Vue aérienne de vastes champs agricoles inondés dans la région du Gharb au Maroc, avec des cultures submergées par l'eau boueuse, reflétant l'impact dévastateur des pluies diluviennes sur l'agriculture locale.
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Maroc : Le Déluge Révèle la Fragilité Agricole du Gharb et du Loukkos – Un Choc Imminent pour la Souveraineté Alimentaire

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Le Maroc sous les Eaux : Un Coup Dur pour le Grenier National

Pluies diluviennes, sols gorgés d’eau, cultures asphyxiées et élevage fragilisé : les régions du Gharb et du Loukkos, véritables poumons agricoles du Maroc, se trouvent aujourd’hui au cœur d’une crise sans précédent. Alors que l’étendue exacte des dégâts reste à évaluer, les experts et professionnels du secteur tirent déjà la sonnette d’alarme, craignant une campagne céréalière lourdement compromise et des pertes substantielles dans des filières cruciales. Au-delà de l’urgence immédiate, cet épisode climatique extrême met en lumière la vulnérabilité structurelle de l’agriculture marocaine et relance avec force le débat sur la nécessité vitale des « autoroutes de l’eau » pour garantir la souveraineté alimentaire du pays.

Plusieurs zones ont été submergées par les crues dans le Gharb. Ph. Saouri

Saïd Naoumi | 05 Février 2026 à 20:50

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L’Étendue des Dégâts : Quand l’Excès d’Eau Devient Fléau

Céréales et Cultures sous Serres : Des Pertes Inévitables

L’ingénieur agronome Abdelmoumen Guennouni ne mâche pas ses mots : les excédents pluviométriques records enregistrés dans le Gharb et le Loukkos ont déjà causé des dommages considérables. « Les céréales ne supportent absolument pas l’excès d’eau. Avec la forte pluviométrie qui a touché l’ensemble du nord du Royaume, de vastes superficies de céréales sont malheureusement décimées », explique-t-il. Les intempéries n’ont pas épargné les cultures sous serres, notamment les fruits rouges, dont les infrastructures ont été endommagées par les violentes rafales de vent.

L’Élevage en Péril : Une Chaîne d’Approvisionnement Fragilisée

Le secteur de l’élevage est également durement touché. Les zones inondées du Gharb devraient révéler un bilan lourd en termes de pertes de cheptel. Plus encore, l’approvisionnement en aliments pour le bétail s’annonce problématique, les stocks d’ensilage et de foin des exploitations sinistrées ayant été gravement endommagés. Par ailleurs, les perturbations climatiques ont mis à l’arrêt des activités essentielles comme le désherbage des champs céréaliers et la préparation des sols pour les cultures printanières, aggravant un tableau déjà sombre. M. Guennouni anticipe ainsi une campagne céréalière quasi nulle dans le Nord, bien que l’évaluation officielle du ministère de l’Agriculture soit attendue pour confirmer l’ampleur réelle de la catastrophe.

Le Secteur des Fruits Rouges : Un Export en Sursis

La situation est particulièrement critique dans le bassin du Loukkos, où la filière des fruits rouges, pilier de l’exportation agricole marocaine, est en souffrance. Plus de 20% des serres ont été endommagées et 10 à 15% des exploitations sont directement touchées par les inondations. À cela s’ajoute une pénurie de main-d’œuvre, consécutive aux évacuations massives à Ksar El Kébir, entravant les réparations et la récolte. L’offre destinée à l’exportation pour les semaines à venir est ainsi sérieusement compromise, menaçant des marchés déjà établis.

L’Appel à la Prudence et à l’Évaluation : La Voix de la Comader

Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader), tempère l’alarme d’une « année blanche », soulignant la nécessité d’une évaluation rigoureuse. « Il est encore trop tôt pour se prononcer. L’impact dépendra de l’ampleur et surtout de la durée de la stagnation de l’eau. Si l’eau se retire rapidement, les dégâts pourraient être contenus. En revanche, une submersion prolongée entraînerait l’asphyxie et la mort des plantes », explique-t-il. Bien qu’une partie significative des cultures céréalières et des fruits rouges ait subi un « impact notable », M. Benali insiste sur le fait que les dommages restent, pour l’heure, « limités », en attendant une remontée plus fine des informations du terrain.

Les « Autoroutes de l’Eau » : D’une Solution Anti-Sécheresse à un Impératif de Résilience

Cette crise met cruellement en évidence l’urgence des projets d’interconnexion hydrique entre le nord et le sud du pays. Initialement conçues pour lutter contre la sécheresse chronique, ces « autoroutes de l’eau » se révèlent aujourd’hui indispensables pour la gestion des inondations. « Si les excédents hydriques du Nord avaient pu être transférés vers des barrages aujourd’hui presque à sec, comme celui d’Al-Massira, des dizaines de milliers d’hectares auraient pu être sauvés dans des régions comme les Doukkala ou la Chaouia », rappelle Rachid Benali. Il martèle que ces infrastructures ne sont plus un luxe, mais une « nécessité vitale pour notre souveraineté alimentaire », offrant une double réponse aux défis climatiques du Maroc.

Perspectives et Stratégies d’Adaptation

Face à cette situation, la priorité absolue est l’évaluation précise des dégâts pour permettre la mise en place de mesures de soutien ciblées. M. Benali évoque la possibilité d’adapter le calendrier cultural, en remplaçant les cultures d’automne perdues par des cultures de printemps. La région du Gharb, connue pour sa polyvalence, pourrait également se tourner vers des alternatives comme la culture du riz. L’évolution de la situation sur le terrain dans les prochains jours sera déterminante pour affiner ces stratégies.

Le Gharb, un Trésor Agricole du Royaume Porté par l’Eau et la Diversité des Sols

La région du Gharb, avec son climat méditerranéen caractérisé par des hivers doux et humides et des étés chauds et secs, bénéficie d’un régime pluviométrique supérieur à la moyenne nationale. Elle est dotée de ressources hydriques parmi les plus importantes du pays, ce qui en fait une zone agricole d’une richesse inestimable, aujourd’hui confrontée à la dure réalité des extrêmes climatiques.


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