Une carte stylisée de l'Afrique du Nord, avec des flèches et des graphiques superposés symbolisant la croissance économique et les défis, reflétant les projections de la Banque Mondiale.
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Afrique du Nord : Une Croissance à Deux Vitesses, entre Résilience Fragile et Défis Structurels, selon la Banque Mondiale

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Afrique du Nord : Une Croissance à Deux Vitesses, entre Résilience Fragile et Défis Structurels

Rabat

, le 4 février 2026

– Les dernières analyses de la Banque Mondiale concernant les perspectives économiques de l’Afrique du Nord pour 2026-2027 révèlent un tableau contrasté. Si l’institution de Bretton Woods évoque une « résilience » globale, elle souligne également une asymétrie profonde et une fragilité persistante des économies régionales.

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décrypte ce nouveau rapport, véritable baromètre des défis et opportunités qui attendent le Maghreb et ses voisins.

« Année après année, la capacité de l’économie mondiale à générer de la croissance s’érode, alors que sa résilience face à l’incertitude des politiques publiques semble se renforcer », observe Inderjit Gill, économiste en chef et premier vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour l’Économie du développement. C’est dans ce contexte global d’incertitude que s’inscrit le focus de la Banque mondiale sur la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord).

Le Paradoxe d’une Croissance Modeste mais Inégale

Les projections de la Banque mondiale pour 2026 et 2027 dessinent une trajectoire économique pour l’Afrique du Nord et certains pays clés du Moyen-Orient marquée par une croissance globale modeste mais en amélioration, atteignant 3,6% en 2026 et 3,9% en 2027. Cependant, cette moyenne régionale masque des réalités nationales profondément divergentes et des défis structurels majeurs, particulièrement pour les économies africaines de la région.

Le rapport explique que « l’activité dans la région MENA s’est cependant raffermie, principalement grâce à la hausse de la production pétrolière dans les pays exportateurs de pétrole et au dynamisme du secteur privé dans les pays importateurs de pétrole. Au sein des exportateurs de pétrole, la production d’or noir des grands pays pétroliers a augmenté à un rythme plus rapide qu’annoncé début 2025, tandis que la croissance de l’activité non pétrolière a bien résisté, en particulier dans les pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG). »

Regards Croisés sur les Économies Maghrébines

L’examen détaillé des prévisions de croissance par pays révèle une hiérarchie claire et des dynamiques sous-jacentes préoccupantes pour l’Afrique du Nord :

  • Égypte : Le Phare de la Croissance. Le pays des pharaons se distingue avec des taux de croissance projetés à 4,3% en 2025/26 et 4,8% en 2026/27. Cette performance est attribuée à un rebond significatif des exportations nettes, à une consommation privée robuste stimulée par la baisse de l’inflation et à un assouplissement des conditions financières mondiales.
  • Maroc : Une Dynamique Solide, mais un Léger Frein. L’économie marocaine, après une excellente année 2025 (estimée à 5% grâce à une reprise agricole), affiche une croissance robuste mais en léger ralentissement, se stabilisant à 4,4% en 2026 et 2027. Le royaume maintient néanmoins une trajectoire positive.
  • Libye : Un Rebond Spectaculaire, une Fragilité Latente. La Libye connaît un rebond spectaculaire, bien que précaire, avec une croissance qui devrait se stabiliser à 3,5% en 2026 et 3,9% en 2027. Ce sursaut fait suite à un pic estimé à 13,3% en 2025, directement lié à la reprise de la production pétrolière après des années de conflit.
  • Tunisie : La Quête d’un Nouvel Élan. La Tunisie, quant à elle, peine à retrouver une trajectoire vigoureuse, affichant les taux de croissance les plus faibles du groupe après l’Algérie, avec 2,5% en 2026 et 2,2% en 2027, malgré de légères révisions positives.

Derrière cette moyenne régionale se cache une réalité bien plus contrastée. Si certains pays affichent des performances solides, d’autres peinent à sortir d’une croissance molle, insuffisante pour absorber les chocs sociaux, créer des emplois et réduire les vulnérabilités structurelles. La Banque mondiale le reconnaît elle-même : la résilience de l’Afrique du Nord est asymétrique, fragile et largement dépendante de facteurs exogènes tels que la stabilité politique, le climat international, les conditions financières mondiales et les chocs climatiques.

