Berrechid, Épicentre Mondial des Vertébrés Primitifs : Le Maroc Rayonne sur la Scène Paléontologique
Le Maroc s’est récemment hissé au rang de capitale mondiale des vertébrés primitifs, en accueillant avec brio la 18e édition du prestigieux Symposium International sur les Vertébrés Précoces et Inférieurs (ISELV). Cet événement scientifique majeur, qui réunit depuis 1967 les sommités de la paléontologie planétaire, a marqué une première historique pour le continent africain en se tenant à l’École Supérieure de l’Éducation et de la Formation (ESEF) de Berrechid. Plus de 103 chercheurs, venus de 21 nations, ont convergé vers cette ville emblématique de la région de Casablanca-Settat pour partager les fruits de leurs recherches sur l’évolution fascinante des premiers vertébrés.
Un Vote Unanime : La Consécration d’Années de Découvertes
Le choix de Berrechid n’est pas le fruit du hasard, mais la juste récompense d’un travail acharné et de découvertes majeures réalisées par les équipes marocaines. Lors de la précédente édition à Rimouski et Miguasha (Canada), la communauté scientifique internationale a plébiscité le Maroc à l’unanimité. « La totalité, sans exception, la totalité des chercheurs qui étaient présents là-bas ont voté le Maroc », confirme Abdelouahed Lagnaoui, professeur de paléontologie des vertébrés à l’ESEF Berrechid et l’une des chevilles ouvrières de cette réussite. Deux années de préparatifs intenses ont été nécessaires pour concrétiser cette marque de confiance.
Le Maroc, un « Paradis Géologique » Révélé
Rachid Arraïchi, directeur de l’ESEF Berrechid, exprime la fierté de cette reconnaissance : « Si le Maroc l’accueille aujourd’hui, c’est un honneur extrême. Cela prouve que le Maroc a sa place par rapport à cette thématique. » Le pays est unanimement qualifié de « paradis géologique » par les participants, une appellation qui prend tout son sens face à la richesse exceptionnelle de son patrimoine fossile, véritable livre ouvert sur des millions d’années d’histoire biologique.
Le Requin du Maghreb : Une Découverte Époustouflante
L’équipe de recherche de l’ESEF a joué un rôle prépondérant dans cette consécration, notamment grâce à la mise au jour d’un spécimen unique : un requin primitif vieux de plus de 380 millions d’années. Ce prédateur des mers dévoniennes, endémique au Maroc, se distingue par un système sensoriel nasal sophistiqué. « C’est à partir de ce système qu’il détecte les proies et les orientations », précise le professeur Lagnaoui. Baptisé
Maghriboselach Mohamezani, en hommage au Maghreb et à un collaborateur local, ce fossile incarne l’excellence de la recherche marocaine.
Cinq Jours au Cœur de l’Évolution : Conférences et Explorations
Le symposium s’est déroulé sur cinq journées riches en échanges. Conférences plénières, ateliers spécialisés, sessions de posters et tables rondes ont rythmé les débats, explorant des thématiques variées allant de l’anatomie comparée à la paléoclimatologie et la paléogéographie. L’objectif principal : décrypter les mécanismes évolutifs des vertébrés primitifs, comprendre le développement ou l’atrophie de leurs organes, et analyser les écosystèmes dans lesquels ils ont prospéré.
Des Lumières de la Paléontologie au Rendez-vous
Parmi les figures emblématiques présentes, l’Australien John Long, auteur de plus de 200 articles et d’une vingtaine d’ouvrages, a captivé l’audience avec sa conférence publique, fidèle à la volonté du symposium de « faire sortir l’information vers le public ». Christian Klug, de l’Université de Zurich, et l’Australienne Alice Clement ont également marqué cette édition. M. Klug a même contribué à la nomenclature paléontologique marocaine en nommant certains placodermes « Amazighthys », en un vibrant hommage à la culture amazighe.
Immersion au Cœur du Patrimoine Géologique Marocain
Au-delà des discussions en salle, le symposium a offert deux excursions inoubliables. La première, en amont du congrès, visait à « faire la promotion du patrimoine géologique, paléontologique et culturel du Maroc ». La seconde, post-congrès, a conduit les chercheurs dans l’Anti-Atlas oriental pour une exploration approfondie de plusieurs jours. Rachid Arraïchi insiste sur l’importance de cette approche concrète : « On a vu, on a su, on a la connaissance, il faut maintenant y aller voir de près. »
Ces expéditions ont permis de découvrir des trésors tels que des empreintes de tétrapodes du Permien dans le bassin d’Argana et des systèmes de terriers creusés par des vertébrés il y a des centaines de millions d’années, témoignant des stratégies de survie face aux crises climatiques ancestrales.
Une Diplomatie Scientifique au Service du Rayonnement National
Cet événement dépasse la simple production de connaissances pour revêtir une dimension stratégique. Rachid Arraïchi parle de « diplomatie scientifique », soulignant la capacité du Maroc à « promouvoir scientifiquement son pays ». La présence de chercheurs de multiples nationalités (américains, canadiens, portugais, espagnols, français, belges, australiens, asiatiques) en est la preuve éclatante.
L’ESEF Berrechid, jeune institution dynamique, entend capitaliser sur ce succès. Avec deux laboratoires de recherche dédiés aux sciences de l’éducation et aux sciences sociales et humaines, elle nourrit l’ambition de créer un musée paléontologique, un projet qui « constituera une valeur ajoutée pour notre pays » en rassemblant des collections locales et internationales.
Le Maroc, Carrefour Ancestral des Migrations Animales
Les recherches présentées ont également mis en lumière le rôle géostratégique du Maroc dans l’histoire de la vie. Les analyses des empreintes de tétrapodes du Permien révèlent que le Royaume fut une véritable passerelle entre l’Afrique, l’Amérique du Nord et l’Europe. « Le Maroc était une porte nord-sud et est-ouest pour les échanges fauniques durant le Permien », explique Abdelouahed Lagnaoui. Cette position de carrefour biogéographique explique la diversité exceptionnelle des fossiles découverts dans les formations géologiques du pays, confirmant Berrechid comme un haut lieu de la paléontologie mondiale.
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