L’Euro Flamboyant : Un Casse-Tête pour la BCE et un Défi pour l’Économie Européenne
La Banque Centrale Européenne (BCE) se prépare à une réunion cruciale ce jeudi, où la vigueur inattendue de l’euro devrait monopoliser les débats. Cette appréciation de la monnaie unique ravive les inquiétudes quant à un reflux préjudiciable de l’inflation et des répercussions négatives sur les économies exportatrices, l’Allemagne en tête de liste.
La BCE sous surveillance : l’euro et le spectre de la désinflation
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et membre éminent du Conseil des gouverneurs de la BCE, a clairement indiqué que l’institution « suit de près » les performances de l’euro. Cette vigilance est d’autant plus accrue que les fluctuations monétaires peuvent directement influencer la trajectoire de l’inflation, un indicateur clé pour la BCE qui vise une stabilité autour de 2%.
La semaine dernière, l’euro a franchi un cap symbolique, atteignant brièvement son plus haut niveau en quatre ans et demi, dépassant les 1,20 dollar. Cette accélération fait suite aux commentaires du président américain Donald Trump, qui a qualifié l’affaiblissement du billet vert de « formidable ». Bien que la BCE ne cible aucun niveau de change spécifique, elle rappelle constamment que la valeur de l’euro est un facteur déterminant dans l’élaboration de sa politique monétaire.
« C’est l’un des éléments qui guidera notre politique monétaire et nos décisions sur les taux d’intérêt au cours des prochains mois », a précisé M. Villeroy de Galhau. Pour l’heure, aucun changement radical n’est attendu. La BCE devrait, pour la cinquième fois consécutive, maintenir ses taux d’intérêt inchangés, estimant que l’inflation se stabilise autour de son objectif.
Le dollar en berne, l’Europe en alerte
Le « grand sujet » de la réunion de Francfort, selon Felix Schmidt de Berenberg, sera incontestablement « la vigueur de l’euro face au dollar et ce que les responsables auront à en dire ». L’affaiblissement du dollar est en grande partie attribué aux incertitudes générées par la politique imprévisible de Donald Trump, notamment ses menaces de hausses de droits de douane et ses attaques répétées contre l’indépendance de la Réserve fédérale américaine.
Un dollar plus faible rend les importations libellées en dollars moins coûteuses, ce qui pourrait accentuer les pressions désinflationnistes au sein de la zone euro. Une perspective d’autant plus préoccupante que la BCE anticipe déjà une inflation inférieure à son objectif pour l’année en cours et la suivante. Martin Kocher, gouverneur de la Banque centrale autrichienne, estime que la poursuite de l’appréciation de l’euro pourrait contraindre la BCE à « réagir en termes de politique monétaire », ouvrant la voie à d’éventuelles nouvelles baisses de taux pour stimuler l’inflation et l’activité économique.
Des réalités économiques contrastées face à l’euro fort
Cependant, l’impact d’un euro fort n’est pas uniforme à travers la zone économique, comme le souligne Michel Martinez, économiste chez Société Générale. En se basant sur le taux de change effectif réel – qui mesure la valeur de l’euro face à un panier de devises en tenant compte des écarts d’inflation – il observe des situations contrastées.
En France, par exemple, ce taux de change réel demeure « très en dessous de sa moyenne historique », principalement en raison d’une progression modérée des prix et des salaires. À l’inverse, l’Allemagne, locomotive exportatrice de l’Europe, voit cette vigueur monétaire comme une « charge supplémentaire considérable pour l’industrie exportatrice », selon les mots du chancelier Friedrich Merz. Un secteur clé déjà fragilisé et une économie qui aspire à renouer avec la croissance cette année.
L’ambition d’un « euro global » à l’épreuve des faits
Au-delà des défis immédiats, la robustesse de l’euro est également perçue par certains comme le reflet de l’attractivité grandissante de l’Europe, en contraste avec les États-Unis. Les investisseurs américains, en effet, sont de plus en plus ébranlés par les décisions de Donald Trump. Malgré les pressions présidentielles, la Réserve fédérale américaine, sous la houlette de Jerome Powell, a maintenu ses taux inchangés la semaine dernière, témoignant de son indépendance.
Christine Lagarde avait déjà, en mai, évoqué une « fracturation » de l’ordre économique mondial dominé par le dollar, offrant à l’euro, deuxième monnaie de réserve mondiale, une opportunité accrue. Toutefois, les préoccupations actuelles rappellent qu’« il est difficile de concilier l’ambition d’un euro global avec une économie orientée vers l’exportation », comme le fait remarquer Carsten Brzeski, économiste chez ING. La BCE se trouve donc à la croisée des chemins, jonglant entre la nécessité de soutenir la stabilité des prix et celle de ne pas entraver la reprise économique.
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