Les Fissures Sous le Vernis de la Résilience

Au-delà des performances nationales, la Banque mondiale insiste sur un point clé : la croissance observée ne parvient pas à corriger les déséquilibres structurels qui traversent l’ensemble de l’Afrique du Nord.

Le Défi de l’Emploi et de la Démographie

Le premier d’entre eux concerne la création d’emplois, largement insuffisante dans une région marquée par une forte pression démographique et un chômage des jeunes structurellement élevé. Cette situation alimente les tensions sociales et hypothèque le potentiel de développement à long terme.

Contraintes Budgétaires et Marges de Manœuvre Réduites

À cela s’ajoutent des contraintes budgétaires croissantes, liées à des niveaux d’endettement élevés et à des marges de manœuvre fiscales réduites. Cette réalité limite drastiquement la capacité des États à investir massivement dans des secteurs cruciaux comme l’éducation, la santé et les infrastructures productives, pourtant essentiels à une croissance inclusive et durable.

Le Secteur Privé, Moteur en Quête de Vitesse

Le secteur privé, souvent présenté comme le moteur de la croissance, peine encore à jouer pleinement son rôle. Il est freiné par un accès limité au financement, un cadre réglementaire parfois rigide et une faible intégration aux chaînes de valeur mondiales. Libérer ce potentiel est une condition sine qua non pour diversifier les économies et créer de la richesse.

Vulnérabilité aux Chocs Exogènes

Enfin, la région demeure particulièrement vulnérable aux chocs exogènes. Les tensions géopolitiques, le durcissement des conditions financières internationales et les aléas du dérèglement climatique peuvent rapidement remettre en cause des équilibres macroéconomiques déjà fragiles, menaçant la stabilité acquise.

Quelle Politique Économique pour une Riposte Efficace ?

Dans un monde de plus en plus incertain, où la croissance et la stabilité économique représentent un défi majeur pour de nombreuses nations, la question de l’approche à adopter se pose avec une acuité particulière pour l’Afrique du Nord.

« Le principal enseignement de ces 25 dernières années est que les pays en développement qui adoptent les bonnes politiques sont maîtres de leur destin. Et cela vaut tout particulièrement pour les pays à revenu intermédiaire », prévient l’économiste de la Banque Mondiale, Inderjit Gill.

Il poursuit en soulignant l’importance de l’adaptation : « Quand ils adaptent leurs politiques aux besoins de leurs sociétés, ils procurent d’immenses bénéfices à leurs propres populations ainsi qu’aux deux milliards de personnes qui vivent dans des pays à revenu faible ou élevé. C’est ce que doivent faire les économies en développement aujourd’hui. Au cours de la prochaine décennie, nombre d’entre elles seront confrontées à un défi historique en matière de création d’emplois. Elles devront le relever alors même que la conjoncture économique mondiale est peu favorable, que les relations commerciales sont bouleversées, que la dette des pays en développement atteint son plus haut niveau depuis un demi-siècle et que les budgets d’aide étrangère des pays à revenu élevé diminuent. »

L’Orthodoxie Budgétaire comme Premier Pilier

Abordant la question de l’approche, M. Gill explique que « la première étape consiste à rétablir la discipline politique, en commençant par un retour à l’orthodoxie budgétaire. Quand la conjoncture économique est normale, les gouvernements doivent fixer et respecter des règles définissant les montants qu’ils peuvent dépenser et emprunter. » Ces règles budgétaires sont essentielles pour garantir que les dépenses publiques restent sous contrôle en période de prospérité, assurant ainsi la disponibilité des fonds publics lorsque les temps sont plus difficiles. Les faits, conclut-il, « parlent d’eux-mêmes : de telles règles, de plus en plus souvent adoptées, ont prouvé leur efficacité. »

En somme, l’Afrique du Nord se trouve à un carrefour. Entre une résilience apparente et des fragilités structurelles profondes, la voie vers une croissance durable et inclusive passera inévitablement par des réformes audacieuses et une gestion macroéconomique rigoureuse, adaptées aux spécificités de chaque nation.


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