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Crues et pluies extrêmes : quels dégâts agricoles après des cumuls dépassant 200 mm ?

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Le Maroc face aux crues : quand la générosité du ciel se mue en défi agricole

Les récentes intempéries qui ont balayé plusieurs régions du Maroc, avec des cumuls pluviométriques dépassant les 200 mm, ont laissé derrière elles un paysage agricole contrasté. Si l’eau est une bénédiction tant attendue pour les réserves hydriques du royaume, elle a également engendré des dégâts considérables, notamment dans les plaines fertiles de Sidi Kacem et du Gharb. Des parcelles entières ont été submergées, des cultures dévastées et, tragiquement, des pertes de cheptel ovin ont été signalées. Des images poignantes, relayées sur les réseaux sociaux, témoignent de fermes englouties sous plus d’un mètre d’eau et de champs transformés en lacs boueux.

Au-delà des pertes matérielles immédiates, les experts alertent sur les difficultés d’accès aux zones rurales encore inondées, entravant les secours, les traitements phytosanitaires essentiels et même les opérations de récolte. Une situation qui met en lumière la vulnérabilité d’une agriculture face aux chocs climatiques extrêmes.

L’impact direct : des champs noyés, des récoltes inaccessibles

Le paradoxe de l’eau : bienfait pour les réserves, fléau pour les sols

Pour Riad Ouhtita, expert agricole, ces phénomènes s’inscrivent dans la réalité d’un pays semi-aride, habitué à l’alternance entre sécheresses prolongées et épisodes de pluies intenses. Certes, ces précipitations sont vitales pour recharger les barrages et les nappes phréatiques, mais leur intensité peut se révéler dévastatrice. L’excès d’eau sature les sols, favorisant le développement d’affections fongiques, et rend l’accès aux exploitations quasi impossible.

Quand la logistique défie la récolte et les prix

Dans de nombreux périmètres maraîchers, la main-d’œuvre est empêchée d’atteindre les cultures gorgées d’eau – pommes de terre, oignons, carottes – pour les traiter ou les récolter. Cette entrave logistique explique pourquoi l’abondance des pluies ne se traduit pas immédiatement par une baisse des prix à la consommation. Des récoltes sont perdues, d’autres restent bloquées, et la pénurie de main-d’œuvre aggrave encore la tension sur les marchés.

Face à cette variabilité climatique croissante, l’expert insiste sur l’impératif de la modernisation agricole. La mécanisation et l’agriculture intelligente, avec l’intégration de capteurs d’humidité et de drones, deviennent des outils indispensables pour assurer la continuité des opérations, même en l’absence d’accès direct aux parcelles.

Un bilan hydrique positif malgré des pertes localisées

La nature reprend ses droits, l’élevage respire

Malgré les scènes de désolation, Taher Srairi, enseignant à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, rappelle l’importance capitale de ces pluies pour le Maroc, après plusieurs années de sécheresse. Elles sont synonymes de reconstitution du couvert végétal, de recharge des nappes phréatiques surexploitées et du retour salvateur des pâturages pour l’élevage, marquant un retour progressif vers une forme de normalité agricole.

Cultures d’exportation touchées, mais capacité de rattrapage

Cependant, le Gharb a payé un lourd tribut, notamment pour des cultures à forte valeur d’exportation comme l’avocat, la fraise ou la framboise, entraînant des pertes économiques non négligeables. L’expert tempère néanmoins en soulignant la capacité de rattrapage saisonnier du secteur, notamment grâce aux cultures de printemps (tournesol, riz, etc.) qui pourront bénéficier de l’abondance hydrique actuelle.

Prévention et adaptation : les clés de la résilience future

Un cycle naturel à maîtriser

Les inondations qui ont frappé les plaines du Gharb et du Loukkos s’inscrivent dans un cycle naturel historique, avec des crues majeures survenant périodiquement tous les quinze à vingt ans. Ces phénomènes sont amplifiés par l’influence du Rif et du Moyen Atlas, véritables châteaux d’eau du pays.

Au-delà du constat, l’urgence est à la prévention. Les leviers d’action sont clairs :

  • L’aménagement des bassins versants.
  • La reforestation en amont pour freiner l’écoulement des eaux.
  • La préservation du couvert végétal pour limiter l’intensité des crues en aval.

La déforestation, notamment dans les zones montagneuses, accélère malheureusement la descente des eaux vers les plaines, amplifiant les inondations. Ces événements soulignent l’impératif d’intégrer pleinement le changement climatique dans les politiques publiques agricoles, forestières et d’aménagement du territoire. Le Maroc, à l’instar de nombreux pays, même les plus développés, est confronté à une nouvelle réalité : la hausse des températures, la multiplication des sécheresses, mais aussi l’intensification des pluies extrêmes.

Conclusion : Vers une agriculture marocaine résiliente

Si les crues récentes ont engendré des pertes agricoles réelles et parfois spectaculaires, elles rappellent une vérité structurelle : dans un climat de plus en plus contrasté, l’enjeu n’est plus seulement la rareté de l’eau, mais aussi la gestion de ses excès. Entre destructions ponctuelles, bénéfices hydriques à moyen terme et nécessité d’une adaptation profonde, l’agriculture marocaine entre dans une ère où la résilience climatique est la condition sine qua non de sa durabilité.


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