Corruption au Maroc : Azeddine Akesbi alerte sur une banalisation dangereuse et l’urgence d’une volonté politique
Rabat, le 8 février 2026
– Dans un entretien exclusif accordé à Amine Messaoudi, Azeddine Akesbi, éminent professeur d’économie, consultant et spécialiste de l’éducation et de l’économie de l’emploi, tire la sonnette d’alarme. Connu pour son engagement indéfectible en faveur de la transparence et de la lutte contre la corruption, l’auteur de l’ouvrage récent « Corruption et rente » (Editions Afrique Orient) souligne l’existence de « méthodes scientifiques pour approcher et estimer les coûts exorbitants des conséquences de la corruption ». Il met en garde contre la banalisation d’un fléau qui, bien que n’étant plus un tabou au Maroc, menace désormais de s’ancrer davantage dans le tissu social et économique du pays.
Transparency Maroc : Trois Décennies d’un Combat Acharné Face à une Corruption Systémique
À l’occasion du 30ème anniversaire de Transparency Maroc, une association née en 1996 dans un climat national et politique particulièrement difficile, marqué par de graves violations des droits humains, Azeddine Akesbi revient sur le parcours semé d’embûches de cette organisation. Pendant huit longues années, Transparency Maroc a dû faire face à une hostilité institutionnelle flagrante, son existence même en tant qu’association étant refusée. À cette époque, la corruption était un sujet nié, un tabou absolu pour les pouvoirs publics.
Malgré ces écueils, Transparency Maroc et l’ensemble de la société civile ont mené un travail colossal. De nombreuses études ont été réalisées, des indicateurs de mesure suivis en continu, et des enquêtes sur le système national d’intégrité ont permis d’acquérir une connaissance approfondie de la situation. Des plaidoyers inlassables ont été portés pour l’application de la Convention des Nations-Unies contre la corruption, notamment en ce qui concerne la mise en place d’une agence de lutte dédiée, la déclaration de patrimoine, la loi d’accès à l’information et la protection des témoins.
Un jalon majeur fut l’élaboration d’une stratégie nationale de lutte contre la corruption, passée d’un mémorandum associatif présenté au Premier Ministre Abderrahmane Youssoufi à une formulation officielle autour de 2015. Ce chemin, jalonné par l’engagement de figures remarquables telles que Sion Assidon, Michèle Zirari, Aziz Nouidy et Abderrahim Berrada, a conduit à un constat sans appel : le Maroc est confronté à une corruption systémique qui gangrène pratiquement toutes les sphères de la vie économique, sociale, judiciaire et politique. Un constat corroboré par plus de 25 ans de suivi d’indicateurs et d’enquêtes, révélant la faiblesse et l’inefficacité du dispositif législatif et institutionnel actuel.
Le professeur Akesbi insiste sur le caractère profondément politique de cette corruption, ancrée dans le fonctionnement même du système politique et de ses institutions. Elle constitue, selon lui, un pilier essentiel de la régulation du système, intimement liée à la rente économique et politique, ce qui rend sa lutte particulièrement ardue. L’illusion de pouvoir la juguler par de simples lois ou mécanismes techniques, sans une volonté politique réelle et manifeste, est, d’après l’expert, une erreur fondamentale.
L’Opacité : Bouclier des Rentiers et Frein au Développement
Abordant la question de la « non-transparence économique », Azeddine Akesbi la décrit comme une condition vitale pour la prospérité de l’économie de rente et de corruption. La société civile, et Transparency Maroc en particulier, a milité sans relâche depuis 2013 pour une application rigoureuse de l’article 27 de la Constitution, garantissant le droit d’accès à l’information. Cependant, la loi adoptée s’est avérée restrictive, faible et, surtout, largement non appliquée, y compris dans ses dispositions proactives qui imposent à l’État la publication de catégories d’informations (art. 10).
Cette réticence à la transparence s’explique, selon Akesbi, par la nécessité pour les rentiers politiques et économiques de maintenir l’opacité pour protéger leurs « commissions » et leurs intérêts colossaux. L’obscurité est le terreau fertile d’un système qui favorise les privilégiés et leurs clients, au détriment flagrant de l’investissement productif et de la création de richesse. Il rappelle que les expériences internationales de développement durable ont toutes misé sur un investissement massif dans l’éducation et le capital humain, un domaine où le Maroc a malheureusement « raté sa réforme du système d’éducation » et reste « empêtré dans des déperditions scolaires massives et un système éducatif qui est loin d’assurer un enseignement de qualité ».
Marchés Publics et Mondial 2030 : Un Test de Transparence Crucial
La question de la corruption dans les marchés publics est un point névralgique, comme le souligne Azeddine Akesbi. C’est le domaine par excellence où les transactions illicites se nouent, et la transparence y est plus que jamais essentielle. À l’approche de la Coupe du Monde de football en 2030, avec le lancement de nombreux chantiers d’envergure, la vigilance est de mise. L’expert insiste sur la nécessité d’une transparence irréprochable pour éviter que ces projets ne deviennent de nouvelles opportunités pour la corruption, compromettant ainsi les bénéfices potentiels pour le développement du pays.
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