées, même les plus âgés ou malades». Sous le régime de Vichy, qui contrôlait alors le Maroc, la Tunisie et l’Algérie, la communication avec Londres fut entravée, et les restrictions britanniques sur l’exportation de la livre sterling réduisirent drastiquement les financements de la SPANA. Le personnel local fut contraint de vendre du matériel pour maintenir les soins, tandis que les aides de Nina depuis Londres se firent rares. En 1944, à l’âge de 67 ans, Kate Hosali succomba à un arrêt cardiaque, laissant derrière elle une œuvre immense et un combat inachevé.
L’Héritage Perpétué: Nina Hosali et l’Expansion de la SPANA
La disparition de Kate aurait pu signifier la fin de la SPANA, mais la détermination de sa fille Nina, héritière de cette noble cause, permit à l’organisation de renaître de ses cendres. Au lendemain de l’indépendance du Maroc en 1956, la SPANA se positionna comme un acteur majeur de la protection animale, prenant en charge des refuges et étendant son action. L’ONG créa des cliniques vétérinaires modernes, ouvrit des refuges pour chiens et chats, et développa des centres hospitaliers spécialisés, tout en apportant son soutien à d’autres organismes de défense animale.
Un Protocole d’Avenir: Ancrage et Diversification
En 1986, un jalon important fut posé : les antennes britannique et marocaine de la SPANA signèrent un protocole d’accord sous l’égide du ministère marocain de tutelle. Ce programme global, comme le précise le site de la SPANA Maroc, intègre désormais «les activités traditionnelles, la prise en charge des animaux domestiques, l’éducation environnementale et la préservation de l’environnement». Nina Hosali, après avoir assuré la pérennité de l’œuvre de sa mère et la sienne, s’éteignit un an plus tard, en 1987. Aujourd’hui, la SPANA, forte de cinq centres au Maroc et de cliniques vétérinaires mobiles, continue de dispenser des soins vitaux, avec plus de 60 000 traitements prodigués aux animaux de trait à travers le pays, témoignant de l’impact durable de deux femmes visionnaires.
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